À 112 ans, Émilie Louise est la doyenne de Maurice et de l’océan Indien. C’est ainsi que la ministre de la Sécurité sociale, Sheila Bappoo, l’a récemment présentée à l’occasion de la Journée mondiale des personnes âgées. Cette Chagossienne, qui vit à Roche-Bois depuis sa tragique déportation de son île natale, aime encore son “seraz koko” et se souvient des mariages célébrés dans les locaux de l’hôpital de Diego Garcia. Elle attribue sa longévité à sa foi en Dieu.
« Si Dieu le veut », Émilie Louise fêtera ses 113 ans le 4 janvier prochain. Mais son nom figure déjà au palmarès des personnes ayant la plus grande longévité de l’océan Indien. Si elle jouit d’une bonne santé, et a même poussé la chansonnette récemment pour la télévision, la centenaire s’est quelque peu affaiblie ces derniers temps. Elle trouve tout de même la force de nous dire qu’elle est « contente » de nous recevoir et accepte de se faire photographier.
Charlène Codor, épouse de Jonathan Codor, arrière-petit-fils d’Émilie Louise, est aux petits soins. La jeune femme estime que c’est un « cadeau » de pouvoir s’occuper de celle qu’elle surnomme affectueusement « grand-mère ». Elle poursuit : « C’est quelque chose d’extraordinaire qui m’arrive. Grand-mère est pour moi un exemple de courage. Elle nous inspire et nous donne l’exemple. À chaque fois que je lui donne son bain ou son repas, elle n’arrête pas de me répéter : “Bondye beni ou mo piti”. »
La foi est le sérum de cette centenaire pour vivre aussi longtemps, selon ses propres aveux. Émilie Codor est en effet très croyante et prie beaucoup pour les autres. « Tous les problèmes des autres sont ses problèmes. Elle fait preuve d’une grande sensibilité et dit qu’elle prie pour que ceux qui sont dans la difficulté parviennent à s’en sortir. »
Quand sa santé le lui permet, Émilie Louise aime raconter des histoires à ses petits-enfants. Ses souvenirs de l’archipel des Chagos sont encore intacts, tout comme son goût pour la nourriture locale. « Elle mange de tout, mais son plat préféré est son “seraz koko”. Elle en réclame toujours et raconte que c’est un plat qu’on mangeait dans “bann zil”. Elle nous rappelle que, là-bas, on ne se servait pas d’huile mais qu’on utilisait la noix de coco dans tous les plats. »
De ses souvenirs d’antan, elle aime aussi se remémorer les bals du samedi soir ou encore les mariages, qui étaient célébrés dans les locaux même de l’hôpital de Diego Garcia. Charlène Codor, qui a pris la relève de la tante de son mari auprès d’Émilie Louise, confie qu’elle est une personne simple et dont il est facile de s’occuper. « Elle n’est pas compliquée et se montre reconnaissante. »
Quand elle a appris que la ministre de la Sécurité sociale allait venir à sa rencontre et qu’elle allait passer à la télévision, la centenaire a lancé cette petite boutade à son arrière-petite-fille : « Mo piti, tir lizye ar mwa… » Pour l’occasion, elle a même interprété le refrain religieux Doux Jésus.
Mariée à Willy Codor et mère de trois enfants, Émilie Louise les a cependant tous perdus. Ses petits-enfants, eux, sont « nombreux ». D’ailleurs, elle n’en connaît pas le chiffre exact. Actuellement, ce sont ses deux arrières petits-enfants Jonathan et Seleca qui s’occupent d’elle. Dans sa jeunesse, Émilie Louise a travaillé dans une usine de jute, mais aussi comme servante chez des particuliers. Aux Chagos, elle travaillait dans la transformation de la noix de coco.