« Nous lançons un appel solennel aux dirigeants de l’Alliance Lepep pour qu’ils mettent fin à ce qui est déjà en marche ». Tel était le plaidoyer, ce matin, d’Ashok Subron, lors d’une conférence de presse de la Port-Louis Maritime Employees Association (PLMEA). Cette rencontre avec la presse avait pour but de dénoncer la suspension du président et de l’assistant secrétaire de l’association, nommément Alain Édouard et Guy Martin, par le management de la Cargo Handling Corporation Limited (CHCL).
Cette suspension des deux employés est jugée « extrêmement grave » par Ashok Subron d’autant, dit-il, que cela intervient dans le sillage d’une « labour dispute » qu’a déclarée la PLMEA auprès de la Commission for Conciliation and Mediation (CCM), et par ailleurs en plein milieu des discussions en cours sur une éventuelle privatisation de la CHCL par Dubayy Ports World (DPW) pour une durée de 99 ans et le contrôle de la CHCL par le même partenaire pour 75 ans.
Pour Ashok Subron, si d’aucuns peuvent être en faveur de la privatisation, d’autres citoyens et employés « qui aiment leur pays, défendent farouchement son indépendance, acquise de haute lutte ». La PLMEA se dit catégoriquement contre la privatisation du port « car elle pose un problème à notre sécurité intérieure ainsi qu’aux droits des travailleurs ». Pour Ashok Subron, le management peut ne pas être d’accord avec notre démarche mais « de là à menas bouse manze travayer akoz li defann so pei, c’est l’acte le plus ignoble qui soit ».
Les informations selon lesquelles DPW chercherait un contrat de 99 ans et un contrôle de la CHCL pour une durée de 75 ans sont un sujet de grande préoccupation pour le syndicat, qui demande au Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, « père de la CHCL », au DPM, Xavier-Luc Duval, qui est en charge du dossier du port, et au ministre Vishnu Lutchmeenaraidoo, qui a été le premier à évoquer le projet, de rendre publiques les propositions faites par DPW et qui sont toujours maintenues secrètes.
« Nous lançons cet appel : ne commettez pas la même erreur que les autorités avaient commise en 1965 s’agissant de l’indépendance des Chagos. Rendez les propositions publiques, pour ensuite laisser les débats se dérouler. Pourquoi nous étouffer ? Le port est un secteur névralgique », a plaidé Ashok Subron. Rendant la réplique à ceux qui commentent que DPW contrôle aussi le port à New York, Ashok Subron fait valoir : « Les États-Unis ont les moyens de mettre de l’ordre avec DPW et pas Maurice ! »
Pour le syndicaliste, « ce n’est pas le moment de porter atteinte à notre droit à la parole. C’est notre droit syndical de dire que l’on n’est pas d’accord ».
S’agissant des deux employés de la CHCL, suspendus de leur travail et convoqués devant un comité disciplinaire en fin de semaine avec risque de licenciement, Ashok Subron rappelle que la raison est « simple mais de fond ». « Il s’agit des actions menées par ces employés concernant les heures de travail les 24 et 31 décembre ». Depuis l’existence de la CHCL, dit-il, « les employés ont toujours travaillé jusqu’à midi les 24 et 31 décembre sauf s’il y a un bateau dans la rade et là aussi, il y a un mode de paiement pour ce travail ». Le Collective Agreement que le syndicat a signé en juillet 2013 stipule : « Any term and condition of service not mentioned in this present Agreed Revised Conditions of Service will remain unchanged and applicable as is presently the case. »
Selon le syndicaliste, c’est le 19 décembre 2015 que le management de la CHCL a envoyé une lettre à la PLMEA pour une « formal proposal to change the hours of work during festive seasons ». Mais pour Ashok Subron, « si comme le prétend le management, les conditions de travail auraient dû être comme il le dit, pourquoi faire un proposal ». Et selon ses explications, « puisque la PLMEA était en négociations dans le cadre d’un nouveau collective agreement, le syndicat a répondu lors d’une rencontre le 3 novembre 2015, que l’on n’allait pas pouvoir prendre d’engagement pour 2015. À la suite du 3 novembre, nous avons eu plusieurs rencontres avec le management qui n’a jamais soulevé à nouveau cette question. Et, le 17 décembre, les employés reçoivent une lettre indiquant les nouveaux horaires pour les 24 et 31 décembre. Ils ont “bypass” le syndicat et violé le droit des travailleurs. Le 18 décembre, au cours d’une autre rencontre avec le management, celui-ci ne soulève pas la question. André Edouard, le président de la PLMEA et moi-même avons consulté les employés et communiqué leur position au management le 23 décembre, disant que c’est une violation des conditions de service. Après le Nouvel An, le président et l’assistant secrétaire ont été suspendus ». Pour la PLMEA, « c’est une tentative de décapiter le syndicat ». Une réunion à ce sujet a eu lieu hier en présence du ministre du Travail, Soodesh Callichurn, où la PLMEA a proposé que le ministère initie une enquête sur les horaires de travail ou initie une forme d’arbitrage en vue de déterminer si le syndicat est en raison et de lever la suspension, en attendant. Une réponse est attendue cet après-midi même.