La municipalité promet le nettoyage de Port-Louis des marchands ambulants avant le 1er décembre. Les associations des colporteurs, elles, demandent un sursis à la mairie pour que les marchands puissent y travailler sans être inquiétés jusqu’au 31 décembre. Par ailleurs, ils refusent d’être relogés « dans des conditions inhumaines ». Les consommateurs, affectés par la baisse du pouvoir d’achat, se laisseraient, eux, séduire par les produits offerts à même le sol, alors que les commerçants de leur côté menacent de ne plus payer de taxe si la mairie continue de tolérer les marchands ambulants, qui sont de plus en plus nombreux dans la capitale. Une lutte acharnée entre colporteurs, MPL et forces de l’ordre est donc enclenchée.
Le dossier des marchands ambulants est loin d’être clos. Avec la mise en place d’un projet de relogement à proximité des gares routières Victoria et Immigration, le tirage au sort pour désigner ceux à qui des étals seront alloués n’a fait qu’attiser la colère des marchands ambulants regroupés au sein du Front Commun des Marchands Ambulants (FCMA) qui comprend la Street Vendors Association, l’Association des Marchands Ambulants du Nord, la Hawkers Permit Association et la Voice of Hawkers Association, et la Small Traders Association. Bien qu’ils soutiennent être de bonne foi et assurent leur collaboration avec les autorités compétentes, ils refusent catégoriquement d’être relogés sur ces deux sites « dans des conditions inhumaines ». L’étroitesse des étals, les structures proposées, le nombre de personnes retenues par la mairie pour ce projet sont autant de points soulevés par les colporteurs pour exprimer leur désaccord aux propositions du gouvernement.
Après l’exercice d’Expression of Interest lancé par la nouvelle équipe du Conseil pour lequel la MPL a retenu 1 532 noms, ainsi que le tirage au sort en vue de leur attribuer un étal et les jours de travail, les marchands ambulants mobilisent leurs forces afin de contraindre la MPL de revenir sur sa décision. Le FCMA réclame l’annulation du tirage au sort, soutenant qu’après avoir décortiqué la liste officielle des personnes retenues, plus d’une centaine de marchands y figurent alors qu’à ce jour, ils n’étaient pas reconnus comme « genuine » par les associations des marchands ambulants. Selon leur porte-parole, il s’agirait ici d’un stratagème afin d’honorer des promesses politiques.
La MPL va de l’avant
Cependant, la MPL ne compte pas se plier aux nouvelles exigences des marchands ambulants. Selon certains conseillers, « ces derniers utilisent toute sorte d’excuses afin de retarder leur relogement ». « Ils n’ont aucun avantage à travailler dans une structure adéquate », soutient-il. Les colporteurs, eux, persistent à dire « que nous sommes pour le plan de relogement. Mais proposez-nous quelque chose de correct et nous y travaillerons dans la discipline ». « Discipline », c’est ce que compte appliquer la mairie avant la mi-novembre. « Avec les fêtes de fin d’année qui approchent et la présence de marchands saisonniers dans les rues de la capitale, il sera pratiquement impossible de marcher ou même de circuler dans certaines régions de la capitale en voiture », disent des piétons. « À la MPL, nous avons un calendrier que nous comptons bien appliquer », soutient le lord-maire. D’ailleurs, il précise d’emblée que la majorité des lettres pour la signature du contrat pour le permis d’opération sur les sites de relogement ont déjà été envoyées. Ceux retenus par la MPL seront conviés du 11 au 14 novembre pour signer leur contrat en présence du lord-maire Aslam Hossenally et de Jean-François Dorestan, Chief Executive de la ville. Ils pourront travailler sur les deux sites de relogement à partir du 18 novembre. Quant aux structures pour les étals, « nous attendons toujours le financement nécessaire auprès du High Powered Committee et le ministère des Infrastructures publiques », déclare Aslam Hossenally. Et de renchérir : « La MPL a fait parvenir plusieurs lettres à ce sujet mais elles sont restées sans réponses. » « Mais cela ne sera pas un obstacle pour que les colporteurs travaillent. La MPL se penche sur une solution. Nous proposerons peut-être aux bénéficiaires d’installer des tentes de fortune et nous leur offrirons un moratoire additionnel de deux mois », laisse-t-il entendre. « Mais cela reste à confirmer. »
Dans la capitale, aux abords de la Gare Victoria, de nombreux usagers pointent du doigt l’anarchie qui y règne depuis ces derniers mois. Les commerçants notent la prolifération des marchands ambulants, créant un sentiment d’insécurité pour les employés du transport en commun de même que pour les usagers. Depuis plus de sept mois, des marchands de fruits et de légumes s’installent à côté de l’ancien bâtiment de la National Transport Authority (NTA). Bien que ces derniers promettent de travailler dans la discipline, plusieurs incidents y ont été notés en moins d’un mois. Les colporteurs présents n’hésitent pas à s’attaquer aux policiers ou encore à intimider certains piétons. Les chauffeurs d’autobus peinent à circuler car certains colporteurs refusent de s’écarter sur leur passage. Ces marchands, dits « d’une autre génération », vendent principalement des légumes et des fruits de saison. Commentant cette situation, Aslam Hossenally précise que « la police travaille à ce que le law and order soit respecté ». Cependant, il dit remarquer que parmi les colporteurs se trouvent de nombreuses personnes âgées. « Celles-ci profitent du transport gratuit pour se rendre à Port-Louis afin de vendre leurs produits », dit-il. « Selon des informations que j’ai reçues ce sont les légumes et fruits jetés par les maraîchers qui sont découpés et empaquetés pour être ensuite vendus aux passants », lance-t-il.
Si certains usagers sont habitués à ces scènes d’altercation, d’autres préfèrent faire un détour pour gagner leurs arrêts d’autobus. Jenny, employée de banque remarque que les marchands sont de plus en plus nombreux. « Ils sont dangereux. Ils vous abordent et vous crient au visage. C’est effrayant », soutient-elle. D’autres usagers déplorent la vente de légumes et de fruits à proximité des toilettes publiques. « C’est la tolérance des Mauriciens qui encourage la prolifération des colporteurs », disent-ils.
Colère des commerçants
Les commerçants de la capitale, regroupés au sein du Front Commun des Commerçants de l’Île Maurice (FCCIM), unissant leur force aux maraîchers de la Market Traders Association (MTA) et de la Taxi Proprietors Union (TPU), affirment pour leur part avoir tiré la sonnette d’alarme il y a de cela plusieurs années. Raj Appadu, président du FCCIM, dit qu’il était conscient des répercussions que cette situation allait engendrer. « Depi komansma mem ti kapav aret sa… », déplore-t-il. « Aujourd’hui, la situation est à son comble. La MPL n’a pas le contrôle et les commerçants en ont ras-le-bol », lance-t-il. Afin de « limiter la casse », plusieurs commerçants se proposent d’exposer leurs produits sur les trottoirs. « Si nous ne le faisons pas, ce sont les marchands ambulants qui s’installent devant nos vitrines pour revendre les mêmes produits moins chers », explique-t-il. Cette concurrence déloyale est également vécue par les maraîchers. Isoop Soobedur, président de l’association, ne cesse de déplorer la présence de marchands de légumes et de fruits aux portes du marché central. « Kliyan-la li pa rant dan bazar parski divan bazar mem li gagn seki li rode », argue-t-il. Selon les deux hommes, il est temps que les inspecteurs municipaux et la police travaillent en étroite collaboration. « Deux policiers pour surveiller la rue Farqhuar ne sont guère suffisants. Il est nécessaire que l’on mette en place une police municipale avec le soutien de la police afin de limiter les dégâts », soutiennent-ils. Par ailleurs, les commerçants menacent de ne plus payer la taxe à la mairie afin de démontrer leur colère.
Avec les fêtes de fin d’année qui approchent à grand pas, le nombre de marchands ambulants augmenteront dans la capitale. De nombreux Mauriciens, affectés par la perte du pouvoir d’achat et profitant de leurs congés de fin d’année, se rendront dans la capitale pour faire de bonnes affaires. La MPL, elle, a lancé le compte à rebours pour le nettoyage de la capitale des colporteurs. Le résultat : dans un mois et demi.