Ils sont nombreux les maraîchers du Marché central de Port-Louis à déplorer depuis quelque temps le vol systématique de leurs marchandises durant la nuit. Ils disent ne plus savoir vers qui se tourner, leurs démarches auprès de la municipalité et des autorités policières étant restées vaines jusqu’ici.
« Depi plis ki de mwa, bann marsan pe perdi marsandiz dan bazar. Kan nou fer la polis ek minicipalite kone, zot dir ki nou pa gagn drwa gard marsandiz dan bazar ! » s’indigne le président de la Market Traders’ Association (MTA), Issoop Soobadar. Cette association regroupe presque la totalité des 731 maraîchers inscrits au Marché central de Port-Louis. « Ki sekirite ena kan ou pe perdi sa kantite kiksoz-la, alor ki swadisan ena dimounn ki assir sekirite dan bazar ! » lance sans décolérer Issoop Soobadar.
Selon le président de la MTA, certains maraîchers, dont Irmaan Peerally, ont perdu de Rs 25 000 à Rs 30 000 de marchandises en une nuit. Parmi, Irmaan Peerally qui a repris les affaires de son défunt père trois ans de cela. Le jeune maraîcher de 28 ans affirme avoir déjà subi des pertes de Rs 15 000 de marchandises en une nuit. Il vend du giraumon, des concombres anglais, des petits et gros piments, entre autres. « Mo dekouraze, parfwa mo pa anvi mett lipie dan bazar ! » se plaint-il.
Anand Rantal, un collègue d’Irmaan Peerally, raconte avoir perdu trois caisses de pomme d’amour en une nuit. À 47 ans, et pour avoir travaillé depuis une quinzaine d’années au Marché central, il affirme que c’est la première fois que les maraîchers font face à « une telle catastrophe ». « Nou fer-mem depozisyon la polis ek kot inspekter, me kokin-la pe kontinie-mem ! » déplore-t-il ; « Plis ki Rs 6 000 mo finn perdi, zis dan enn la nwuit ! »
Les victimes de ces vols nocturnes en série se bousculent pour raconter leur calvaire au Mauricien. Renu Jyaram, une veuve qui a repris le business familial à la mort de son époux depuis une quinzaine d’années, dit ne plus savoir ce qu’elle doit faire. « Mo vann safran vert, l’ail, ek zot vinn kokain mo marsandiz par bal », explique-t-elle. Et d’ajouter : « Depi dan bal zot ouver, zot tire, zot kokain. Chou Chou ossi, par bal zot pran zot ale. »
Renu Jyaram affirme que c’est très dur pour eux, maraîchers, de subir de telles pertes quotidiennement, d’autant qu’ils travaillent tous « lor enn ti profi ». « Lor-la nou ena lokasyon pou paye, bann frai pou payer », explique-t-elle encore.
Anand Kolahal, un marchand de fruits, affirme, lui, avoir subi « des pertes énormes ». « Par bwat, mo finn perdi prunes, raizin », s’indigne-t-il. Ces vols, soutient-il, sont d’autant plus surprenants vu qu’il n’y a que des agents de sécurité le soir. « CID finn deza gagn gardien mem ki finn kokin ! » soutient un autre marchand sous le couvert de l’anonymat.
Ces maraîchers se disent désespérés que la police et les responsables municipaux ne semblent pas, selon eux, vouloir bouger le petit doigt. « Zot dir ki nou pa gagn drwa gard marsandiz dan bazar », souligne Issoop Soobadar.
Selon le président de la MTA, ce raisonnement ne peut tenir la route. « Nous sommes obligés d’acheter nos marchandises en grande quantité pour la semaine afin d’amortir nos coûts ; où veulent-ils que nous gardions ces tonnes de légumes et d’autres marchandises ? » s’interroge Issoop Soobadar. « Eski se pa sa indiferans bann lotorite-la ki pe ankouraz dimounn pou vinn kokin dan bazar ? » se demande-t-il.