L’idée de travailler avec des gens qui chantent et ne sont jamais montés sur scène était assez séduisante pour le metteur en scène de Porgy ek Bess, Ashish Beesoondial, connu pour ses mises en scène des pièces de Tennessee Williams, de Thoreau. Avec le directeur musical Dean Nookadu et la traductrice Marjorie Barbe, il a imaginé un “total theatre” où l’on retrouve chants, danses, dialogue et qui permettra d’amener les arts vers le public puisque des représentations sont prévues à Case-Noyale, Mahébourg, Grand-Gaube à partir du 8 novembre en plein air. Un spectacle qui permettra la communication théâtrale à travers le dialogue, le décor, les costumes aussi. Cette fois on ne célèbre pas les grandes figures de la mythologie mais des personnages comme dans la vie réelle. Le projet en cours concerne une histoire d’amour entre un handicapé et une femme “très convoitée”. Une histoire traversée par les incertitudes et la fragilité humaine et contée par un narrateur, nous dit-on. Porgy ek bess met en scène un drame qui se déroule dans un village de pêcheurs. Pour être plus précis, il s’agit d’une adaptation mauricienne du célèbre opéra folk de Gershwin, Porgy and bess (1935). Si le lieu et le contexte peuvent faire imaginer des scènes familières, il est question ici d’un spectacle en kreol dans la droite ligne des “community arts” (faire du public mauricien dans des villages des témoins d’un drame lié à l’amour)
Une vingtaine de personnages seront en scène, à ciel ouvert, sans compter les musiciens, pour chanter et dialoguer sur un phénomène social. Au terme d’une quinzaine de séances, ces personnages vont apprendre le travail de “chanteurs-acteurs”. C’est le plus grand défi pour certains d’entre eux. Les idées derrière le spectacle sont assez nobles: promouvoir les valeurs, la musique et la culture mauriciennes ; rendre accessible l’opéra à travers la traduction créole; développer de manière durable les arts du spectacle à Maurice…
 
Adaptation et sous-texte
Il a fallu de nouveaux arrangements pour Porgy ek Bess : huit chansons basées sur le séga, une adaptation et une traduction du livret en kreol. L’opéra de Gershwin qui dure trois heures a été ramené à une heure quarante. A préciser que les voix ne sont pas lyriques. Ashish Beesoondial a introduit un sous-texte (la relation Sarah/Fabio). Il déclare que si dans les pièces classiques qu’il a montées le défi était de jouer quelque chose de bien défini, ici il s’agit de recréer des personnages en fonction des expériences qu’il ont vécues. Puisqu’il s’agit d’un drame lié à l’amour, à la fragilité humaine, les personnes dans la distribution ont entamé un travail d’ordre émotionnel: travailler des émotions comme la colère, la frustration, la joie, la tristesse, la frayeur. On leur a demandé de prendre leur vécu et le transposer sur scène. C’est dans cette direction qu’a voulu travailler le metteur en scène pour une performance collective. Si le spectacle met en oeuvre une série de processus psychiques, chaque représentation sera une aventure à laquelle pourra participer la communauté des villages concernés à travers des ateliers pédagogiques menés par une équipe d’artistes : “Le but n’étant pas seulement d’apporter un genre nouveau à notre public, mais aussi et surtout de le responsabiliser par le biais des disciplines artistiques…”
Le rapport spectateur/artiste/lieu de représentation est mis en avant. Pour ce qui est de la couleur du spectacle, on retrouve le séga traditionnel et ses sonorités à travers la ravanne et la maravanne. Certains arrangements sont faits pour la voix et le style des chansons. Un mot des costumes et décors qui sont supposés mettre en avant le lieu “géographique, économique ou social”. Décor et costumes ont été conçus selon l’idée “moins, c’est plus”. Faut-il comprendre par là un style minimaliste, un art de la suggestion?  La mise en scène est dialoguée. Il s’agira de montrer l’abstraction : la solitude, l’amour, la jalousie. La mise en scène, la scénographie, le choix des acteurs qui conviennent, le décor, les costumes donneront à la représentation tout son sens.
L’on s’attend à ce que Porgy ek Bess bouscule le conformisme, mette en avant la parole et le visuel, conjugue le comique et le dramatique pour toucher à la réalité humaine. Aujourd’hui, un public de plus en plus jeune vient au spectacle avec avidité, avec curiosité et, surtout, avec passion. C’est une génération qui veut s’affranchir du “théâtre-salle” pour aller vers le théâtre du réel.