Premier côté sciences et premier des top 500 candidats aux examens du Higher School Certificate (HSC), Cédric Ho Tiu, 19 ans, jongle avec les chiffres et les lettres depuis la maternelle. Mais, détrompez-vous ! Le lauréat, qui a d’abord fréquenté la SSS de Bell-Village et ensuite le Collège du Saint-Esprit, n’a pas toujours eu le nez dans les livres. La musique, précisément le piano, est une autre de ses passions. Il vient de terminer son “Grade 8” par le biais des Royal Schools of Music. Découverte du parcours de cet habitant de Vallée-des-Prêtres…
« Déjà à la maternelle, il terminait ses devoirs avant les autres et aidait ses petits camarades. Il revenait toujours avec un petit mouchoir en guise de récompense de sa maîtresse », raconte Mireille Ho Tiu, la mère de Cédric. Avec une fierté tempérée par de la modestie qui se laisse remarquer par une confidence quelque peu hésitante, elle poursuit : « Quand il était en Std I, nous lui posions des questions telles : “Trois oranges valent Rs 10. Combien d’oranges peux-tu avoir avec Rs 50 ? ; 35 x 25 ?”. Et, il répondait. Il avait tout en tête. Il pouvait aussi dire les lettres de l’alphabet à l’envers à la maternelle. »
Face à ce dernier témoignage, le jeune homme, plutôt réservé et humble, se montre gêné, voire agacé. Il n’y voit rien d’extraordinaire. Il arrête sa mère. « Ayo, pa bizin dir tou sa. » Mais, sur notre invitation, la mère poursuit : « Tout a commencé avec les jeux de cartes. Il se plaisait à classer les cartes en ordre décroissant : As, Roi, Dame… On lui a donc dit de faire de même avec l’alphabet. »
Après la maternelle, Cédric Ho Tiu fréquente l’école du Bon Secours à Port-Louis. « C’était une très bonne école avec de bons instituteurs. J’étais parmi les premiers mais il n’y avait pas de rang pour ne pas décourager les moins bons. » Il est ensuite admis à la SSS de Bell-Village. « J’étais parmi la troisième cuvée à l’époque de la régionalisation. Les équipements étaient neufs et les profs étaient bons. » Aux examens de SC, il score 6 unités et est classé troisième en chimie au niveau national. Il rejoint alors le Collège du Saint-Esprit.
Classé 19e l’an dernier lors de sa première tentative au HSC tout en se retrouvant 9e en physique et 7e en maths au niveau national, Cédric Ho Tiu décide, sur les conseils de ses proches, de tenter une nouvelle fois sa chance. « C’est surtout mon oncle, Yves Chan Kam Lon, ancien directeur de la Bibliothèque nationale et maintenant commissaire à la PSC, qui m’a encouragé à faire une troisième année. Il m’a montré que grâce à l’éducation, lui a pu gravir les échelons et m’a invité à en faire de même. »
Si être lauréat n’a pas vraiment été un rêve pour le jeune homme, il n’en écartait pas non plus la possibilité. « Ma maman m’a toujours encouragé au primaire me disant de travailler et ainsi, un jour, je pourrais réussir. » Pour l’heure, Cédric Ho Tiu n’a pas une idée précise quant à son choix d’études. « Je veux d’abord me renseigner sur les différentes possibilités et implications. »
Royal schools of music
Le lauréat dit devoir son succès à la collaboration entre ses parents – tous deux fonctionnaires –, ses profs et lui-même. « Ils m’ont aidé selon mes besoins. Ils étaient toujours disponibles. » S’agissant de leçons particulières, notre interlocuteur soutient qu’il n’en a presque pas pris et qu’il s’est davantage focalisé sur son travail personnel.
Selon Cédric Ho Tiu, les cours de piano ont aussi contribué à son succès. « Cela demande de la discipline et beaucoup de pratique comme dans les études. Et “pratice makes perfect” » dit-il. Enfant, Cédric étant turbulent – « il cassait tous les jouets » dira la mère –, ses grands-parents qui le récupéraient après l’école en attendant que ses parents le reprennent après le boulot, ont eu un peu la vie difficile. Et, raconte encore la mère : « Cédric aussi s’y ennuyait. Un jour, à l’école, on m’a dit qu’il y avait des leçons d’orgue après l’école. » Les parents y voient alors une solution au trop d’énergie de leur fils. Et, après quelques mois, « l’instit m’appelle pour me proposer de le faire prendre part aux examens des Royal Schools of Music parce qu’il assimilait tout alors qu’il était parmi les plus jeunes ». C’est alors que son histoire avec le piano va s’approfondir…
Outre la musique, Cédric Ho Tiu consacre aussi beaucoup de son temps à la lecture. Des magazines tels Sciences et Vie et Newsweek. « Cela aide à avoir un large mindset. »
A-t-il fait des sacrifices supplémentaires en HSC ? Le jeune homme hésite avant de répondre : « Si j’avais à sortir, je sortais à l’exception de la veille des examens. Mais, les sorties m’aidaient à rencontrer mes proches. » Être lauréat représente quoi ? « Une satisfaction personnelle. C’est un exemple de réussite mais ce n’est pas la fin des efforts. C’est juste le début. Il est vrai que cela m’ouvrira des portes », dit-il.
Dans 15 ans, Cédric Ho Tiu espère se voir avec une carrière qui lui permette d’être autonome, « ne pas trop dépendre sur les autres ». Qu’est-ce qui a changé dans sa vie depuis qu’il a appris qu’il est lauréat ? « Je suis à présent sûr que financièrement il me sera possible d’effectuer mes études à l’étranger. »
Compte-t-il revenir au pays au terme de ses études ? « Si la situation est favorable oui à moins que j’ai de meilleures opportunités à l’étranger. Si on peut avoir de l’expérience à l’étranger, je pense qu’on a beaucoup plus de bagage pour réussir. » Aux jeunes, il conseille : « chacun a ses chances. Il faut continuer à travailler. Tôt ou tard, ses efforts paieront ».