Autrefois, dans les familles originaires du sud de l’Inde, il était de coutume d’organiser une grande célébration de l’envergure d’un mariage pour annoncer en grande pompe aux proches, amis et voisins que sa fille est devenue pubère. La jeune fille se parait alors pour la première fois d’un beau sari alors que ceux invités au grand festin lui offraient des cadeaux. L’intérêt, à l’époque où l’on se mariait à l’adolescence, était d’indiquer la disponibilité matrimoniale de l’adolescente. Mais aujourd’hui, dans notre société où les jeunes femmes revendiquent leur liberté et leur vie privée, qu’est-il resté de cette cérémonie ? Quelle en est la pertinence ? Est-elle toujours observée et sur quelle échelle ? Le point sur ce fait de société avec des représentants de temples tamouls.
Les invités de Sheila Murday se sont récemment sentis à un mariage. Ou presque. Il s’agissait, en vérité, de la cérémonie célébrant l’entrée de sa fille dans le monde des femmes. Une salle richement décorée comme pour des noces. Plus d’une centaine d’invités dans leurs plus beaux atours, un festin végétarien et des présents dans la joie… Un investissement comparable à celui que nécessiterait un mariage ! L’événement a quelque peu surpris, même parmi les membres de la communauté au vu de l’ampleur. En effet, un des buts premiers de cette cérémonie datant de l’époque dravidienne — qui consiste à annoncer à la communauté que sa fille est disponible pour le mariage — n’étant plus d’actualité, les femmes se mariant de plus en plus tard de nos jours, c’est davantage l’aspect culturel et symbolique qui ont été conservés aujourd’hui, selon l’aya Saravanan Veerabadren, qui officie au Mariyamen Kovil de GRNO et de Trianon.
« Je n’avais pas organisé une aussi grande cérémonie pour ma fille aînée, mais, comme je me rends en Inde souvent, j’y ai appris l’importance de ces rites. C’est ainsi que j’ai voulu la célébrer pleinement », déclare Sheila Murday, qui vient d’organiser une grande fête pour sa fille. Et comment a-t-elle réagi quand elle a su qu’on invitait plus d’une centaine invités pour célébrer sa puberté ? « L’année dernière, on est allé à celle d’une nièce et elle attendait son tour ». L’aya Veerabadren précise que, de nos jours, la cérémonie est davantage célébrée parmi les plus proches. « On célèbre l’événement de manière plus restreinte. On ne bat plus le “tappoo” pour faire du bruit. Ce sont surtout les parents, les oncles et les tantes qui sont présents ». Vijay Veeramootoo, ancien président du Hindu Maha Jana Sangam, renchérit : « Dans le passé, tout le voisinage était invité. Mais, maintenant, c’est surtout le frère de la mère et son épouse qui doivent être présents pour la cérémonie. Le frère représente un soutien pour la soeur. La jeune fille porte alors pour la première fois le “koongoo” rouge alors qu’avant la puberté, c’est la couleur noire qu’elle porte sur son front ».
L’aya Veerabadren nous explique cette tradition. « Selon la croyance traditionnelle, quand une fille devient pubère, c’est un bonheur. À cette occasion, on offre des cadeaux à la fille et on lui donne un bain de safran, symbole de pureté. En devenant pubère, la fille est considérée comme impure. Donc, on la purifie à travers le bain de safran. On lui fait manger des gâteaux sucrés pour célébrer la féminité, qui est une bénédiction. La féminité représente la divinité Shakti. On prie pour que la jeune fille réussisse sa vie conjugale et familiale. Une prière est dite en famille et la jeune fille reçoit la visite de ses proches ». Cette cérémonie comprend trois phases : la célébration de la féminité lorsque la jeune fille devient pubère, une autre célébration quasi similaire lors de son mariage et la dernière quand elle sera enceinte.
La société ayant évolué, c’est ainsi davantage l’énergie féminine qui est célébrée de nos jours plutôt que de faire savoir que la jeune fille est prête à se marier. « Elle est en général toujours observé, mais de manière plus privée ».