En dépit du calme apparent à la surface, la situation est extrêmement tendue dans le port. Les appréhensions se situent sur deux fronts, d’abord avec la suspension depuis le début de l’année du président et du secrétaire de la Port-Louis Maritime Employees Association (PLMEA), Alain Edouard et Guy Martin, respectivement, et ensuite le projet de privatisation déguisée de la Cargo Handling Corporation Ltd avec le partenariat stratégique de DP World de Dubayy. Dans les milieux syndicaux, l’on n’hésite pas dans la conjoncture à soutenir que ces deux faits sont étroitement liés compte tenu du fait qu’un premier round de consultations entre les représentants de DP World et la partie mauricienne s’est déroulé la semaine dernière avec d’autres séances à venir. Dans une tentative de remettre les éléments de ce dossier en perspective, douze confédérations et fédérations syndicales ont signé une lettre commune adressée au Premier ministre, sir Anerood Jugnauth pour réclamer son intervention en vue de mettre un terme à la persécution syndicale dans le port car le scénario de « silence, on privatise » ne peut continuer à prévaloir.
Des sources bien informées ont confirmé qu’une mission officielle de DP World avait fait le déplacement à Maurice la semaine dernière pour une première prise de contacts sur la base des Business Proposals soumises au gouvernement dans ce qui est présenté comme un partenariat stratégique dans le port. Les représentants du DP World ont eu des séances de travail au niveau du gouvernement avec le bureau du PM adjoint et ministre des Communications externes, Xavier-Luc Duval, et des autorités portuaires avec la Mauritius Ports Authority (MPA).
Jusqu’ici, très peu de détails ont transpiré de ces discussions et encore quant à la teneur des propositions de DP World pour confirmer sa présence stratégique dans le port. De nouvelles séances de travail sont à prévoir avec l’arrivée d’autres représentants de cette société, qui gère « a portfolio of more than 65 marine terminals across six continents with core business being container terminal operations. » À ce stade, aucune information n’est disponible quant au calendrier de travail.
Toutefois, deux détails majeurs, publiés dans la presse et qui n’ont pas été démentis par les autorités jusqu’ici, suscitent des inquiétudes grandissantes dans les milieux de la PLMEA. Il est question que la période de la concession, qui pourrait être accordée à DP World dans le port, sera de 99 ans, avec un contrôle à hauteur de 75% des opérations de la Cargo Handling Corporation Ltd. Commentant ces tractations avec DP World, Ashok Subron, négociateur de la PLMEA, s’élève contre la mise à l’écart du principal syndicat portuaire dans ce processus. « En dépit de l’assurance du Deputy Prime Minister à l’Assemblée nationale sur le projet de privatisation de DP World, il n’y a aucune consultation entre le syndicat et les autorités. La PLMEA est écartée de manière délibérée et nous maintenons que le Take-Over de la Cargo Handling Corporation Ltd par DP World constitue une atteinte à l’indépendance, à la souveraineté et à la sécurité nationale à Maurice. La proposition de DP World ne représente pas seulement une menace contre les employés du port mais aussi contre les consommateurs et les opérateurs locaux dans le port franc. Nu pei riske vinn su dikta DP World, lor tu kitsoz, inklir determinasyon ‘freight maritime’ pu pre 100-an », soutient Ashok suborn.
Par ailleurs, la PLMEA dénonce la campagne de répression syndicale dans le port avec la suspension depuis le début de l’année du président et du secrétaire de la PLMEA. Les séances des comités disciplinaires, qui devaient se réunir au cours de la semaine écoulée, n’ont pu le faire pour diverses raisons. Dans cette perspective, les représentants de douze centrales syndicales ont adressé une lettre commune au chef du gouvernement pour réclamer une intervention en faveur des deux syndicalistes.
Tout en rappelant au leader de Lalyans Lepep que le mandat obtenu lors des élections générales du 10 décembre 2014 n’en est pas un pour la répression et la persécution, les syndicalistes soulignent que « the two trade union leaders have been suspended from duty and facing disciplinary procedures after having raised legitimate contention on the issue of hours of work during festive seasons and after having reported a formal Labour Dispute to the Commission for Conciliation and Mediation under law.  In addition, the disciplinary actions follow the genuine concerns of the union on the privatization negotiations of the CHCL with the DP World. As the father of the foundation of the CHCL in 1983, you will concur with us that it is totally legitimate for the official union representatives to raise concerns when it affects the sovereignty, national security of the country as well as the fundamental rights of workers. »