Spécialisé en musique carnatique, Pooven Murden est un violoniste dont le talent annonce qu’il sera un des prochains grands noms de la scène à Maurice. Avec une base classique, il a choisi d’ouvrir son horizon et sa musique à travers la fusion. Archet en main, l’enseignant et leader du groupe Raagalayam trace sa route pour la reconnaissance de sa musique.

“Dodo Baba, Dodo Alexi…” Quand elles lui parviennent, la mélodie et les paroles du dernier tube de Sky To Be prennent une autre dimension aux oreilles de Pooven Murden. Appelée raag en musique classique indienne, la combinaison de notes utilisées pour Dodo Baba est définie comme Natabhairavi. Elle se situe en vingtième position parmi les 72 raags. Des spécificités hautement techniques décelables et comprises uniquement par des mélomanes détenant une grande connaissance de cette musique, dont les origines remontent à la création.

Détenteur d’un Master en musique carnatique de l’Université d’Annamalai de Chidambaram, dans le sud de l’Inde, Pooven Murden avait ainsi vu un autre potentiel dans cette mélodie populaire qui gagnait alors en popularité auprès des Mauriciens. “Dodo Baba, Dodo Alexi…”, cette chanson “dessine les contours d’un raag qui décrit la beauté, qui montre la joie et qui touche les sentiments”, précise le musicien carnatique. Il y décela l’esquisse d’une belle sculpture qu’il pouvait encore tailler pour y apporter une forme inattendue et appréciable autrement, sans dénaturer l’essence de la création de Sky To Be, dont le producteur lui avait donné son accord.

Assis sur un tronc.

Le clip s’ouvre sur un violoniste en jeans assis sur un tronc couché quelque part dans un bois. Violon contre l’épaule, archet entre les doigts, Pooven Murden embarque les visiteurs pour un voyage dans une autre dimension. Tandis qu’ailleurs, la création du chanteur de Roche Bois fait danser dans la bonne humeur, entre les doigts du musicien de Mont Roches, elle interpelle l’âme et lui communique une énergie qui apaise et qui remonte le moral. Conservant la base du séga, la mélodie s’enrichit des accords de la musique classique du sud de l’Inde, dans un bel enchaînement, avec le support des musiciens du Raagalayam Group. Une reprise qui a aidé à la popularité de ce violoniste, dont le talent et le style lui promettent de grands jours. C’est ce qui s’entend aussi dans sa reprise de Bel Bato de Marclaine Antoine avec Bruno Mooken et dans des reprises de morceaux carnatiques classiques comme Krishna Aarthi.

Chignon au sommet du crâne, barbe, boucle d’oreille, Pooven Murden est un jeune de son temps qui évolue entre les périodes et les styles. Qu’il parle de l’histoire et des structures de la musique carnatique, qu’il cite le séga de Cassiya ou les compositions de Mozart, l’intonation ne change pas et l’assurance est la même. Avant d’être associé à un genre musical précis, l’homme est avant tout un amoureux de musique, qui explore les gammes avec le même enthousiasme que d’autres vont à la découverte de nouveaux espaces, loin des sentiers battus.

Faire dialoguer la musique.

S’il envisage de repartir vers l’Inde pour un doctorat en musique carnatique, il garde l’esprit ouvert. Partisan du dialogue entre les cultures, à travers son violon, il permet aux différentes musiques d’entrer en communication et de s’imbriquer pour créer de beaux bouquets colorés, qu’il distribue dans son sillage. Pooven Murden met sa musique en ligne gratuitement pour le plaisir de faire découvrir et de partager une nouvelle approche en laquelle il croit.

Ce fut aussi parmi les objectifs du concert qu’il a donné à la fin de l’année dernière à l’Auditorium Octave Wiehe. Ce premier événement musical avait pris fin par des reprises de chansons de films, de titres populaires occidentaux et de séga à la sauce carnatique. Pour ce grand final, il était accompagné de ses compagnons de Raagalayam. Ce groupe comprend Kessaven Murden, Le Sedley, Keven Moon, Wensley Zamire et Ashnil Munisamy. Ce fut une des premières grandes apparitions publiques du violoniste qui, en sus de jouer devant les siens et des membres du public, se présentait devant son gourou, le Dr Muthukumaran Natarajan de Chidambaram. Nettement plus puriste dans son approche, cette sommité de la musique carnatique avait apprécié la performance de son élève, pour qui il avait fait le déplacement.

L’appel du violon.

À l’Université d’Annamalai, Pooven Murden a laissé de bons souvenirs auprès de ceux qui ont travaillé avec lui avant qu’il ne rentre à Maurice après avoir terminé ses études avec les honneurs. Quelques années plus tôt, il avait répondu à l’appel de son destin en partant pour l’Inde, convaincu que sa voie serait dans le violon carnatique. Cet instrument et ce style, il les avait découverts au centre culturel tamoul de Moka auprès d’un gourou venant lui-même de l’Inde. Cette musique créée pour la haute hiérarchie en des temps lointains s’était imprégnée dans son âme. Il l’avait explorée sous ses différentes facettes, en gardant le cœur ouvert pour approfondir son apprentissage.

Rejoignant le monde de l’enseignement, Pooven Murden a aussi développé la conviction qu’il lui est nécessaire de populariser ce style et de partager ses connaissances. Il a ainsi rejoint le Management Technology Education Training Centre pour y proposer des cours. C’est avec le soutien de cette instance et de l’International AUM Society qu’il a invité le Dr Muthukumaran Natarajan à Maurice en décembre. Avant de se retrouver sur scène pour une première partie exclusivement dédiée à la musique classique, maître et élève ont animé un atelier de travail à Bagatelle sur la musique carnatique et le violon.

Feeling.

Ici, la technique est beaucoup plus complexe que le violon classique. Les règles sont plus élargies et ne répondent pas à un schéma défini, mené par la baguette du chef d’orchestre. En carnatique, la musique prend forme au gré du feeling du violoniste au moment de l’interprétation. Comme pour le jazz, le musicien se laisse porter par les notes, l’ambiance et le temps, et s’invente des tracés où les spectateurs l’accompagnent. Cette musique, rappelle Pooven Murden, n’est pas faite que pour divertir. Tout en ayant une portée spirituelle, elle s’adresse aussi à l’âme, et il a été établi que les raags ont des effets précis sur le corps et l’esprit. Dans la pièce où il enseigne la musique à Rose-Hill, Pooven Murden mène aussi des sessions de music therapy.

Des projets comme sa reprise de Dodo Baba suivront en fonction des occasions. Pas de projet d’album pour le moment : Pooven Murden préfère se laisser porter par le flot de sa musique et improvisera après ses études.
Le talent a parlé. Il ne reste plus qu’à attendre la suite…