Le mouvement syndical a bénéficié d’un ballon d’oxygène avec la manifestation organisée, hier après-midi, à Port-Louis, par la General Workers Federation et le Joint Negotiating Panel (GWF/JNP) de l’industrie sucrière. Pour les principaux animateurs, le nombre de participants à ce rallye syndical entre Bell-Village et la Place d’Armes, malgré une pluie battante vers la fin du parcours, est de 5,000 au plus fort de la manifestation, alors que d’autres sources optent pour environ 3,000. En tout cas, Ashok Subron, un des animateurs de la GWF faisant partie du noyau d’organisateurs, soutient avec force que « cette mobilisation représente un sérieux avertissement à Shakeel Mohamed et au patronat. »
Tout au long du trajet dans la principale artère traversant la capitale, les mainfestants, regroupant des employés et syndiqués des principaux secteurs économiques, dont l’industrie sucrière, le port, le transport en commun, les Telecoms aussi bien que le port franc, le BPO et le secteur public ont scandé le slogan Ekuté navin! Sinon la grev! L’une des principales revendications des 15 confédérations et fédérations syndicales et des syndiacts porte sur le retrait des deux séries d’amendements à l’Employment Relations Act et l’Employment Rights Act, pilotées par le ministre du Travail et des Relations industrielles, Shakeel Mohamed, à l’Assemblée nationale à la fin de l’année dernière.
Dans le sillage de la manifestation d’hier, les organisateurs ont déposé une lettre adressée au Premier ministre réclamant une rencontre avant la présentation de tout projet d’amendements aux lois-cadres sur le travail et les relations industrielles. Ils contestent tout amendement portant atteinte au droit fondamental de grève. De ce fait, d’ici la date-butoir du 26 mars, date de la reprise des travaux de l’Assemblée nationale, le mouvement syndical compte observer une trêve tout en se réservant le droit d’organiser soit une grève sectorielle soit une grève générale en cas de non-satisfaction.
Au vu du rassemblement d’hier, les ponts semblent être coupés entre les syndicalistes et le ministre du Travail et des Relations industrielles. « Shakeel  Mohamed ek so bann lalwa bizin allé. Nou fine konpran li byen aster. Nou konne dan ki clan minis-là été. Li pe amenn nou en bato! Nou ti warn zot pa zwé ar nik mousse zon, zordi se en reklam. Travayer intellizan, pa marse lor nou drwa. Si Shakeel Mohamed pa tir amandma dan lassemblé, guvernma a va konné ki pou éna », a déclaré Ashok Subron à la foule des manifestants.
Continuant à haranguer l’assistance, l’animateur de la GWF ajoute que « nou nepli fer Shakeel Mohaled konfyans. Si pa tir amenda kont drwa de grev, okenn mulin pa pu rulé dans pei. Aster la manifestasyon ine fini, pa pou ena ankor. Aster là tou dan lamé travayer. Nou pu konsilté zot ek zot pou voté pou dir saki zot anvi fer. » Toute nouvelle initiative syndicale dépendra des retombées de la rencontre sollicitée par le mouvement syndical auprès du PM.
« Should your government endorse the scurrilous amendments of your Minister of Labour, the whole political and historical responsibilities of undermining workers rights, especially the right to strike and the right to be protected against employers’ abuse, will rest on you and your government. Any deterioration of economic and social relations will not be the responsibility of the unions, but will rest entirely on the decision the government takes as from now in relation to the plea of the working people submitted to you today », écrivent les dirigeants syndicaux dans la lettre déposée au Prime Minister’s Office en clôture de la manifestation.
« Les organisateurs de la GWF/JNP sont extrêmement satisfaits du fait qu’après des années, des travailleurs sont descendus dans la rue en si grand nombre pour revendiquer le respect de leurs droits fondamentaux. Ils représentent tous les secteurs de l’économie, dont les plus importants. Nous pouvons dire que l’objectif a été atteint. Cette mobilisation représente bel et bien un sévère avertissement à Shakeel Mohamed et au patronat dans leurs manigances visant à mettre en péril les droits des travailleurs. Comme en 2008, ils croient pouvoir exercer le même chantage contre les travailleurs. Nous ne céderons pas sur ce point. Aucun compromis syndical n’est envisageable face à la remise en question du droit de grève », martèle Ashok Subron.
Entre-temps, le mouvement syndical a déjà pris la décision de célébrer la Fête du Travail en organisant un rassemblement des travailleurs à l’auditorium Octave Wiehe à l’Université de Maurice pour le 1er mai.
Néanmoins, une première menace syndicale se précise… Le syndicat regroupant les employés du transport en commun, qui a déclaré litige en vue d’une révision salariale, exige que les conclusions de ces négociations avec le patronat soient bouclées avant le 1er mai. Au cas contraire, une journée de grève dans le transport en commun sera observée pour la Fête du Travail avec des répercussions sûres sur les meetings politiques de ce jour…