Plusieurs cas isolés : des collégiens hospitalisés pour avoir consommé un mélange de produits – comprimés et alcools. D’autres qui se sont réveillés « amnésiques » sans se souvenir de ce qui leur était arrivé. Des étudiants qui arrivent en cours, ivres… Les colonnes des faits-divers des journaux évoquent ces incidents qui peuvent paraître anodins mais qui, en réalité, expliquent trois travailleurs sociaux impliqués dans le domaine, « révèlent un réel mal-être de la jeunesse mauricienne actuelle ». Résultat : « Ils sont de plus en plus jeunes, dès 11 ou 12 ans, à boire de l’alcool mélangé avec des comprimés et des sirops pour la toux. »
Des comprimés Artane mélangés à des boissons alcoolisées. Le cocktail peut se révéler explosif. « Cela a été le cas d’un groupe de jeunes, tout récemment », explique Imran Dhannoo. « Ils étaient âgés de 16 à 19 ans et avaient avoué avoir fait ce mélange. Au final, ils se sont retrouvés à l’hôpital car ils étaient sur le point de faire une overdose. » Des cas comme cela, les travailleurs sociaux en rencontrent un bon nombre. Et le dénominateur commun, relèvent-ils, « c’est l’alcool. Qui est devenu l’ennemi numéro un, désormais, et qui est présent dans tous les cas de figure ».
« Les jeunes, actuellement, déplore Danny Philippe de LEAD, n’envisagent pas de faire la fête sans alcool. Et qui dit alcool, dit également d’autres produits, car ils ne sauraient se satisfaire seulement de se saouler. Même s’ils pratiquent le binge drinking, au bout du compte, il faut le mélange de produits. » Que Imran Dhannoo explique par « la quête des plaisirs rapides et de plus en plus fortes ». Les deux travailleurs sociaux soulignent que « les jeunes vivent dans un univers où ils sont agressés en permanence par des images et d’autres codes qui prônent cette recherche des plaisirs… »
Le fait que de plus en plus de jeunes s’adonnent à des pratiques telles que le binge drinking et le mélange de produits – comprimés, sirops, etc. – amène le représentant de LEAD à rappeler qu’« il y a environ cinq ans, alors que j’étais encore au Centre de Solidarité, on avait déjà alerté l’opinion publique sur la problématique d’un changement du profil du toxicomane. Nous n’avons pas que des injecteurs de drogues. Maintenant, il y a aussi ces jeunes et la complexité est nouvelle ».
À problème nouveau, approche nouvelle, souligne le représentant de LEAD. « Il faut un centre uniquement pour ce type de problèmes, où les jeunes viendront en confiance. Nous avons été approchés, en ce sens, par le secteur privé pour soumettre un projet de structure d’aide en résidentiel uniquement pour les ados. » Dans le même souffle, il préconise « une structure d’écoute pourquoi pas à la gare de Rose-Hill, où LEAD a déjà son local et où convergent quotidiennement des milliers de jeunes ? »
Dans la périphérie de Port-Louis, les responsables d’un collège ont fort à faire chaque jour car nombre d’étudiants arrivent en cours, le matin, « déjà ivres. Il y a un terrain tout près et qui est jonché de cannettes de bière, tous les matins… » Imran Dhannoo rappelle « encore une fois qu’il faut absolument un plan de prévention national. Cela fait cruellement défaut ».
De son côté, Cadress Rungen, du Groupe A de Cassis, remarque que « si nombre de jeunes sont aujourd’hui polytoxicomanes, c’est parce qu’ils souffrent en silence d’insécurité et de beaucoup de maux. Ils ne sont pas suffisamment valorisés ni écoutés. Le manque de dialogue et d’amour, dans leur quotidien, les pousse à chercher refuge dans les drogues ».
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ALCOOL CHEZ LES 14-18 ANS Selon une étude menée en 2011
Un nombre inquiétant de jeunes
commence à boire à 14 ans

Le ministère de la Santé, avec le soutien de l’OMS, l’Unicef et l’Unesco, a réalisé en 2007 et en 2011 deux études comparatives, le Global-based Student Health Survey, auprès de la population estudiantine mauricienne. L’échantillonnage s’est fait sur une population de jeunes âgés de 14 à 18 ans directement concernés. 72,5 % des interrogés ont admis avoir commencé à boire à partir de 14 ans, soit une augmentation de 9,5 % en cinq ans. Le Dr Vasantrao Gujadhur, Community Physician au ministère de la Santé, nous en parle.
Le premier Global-based Student Health Survey de 2007 faisait état de 20,8 % des jeunes interrogés ayant bu de l’alcool durant les 30 jours précédant la réalisation de l’étude. De ce taux, 63 % avaient confié avoir commencé à boire dès l’âge de 14 ans.
La même étude menée en 2011 établit, elle, que 25,2 % des jeunes participants ont bu les 30 jours avant qu’elle ne commence. 72,5 % d’entre eux ont débuté à 14 ans. La population de jeunes consommateurs d’alcool a ainsi connu une hausse de 9,5 % en cinq ans. Cela se reflète aussi dans l’augmentation tout aussi conséquente du nombre de jeunes ayant consommé de l’alcool un mois précédant l’étude : de 20,8 % en 2007 à 25,2 % en 2011. Ce qui, selon Dr Vasantrao Gujadhur « est très inquiétant ». Le Community Physician au ministère de la Santé explique : « L’alcool est un “preventable problem”. Cependant, il faut comprendre les raisons qui poussent, surtout, les adolescents à en consommer. »
« Le cerveau d’un jeune, comparé à celui d’un adulte, est en cours de développement. À cet âge, on est donc moins prudent. On aime prendre des risques. On est curieux et on veut expérimenter des choses nouvelles… » poursuit le Dr Vasantrao Gujadhur. Entre le côté “thrill seeking” et le facteur non moins important de la pression des pairs, « ces jeunes sont exposés à beaucoup de tentations ». Outre l’alcool, soutient le médecin, « ils sont aussi tentés par de nombreux autres produits ».
Rappelant que « dans le monde, 320 000 jeunes meurent chaque année de causes liées à l’alcool », le Community Physician parle de « nombreux projets d’envergure déjà mis en route au niveau du ministère de la santé et qui seront très bientôt présentés ». Le Dr Gujadhur évoque la conférence de l’OMS à Genève en 2010. « Une décision unanime avait été prise par toutes les nations participantes pour que ce problème devienne un public health issue. Nous venons ainsi de l’avant avec un projet que le ministre Lormus Bundhoo dévoilera… »
Parallèlement, le ministère de la Santé poursuit ses activités régulières, dont des interventions auprès du primaire et du secondaire à travers les cours de Health Education pour les 5e et 6e, entre autres. « Nous essayons de couvrir toutes les écoles et institutions secondaires publiques, ce qui représente un grand nombre, concède le Dr Gujadhur. Nous répondons aussi aux demandes des clubs de jeunesse, groupes de quartier, associations et forces vives… »