Le rendez-vous avec la patronne de Blast Communications avait été calé pour après son retour d’Afrique du Sud où elle s’était rendue pour des raisons professionnelles. En effet Aisha Allee – Mosaheb était une des finalistes du concours « the most infl uencial women in Africa ». Je suis sûr que l’équipe marketing de Blast avait pensé réaliser un bon plan media avec le portrait de la lauréate du prix posant avec son trophée. Mais les meilleurs plans com ne réussissent pas toujours et Aisha Allee-Mosaheb est rentrée à Maurice sans titre, mais avec l’enthousiasme qui semble l’avoir toujours habité.
Alors déçue de ne pas avoir obtenu le titre de « Most infl uential women in Africa » ? La réponse est donnée avec un sourire. « Pas du tout. Déjà c’était un honneur pour moi d’avoir été nominée parmi les grosses pointures de la com en Afrique. Je ne connaissais pas ce prix, quelqu’un m’a nominée, je me suis renseignée et puis j’ai acceptée. Je suis allée pour la fi nale et je n’ai pas eu le prix, mais c’était une expérience intéressante que je ne regrette pas». Comment fait-on pour être nominé à ce genre de prix, comment fait-on pour lancer Blast Communications qui est aujourd’hui une des plus grosses agences de communication de Maurice avec des antennes sur la région ? « En travaillant dur. Je suis une mauricienne qui a essayé de créer une entreprise il y a onze ans de cela avec une énergie débordante mais très peu de moyens. » Apres ses études secondaires et avant d’aller étudier le droit Aisha Allee trouve un job temporaire comme hôtesse de l’air à Air Mauritius. C’est au cours de cette période qu’elle rencontre Javed Iqbal Mosaheb, se marie et tombe enceinte de son premier enfant. Elle arrête de travailler pour s’occuper de lui et deux ans après entreprend des études de marketing, puis de communication par correspondance. Et à l’Université de Maurice. Aisha travaille dans plusieurs grosses compagnies locales, mais ne sentant pas valorisée, elle se met à son compte et fait de la formation ce qui l’amène à beaucoup voyager en Afrique tout en s’intéressant de plus en plus aux techniques modernes de communication. Deux ans plus tard Lekha Seebaluck, qui vivait et travaillait à Londres, rentre à Maurice. « Elle avait, elle aussi, l’envie d’ouvrir sa boîte. Nous avons réfl échi ensemble sur une stratégie, avons décidé de miser sur la communication et sommes allés de l’avant. Au départ nous n’étions que deux et nous sommes allées frapper aux portes des entreprises parce que nous pensions pouvoir apporter un plus à la com. » Pourquoi avoir choisi Blast Communications comme nom, vous vouliez révolutionner le monde de la com locale ? « C’est un nom trouvé par hasard à la fi n d’un long dîner entre amis. On n’a pas révolutionné le monde de la com, on s’est contenté de prendre ce qui se faisait de mieux ailleurs dans le même domaine. Nous avons beaucoup appris de nos mentors. On a découvert le digital, les réseaux sociaux, nous sommes allées à des conférences et avons appris sur le tas avant de mettre au point nos stratégies. » Les premières années ont été dures pour la petite entreprise qui part de rien sinon avec la niaque de ses fondatrices. Petit à petit elles s’établissent une solide réputation, augmentent le nombre de leurs clients tout en continuant à solidifi er leur entreprise. « A chaque fois qu’on avait un peu d’argent de côté ou un petit profi t on le réinvestissait dans l’entreprise, le personnel, la formation, le matériel. Ce n’est que depuis trois, quatre ans que Blast a la tête hors de l’eau au niveau financier. » Qu’est-ce qui différencie Blast Communications des autres agences de com, qui se sont multipliées à Maurice, ces dernières années ? « Blast n’est pas une explosion de la matière mais une explosion d’idées. Nous travaillons en collégialité, ce ne sont pas les directrices qui décident dans leurs bureaux fermés, mais l’équipe avec qui on discute d’une stratégie, pour l’améliorer Nos clients nous disent que notre apport stratégique est pour beaucoup dans notre image. Blast c’est un tout mais notre valeur ajoutée c’est vraiment la stratégie. » Les mauvaises langues masculine – oui, ça existe !-, laissent entendre que votre atout premier c’est le physique de vos employées. « La com est un métier prédestiné aux femmes, peut être. Mais on ne nous engage pas pour nos beaux yeux mais pour notre image, notre compétence et notre réputation d’effi cacité. La beauté physique aide peut être à obtenir un rendez vous mais pas à faire signer un contrat. Je n’ai jamais eu de contrat pour la couleur de mes yeux ou la longueur de ma jupe ! Blast est là parce qu’il y a une demande du marché et ce que nous proposons convient à nos clients. Nous avons crée, par exemple, un département veille média. Tous les matins nos clients reçoivent un email contenant un brief de tout ce qui peut les concerner dans la presse du jour. Avant d’aller au bureau, ils ont l’info en temps réel, savent si on a parlé d’eux dans la presse, en bien ou en mal, avec une proposition sur la manière de réagir. Nous sommes fi ères d’avoir construit une agence qui offre des solutions clés en main pour l’évènementiel, la communication, le media alert, une simple campagne ou un vrai plan de com avec une vision stratégique pour mettre en place un développement, un projet avec, en cours de route, des ajustements parce que dans la communication il faut avoir beaucoup d’humilité parce une personne n’a le monopole du savoir».
Est-ce qu’il a des choses que Blast Comunications refuse de faire dans le domaine de la com ? « En onze ans de métier nous avons arrêté de travailler avec seulement deux clients et pas des moindres. Parce qu’a un moment donné on sentait qu’on ne nous disait pas tout, que la relation de confi ance ne fonctionnait plus et on ne peut pas défendre un client si on ne sait pas ce qu’il a vraiment envie de faire». Est-ce que votre job n’est pas de défendre dans tous les cas le client avec vos outils et vos méthodes ? «Pour bien le défendre il faut avoir toutes les pièces du dossier. Dire qu’on a fauté, qu’on s’est trompé, s’excuser et rectifi er le tir n’est pas un aveu de culpabilité mais un acte de franchise». Vous connaissez beaucoup des patrons qui pensent comme ça ?« Oui. J’ai eu la chance de connaître des CEO extraordinaires qui ont suivi nos conseil, qui ont reconnu s’être trompé et ont pris les mesures nécessaires. » Vous avez la réputation d’être exigeante, parfois menaçante, avec les journalistes pour faire passer une information sur vos clients. « Je ne pense pas que le mot menaçant soit de mise. Mais je dois reconnaître qu’il y a parfois, de part et d’autre dans le monde de la com et de l’information, des égos monstrueux qui ne réalisent pas que nos métiers demandent aussi un degré d’humilité. Et que quand on a fauté il faut savoir le reconnaître. J’ai parfois dû faire des mises au point qui ont été très mal pris, ou plus précisément pris de très haut. Ce n’était pas de la menace mais rétablir des faits mal rapportés qui peuvent avoir de grosses répercussions pour une compagnie côté en bourse». Depuis l’année dernière Blast Communications a ouvert Jupiter Drawing, une agence de pub. Quelle est la raison de cette diversifi cation de vos activités ? « Tout simplement parce que la publicité est une composante importante de la com, Jupiter est une petite agence avec beaucoup de potentiel qui ne va pas devenir énorme parce que nous voulons faire des choses qualitatives. Il y a aujourd’hui pas mal de patrons qui savent faire la différence entre la qualité et la quantité dans le domaine de la pub. Pour nous il est aussi important que le client ait un retour sur l’investissement que sur la qualité du travail proposé. Tout en diversifi ant nos services nous continuons à proposer une expertise et une expérience accumulées pendant des années. Le marché local est petit mais il ne faut pas non plus être trop gourmand, savoir construire, assurer la survie de l’entreprise dans la durée. Pour Lekha et moi ce n’est pas juste réussir mais assurer un plan de carrière intéressant à nos 36 employés de chez Blast et aux 10 de Jupiter. Leur offrir un environnement où ils se disent j’ai été engagé et je suis récompensé uniquement sur la qualité de mon travail, de mon attitude et de mon intégrité. » Est-ce que Blast Communications a déjà été sollicité pour faire une campagne électorale par un parti ou des candidats ? « Oui, mais nous avons refusé jusqu’à maintenant. Nous sommes là pour dire aux gens qui nous font confi ance ce qu’ils doivent savoir, pas ce qu’ils veulent entendre. Très souvent les gens imbus du pouvoir ne veulent pas entendre ce qu’ils doivent savoir et décident sans discuter, sans consulter et veulent qu’on exécute. Nous ne pouvons pas fonctionner dans ces conditions là. Il y a beaucoup de choses qui peuvent être faite dans la communication des politiques à Maurice, mais il faut d’abord qu’ils sachent reconnaître leurs erreurs, sachent écouter les professionnels. Je ne suis pas disposée à travailler avec des gens qui pensent avoir le monopole du savoir, qui ne dialoguent pas, ne sont pas ouverts et pas respectueux des gens qui peuvent avoir une opinion contraire à la leur. »
Un mot sur cette campagne d’affiches en 2010 qui diagnostiquait que Maurice était malade et qui a été violemment attaquée par les politiciens, surtout ceux du gouvernement de l’époque ? « C’était, il faut le souligner, une campagne citoyenne intitulée« guérison commence par soi» qui a été attaqué comme une campagne politique, ce qui n’était pas le cas. Malgré les critiques, malgré les menaces nos sponsors ont tenu bon et je les remercie encore une fois, d’autant plus que le privé est très souvent ostracisé. Cette campagne a eu un succès énorme grâce aux attaques des politiciens». Est-ce qu’Aisha Allee – Mosaheb est satisfaite du success story de Blast Communications qui est présente à la Réunion et à Madagascar, a ouvert un bureau aux Seychelles et lorgne du côté de certains pays d’Afrique avec un chiffre d’affaire annuel d’un million d’euros ? « Qui ne serait pas satisfaite ? Mais comme je vous l’ai dit ce n’est que depuis quelques années que nous pouvons sortir la tête de l’eau. Il ne faut pas oublier que Lekha, notre équipe et moi avons beaucoup galéré pour arriver à ce résultat. Nous avons eu un parcours diffi cile, avons travaillé pendant de longues heures. On nous voit souvent sur les pages people et on pense que nous vivons dans les cocktails, mais il y a derrière tout ça, du travail, énormément de travail et encore du travail. »