De par le monde entier, dans toutes les élections au niveau régional — des consultations qui se tiennent généralement entre deux mandatures législatives — prendre le contrôle de la capitale d’un pays revêt une valeur hautement symbolique tant pour le parti au pouvoir que pour l’opposition. Les élections municipales à Maurice — mais, on vient de le constater également de manière très récente, les villageoises — ne dérogent pas à la règle. C’est dire combien la lutte pour le contrôle du Conseil municipal de la cité de Port-Louis a toujours été rude. Exception faite pour l’exercice d’octobre 2005 quand, assommés par la défaite aux générales de cette année-là, militants et sympathisants du MMM et du MSM avaient complètement jeté les armes. Comme dans toutes les villes d’ailleurs !
À la fin du dépouillement, ce 3 octobre 2005, Paul Bérenger, le leader de l’alliance MSM-MMM-PMSD (version Maurice Allet), fut bien obligé de concéder qu’après avoir dominé largement les élections municipales depuis avril 1977, avec seulement quatre élus sur les 126 sièges à pourvoir dans les cinq villes du pays, le MMM, en particulier, avait reçu « un coup de massue » de la part de l’électorat urbain. Ce fut un 30-0 en faveur des rouges dans la capitale. De quoi sera fait demain pour l’alliance MSM-MMM, sans la bande à Allet, et pour l’alliance gouvernementale, renforcée par le PMSD réunifié, mais délaissée depuis par le MSM ? Plus que jamais, les élections à Port-Louis vont être donc d’un enjeu capital.
A chacun des partis nationaux son heure de gloire
Une rapide incursion dans l’Histoire démontre que chaque parti politique avec un rayonnement national a eu son heure de gloire à Port-Louis. Aux élections municipales de 1958, ce fut un triomphe rouge pur et l’administration travailliste maintint son emprise sur la corporation municipale jusqu’en 1963. Ensuite, de 1963 à 1973, ce fut l’ère du Parti Mauricien de Jules Koenig-Gaëtan Duval avant que le ministre des Finances de l’époque, Veerasamy Ringadoo, ne fit révoquer ce qu’il qualifia de « municipales PMSD » pour les remplacer, durant près de quatre ans par des commissions administratives présidées par des notables et cadres bien vus du régime Labour. Puis, d’avril 1977 à 79 et de 1982 à 2005, ce fut le règne du Mouvement Militant Mauricien (MMM) avec des conseils monochromes.
Pour les élections du jour, après la domination totale des travaillistes depuis octobre 2005, les données ne sont plus les mêmes. Cependant bien malin qui pourra prédire à coup sûr l’issue des résultats. Il faut relever, qu’entre-temps, le MMM, seul contre tous, s’était refait la santé en parvenant, au niveau législatif, à replacer, au moins, un député dans chacune des quatre circonscriptions de Port-Louis. Cela devrait, en principe, se refléter dans les urnes aujourd’hui. Ce dont ne ignore, c’est quelle en sera l’ampleur…
Quelques projections
En sus de la réhabilitation partielle des mauves, principalement dans les circonscriptions de Port-Louis Sud/Port-Louis central et Port-Louis Est/Port-Louis maritime, il faudra maintenant d’abord :
— tenir compte du redécoupage des arrondissements urbains découlant de la nouvelle loi régissant les administrations régionales (dite loi Hervé Aimée). Avec six arrondissements initiaux à 30 conseillers de 1977 redécoupés maintenant en huit à 24 conseillers et une concentration indéniable d’électeurs — que le MSM avait dénoncé au départ sous le terme de « packing sur la base communal » — il n’est plus évident de prévoir où irait les allégeances des uns et des autres. A l’exemple flagrant de l’ancien arrondissement No. 1 qui comportait auparavant les quartiers de Pointe-aux-Sables, La Tour Koenig, Camp-Benoit, GRNO, Borstal et Cité Vallijee. Traditionnellement et majoritairement MMM, l’arrondissement No. 1 a été scindé pour créer un deuxième arrondissement et celui-ci comporte une grande part d’électeurs des localités de Borstal, une partie de Camp-Benoit, de GRNO et de Pailles (village nouvellement annexé aux zones urbaines) pour les mettre avec ceux de Camp-Chapelon/Les Guibies jusqu’aux environs de Sorèze et une partie aussi de Bell Village et de la rue Mgr Leen (dans le Ward IV). Si l’opposition MSM-MMM semble être encore ancrée dans l’arrondissement No. 1 malgré le remue-ménage de la revancharde dissidence de Sheila Grenade et son époux Ruben (privés d’investitures) pour la faire tomber, les choses paraissent moins claires au No. 2. Dans cet arrondissement, l’alliance gouvernementale, bien implantée à Camp-Chapelon, entre autres, semble avoir un atout en Ahmad Seegoolam, un des rares rescapés de l’administration sortante, qui n’a jamais cessé d’arpenter la région. Toutefois et le PTr-PMSD et le MSM-MMM vont aussi devoir composer avec la « nuisance value » du candidat indépendant Noorani Aurdally et celle des deux candidats du Front Solidarité Mauricien (FSM), N. Hullemuth et S. Shameer.
Dans l’arrondissement no. 3 (Cité Vallijee/Cassis/Bain-des-Dames/Les Salines), le PTr-PMSD se débat pour sauver ses vieux soldats Jean-Claude Chiffonne et Mahen Gondeea. De nombreux marchands ambulants ont la dent particulièrement dure contre le dernier nommé, lequel leur avait rendu la vie difficile sous son mandat de maire. Un gros handicap de l’alliance PTr-PMSD dans les arrondissements No. 1 à 3 est qu’elle ne dispose plus de l’apport d’un James Burty David et ou d’un Matthieu Laclé qui, de leur vivant, furent des organisateurs de campagnes redoutables. Idem pour les arrondissements No. 7 et 8 (Roche-Bois/ Ste-Croix/Briquetterie/Vallée-des-Prêtres) où jadis un certain Mario Flore causait des dégâts dans les rangs de l’opposition mauve. Les forces politiques dans ces deux derniers arrondissements semblent plus ou moins équilibrées.
Un air de référendum des chefs aux Nos. 4, 5 et 6
Cela dit, le coeur de la bataille pour le contrôle du Conseil municipal de Port-Louis sera, à nouveau, les arrondissements No. 4, 5 et 6, soient Tranquebar, Vallée-Pitot, Plaine-Verte et St. François qui engrangent 9 élus. Dans ces arrondissements, le match dans le match se déroule définitivement entre le Premier ministre et leader du PTr-PMSD, Navin Ramgoolam et le président de la République démissionnaire et leader du Remake 2000 MSM-MMM, Sir Anerood Jugnauth. La joute entre eux rassemble toutes les caractéristiques d’un référendum des chefs du pays spécifiquement auprès de l’électorat musulman de la capitale.
Sous un chapiteau érigé à la rue Magon et bondé de monde (parmi lequel des électeurs importés des autres arrondissements), le Premier ministre a réveillé, vendredi soir, tous les « antagonismes » que, selon lui, « Anerood Jugnauth a entretenu non seulement envers les musulmans, envers les créoles qu’il avait traités de « démons » et les chinois de Baie du Tombeau aussi ».
Sous prétexte de rappeler aux jeunes que SAJ en tant qu’ex-Premier ministre a « personnellement écrit les pages les plus sombres de l’Histoire de ce pays », Navin Ramgoolam a presque « tout déterré » avec un malicieux souci des détails. De Kader Bhayat à qui le poste de vice-Premier ministre fut refusé en 1983 à l’expulsion manu militari et « humiliante du pays de l’ambassadeur libyen Al -Jaddi », de la fouille corporelle à l’aéroport de hadjis revenant de la Mecque au déni d’un poste de ministre à un musulman dans son gouvernement de 1987 à 1990. « Il faut qu’un musulman ait un sang de courpa dans les veines pour revoter encore pour un Anerood Jugnauth et son équipe », a soutenu Navin Ramgoolam. Il a affirmé que sa plus grande satisfaction « sera de mettre Anerood Jugnauth, son fils Pravind et Paul Bérenger (trwa dan enn) dans la poubelle de l’Histoire ». Et Ramgoolam a dit espérer que les résultats des municipales lui permettraient d’atteindre cet objectif.
De son côté, le leader du Remake 2000, Sir Anerood a lui aussi passé une semaine plus tôt au Centre Idriss Goomany pour pourfendre Navin Ramgoolam, lequel ne serait, selon lui, « qu’un coureur de jupons qui n’aura jusqu’ici créer aucun pilier de l’économie et qui, si on le laissait faire, mènera Maurice à la faillite comme l’avait déjà fait son père en 1982 ».
La bataille Navin Ramgoolam (avec comme coéquipier Rashid Beebeejaun) v/s SAJ (épaulé par Paul Bérenger) dans les arrondissements No. 4, 5 et 6 de Port-Louis devrait toutefois être arbitrée par des candidats du FSM et des électeurs venant des familles de milliers de marchands de rues. Ces derniers sont remontés contre les mesures de la municipalités dictées par les arrêts de justice à leur encontre. Et l’opposition table dessus sans états d’âme… Avec les récents démêlés du leader du FSM, Cehl Meeah, avec les autorités, la performance cette fois de son parti demeure une énigme. En octobre 2005, il faut se le rappeler, Meeah, personnellement candidat, s’était permis le luxe de devancer le MMM-MSM en se faisant élire. Puis, au vue des résultats des dernières élections générales à Plaine Verte (1 MMM, 1 travailliste et 1 FSM) on peut entretenir le doute d’une espèce d’entente officieuse FSM-Travailliste au détriment des candidats MMM. En théorie donc, ce serait les candidats MMM qui devraient tirer les marrons du feu…
Il faut signaler aussi la présence à Port-Louis de candidats des Verts fraternels de Sylvio Michel et du Mouvement Authentique Mauricien (MAM).
Mais, même s’il est vrai qu’il ne faut jamais sous-estimer la force même du plus petit des candidats à une élection d’autant que les arrondissements ont été rendus plus petits, sans être devin, on peut s’attendre à une clear cut fight entre l’alliance gouvernementale et le MSM-MMM.