Il y a une vie après l’armée. C’est ce que prouve l’histoire de l’ex-colonel Alain Maufinet qui, après une longue carrière dans l’armée française, consacre sa retraite à assouvir une passion inhabituelle dans la grande muette : l’écriture. Cet ancien haut gradé français, qui a épousé une mauricienne, vient de publier La pluie soleil, son deuxième roman, dont l’action se déroule à Maurice. Voici le portrait du colonel qui écrit des romans d’amour.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Alain Maufinet n’est pas né dans une famille de militaires. C’est le côté aventures et voyages qu’offre l’armée qui le pousse à s’engager dans l’artillerie à la fin de ses études, en 1969. Il va passer dans les différents départements de l’artillerie, parcourir le monde, effectuer des missions en Afrique et dans les pays arabes (sur lesquelles il ne veut pas trop s’étendre) tout en gravissant les échelons. Quand il décide de prendre sa retraite en 1999 après trente années de service, Alain Maufinet a le grade de colonel et la légion d’honneur. « Une décoration que je ne porte que dans les grandes occasions, contrairement a d’autres qui la portent tout le temps, même sur leur pyjama », raille l’ancien colonel.
Quand il quitte l’armée, Alain Maufinet décide de ne pas prendre sa retraite professionnelle et se lance dans une nouvelle activité. Dans l’immobilier d’abord, où, comme dans l’armée, il gravit les échelons pour devenir directeur d’agence dans la région parisienne. Mais comment cet ancien haut gradé de l’armée, bien reconverti dans l’immobilier, en est-il arrivé a l’écriture ? « C’est une histoire qui remonte à mon adolescence. Au lycée, j’écrivais pas mal et j’avais eu ici et là des premiers prix de rédaction qui aurait pu me pousser dans la voie littéraire. Mais mon père, qui a fini sa carrière comme commissaire aux impôts, était un homme très strict qui considérait que l’écriture, le théâtre, la musique, la peinture – bref, les arts – étaient des choses insignifiantes, pas des métiers. C’est un peu pour ça, mais aussi par goût personnel, que je suis entré dans l’armée. Mais tout au long de ma carrière j’ai écrit : au départ, surtout des rapports, mais à un certain moment les choses ont changé. »
Alain Maufinet est alors commandant et il est affecté dans une importante garnison dans le centre de la France. Le rédacteur en chef du journal militaire fait passer une annonce pour demander des contributions. « Je lui ai alors proposé une chronique sur les histoires que me racontait mon grand-père. À ma grande surprise, cette chronique a eu un énorme succès parmi les lecteurs du journal et on m’a demandé de continuer, ce que j’ai fait avec plaisir. Et puis le succès de cette chronique a provoqué une polémique : certains disaient que les souvenirs d’un grand-père n’avaient pas de place dans un journal militaire. Le journal a décidé de faire un référendum sur cette question et une majorité de lecteurs s’est prononcé pour la publication de mes chroniques. C’est de là que s’est confirmée mon envie d’écrire. »
C’est une chose d’écrire des chroniques à partir des souvenirs de son grand-père pour un journal militaire ; c’en est une toute autre d’écrire et de publier des romans. « Quand j’y pense, je me dis que je n’ai jamais cessé d’écrire en fait. Car tout en étant dans l’armée, j’ai écrit et monté plusieurs spectacles « son et lumière » sur des thèmes militaires. Quand j’ai pris ma retraite, j’ai aussi commencé à écrire des petites choses à partir de mes souvenirs et de mes observations. Puis j’ai décidé de les réunir pour en faire un roman, puis d’autres – six en tout. Une fois le travail terminé, j’ai envoyé un manuscrit aux grandes maisons d’édition, qui l’ont refusé. J’ai alors pris un agent littéraire, mais ça n’a pas d’avantage marché. C’est à ce moment-là que j’ai décidé de contacter une petite maison, les éditions Libre Label, située près de Bordeaux. Le directeur a lu les manuscrits et a décidé d’en publier un premier, Passion clair-obscur, l’année dernière. »
Un premier roman dont la publication surprend tous les proches du colonel à la retraite. À commencer par son épouse, Arlette Maurice, une mauricienne rencontrée – comme dans un roman – lors d’une traversée mouvementée sur un ferry entre Douvres et Calais. « Personne dans mon entourage ne savait que j’écrivais des romans. Pas même ma femme. Elle savait que je passais pas mal de temps devant l’ordinateur, mais elle pensait que je rédigeais des rapports pour l’armée. C’était mon domaine secret. Quand je suis arrivé avec le livre imprimé, ça a été la surprise pour ma femme, mes deux fils et tous mes proches. Ils ont tous été très surpris de découvrir ma passion pour l’écriture. » Et qu’a pensé le père du colonel du roman de son fils ? « Je suis arrivé avec le livre et mon père a été surpris, mais ne l’a pas lu tout de suite parce que ma mère avait pris le roman avant lui. Il l’a lu, et je crois qu’il l’a aimé, même si c’est quelqu’un qui ne se livre pas facilement et ne partage pas ses sentiments. Mais je crois qu’il a apprécié par ses allusions. »
Quel est le thème de ce premier roman publié ? « C’est un roman d’amour, comme tous ceux que j’ai écrits jusqu’à présent. » Mais on aurait cru qu’un haut gradé retraité de la grande muette écrirait plutôt des romans de guerre, des histoires d’espionnages à la SAS. Des romans d’amour : est-ce que, sous l’uniforme du colonel, battait un coeur de midinette ? « On peut le dire comme ça. Vous n’êtes pas le premier à faire cette remarque. Dans une des maisons d’édition où j’avais envoyé le manuscrit, la responsable du comité de lecture avait fait la même remarque. Elle avait trouvé étonnant qu’un haut gradé de l’armée écrive des histoires d’amour. Et pourquoi pas ? Vous savez, ceux qui portent des uniformes sont des êtres humains comme les autres, avec des sentiments. » Est-ce que ces romans d’amour sont inspirés de faits réels, autobiographiques ? « Pas du tout. Ce sont des histoires totalement inventées. Je décide d’un thème, des personnages qui, après, évoluent, se modifient tout le temps, ont leur propre vie. Je réécris beaucoup. » Pourquoi avoir choisi de les publier sous un pseudonyme, celui d’Alain Badirac ? « C’est mon éditeur qui a pensé que ce serait bon de publier sous un pseudonyme. Cela n’a rien à voir avec mon long passage dans l’armée. D’ailleurs ma photo paraît dans les interviews de presse, et ceux qui ont travaillé avec moi dans l’armée m’ont reconnu. Ils ont été, eux aussi, surpris que j’écrive des romans. Ils ne m’imaginaient pas sous cet aspect. »
Le colonel à la retraite se trouve actuellement à Maurice pour assister au mariage d’une de ses nièces. Il en a profité pour ramener avec lui quelques exemplaires de son deuxième roman, qui vient tout juste d’être publié. Intitulé La pluie soleil, c’est une autre histoire d’amour, qui se déroule à Maurice. « C’est l’histoire d’un jeune Français qui vient en vacances à Maurice et rencontre une femme d’affaires qui vient se ressourcer. Elle est un peu plus âgée que lui, et ils vont vivre une passion à Maurice. Le titre est une expression mauricienne, mais c’est surtout cette chose extraordinaire qui est d’avoir de la pluie en même temps que du soleil. Dans mon pays, quand il pleut, c’est gris, c’est noir, et on ne voit pas le soleil. Le livre sera bientôt disponible à Maurice ; mon éditeur a déjà contacté cinq libraires. Les choses sont en train de se mettre en place. Le livre vient tout juste de sortir, mais il est déjà classé cinquième dans les ventes des éditions Libre Label. C’est encourageant. Il est possible que, pour faire plaisir à mon épouse, je donne une suite à La pluie soleil Je suis en train de cogiter une suite, et mon actuel séjour à Maurice va sans doute m’aider dans ce travail. »
Terminons ce portrait par la question classique : pour quoi, pour qui écrit le colonel à la retraite reconverti dans le roman d’amour ? « D’abord pour moi. J’éprouve un immense plaisir de donner vie à des personnages, de les voir évoluer. Et puis j’aimerais dire que ce n’est pas le côté financier ou le côté renommée qui m’intéresse dans l’écriture. Ce qui me fait plaisir, c’est de rencontrer des lecteurs qui m’écrivent ou viennent me voir pour me dire ce qu’ils ont ressenti en me lisant. Je me dis alors que tout ce travail en solitaire sert à quelque chose puisqu’il a touché quelqu’un. Je suis donc un colonel à la retraite qui est aujourd’hui un romancier heureux. »