Il semblerait à voir les aquarelles de Jean-Yves Chen que ce médium n’a aucun secret pour lui. Pourtant, même si elle évolue par petite touche, son expression semble immuable, allant d’un réalisme quasi photographique par la finesse des détails qu’il retient, aux représentations les plus rêveuses et poétiques, voire surréalistes dans quelques cas. Le peintre malgache revient à Maurice, en habitué, pour notre plus grand plaisir, à Port-Chambly du 13 au 21 avril.
Jean-Yves Chen amènera une vingtaine d’aquarelles dans ses bagages pour sa nouvelle exposition mauricienne, qui prend place cette fois à Port-Chambly à partir de jeudi. Le public retrouvera les mêmes thèmes et la griffe bien spécifique hérité de l’école chinoise, pour cet aquarelliste qui maîtrise son art au micron près.
La pureté des lignes, la finesse des graphismes et la délicatesse des coloris qu’il choisit s’associent à des thèmes profondément malgaches couplés aux dispositions esthétiques et peut-être psychologiques de l’auteur, qui confond parfois le tissu et le papier Canson, qui adore les oiseaux volants, le ciel et les jeux de transparence, un artiste aussi qui ne fuit pas l’idée de la mort. Nous retrouverons les scènes de marché, les personnages enveloppés de leurs drapés colorés, lambas imprimés ou blancs selon les cas. La qualité parfois quasi photographique pour ce proche de Pierrot Men, et aussi ses thèmes et compositions nous font demander s’il ne s’inspire pas parfois des images de son ami.
Une exposition de Jean-Yves Chen associe toujours les éléments réalistes, des extraits de vie quotidienne, à une vision poétique particulièrement épurée. Cette démarche permet finalement de célébrer Madagascar, ses habitants, leur vaillance et leur beauté, en épurant l’image, en se débarrassant des clichés pittoresques, détails encombrant et aussi des scories de la misère. Comme la plupart des habitants de la Grande île, l’imaginaire nourrit la vie et la vision de l’artiste.
Ces images cultivent la poésie et l’esthétique pour s’évader tels l’enfant aux oiseaux de ces réalités que sont la mort, la sourde matérialité du besoin et la détresse criante de la condition humaine. Le ciel a toujours occupé une place particulière dans l’oeuvre de Jean-Yves Chen, mais il proposera, pour la première fois à Maurice, quelques représentations vues du ciel… S’il l’observait à la pointe de son pinceau, il s’y est désormais réfugié du moins pour une série qui lui fait prendre une étonnante hauteur.