Dimanche prochain, 22 juillet 2012, l’île Maurice comptera une nouvelle centenaire. Il s’agit de Marguerite Labat, la plus célèbre et l’une des plus talentueuses animatrices de la radio mauricienne. Une semaine avant son anniversaire, nous vous proposons un portrait grand format de celle que des milliers de Mauriciens surnomment affectueusement « Mimi ». Une grande Mauricienne qui aura marqué le siècle par sa grande élégance et sa voix d’une jeunesse éternelle. Un portrait écrit, on le remarquera, avec tendresse et admiration.
Dans l’interphone de l’entrée de son appartement à Curepipe, la voix résonne, chaude, avec cette musicalité qui lui est propre. Elle nous accueille à l’entrée avec un petit bâton qui, précise-t-elle tout de suite avec un sourire, est destiné à Poupounette, le dernier d’une longue lignée de petits chiens qui lui ont tenu compagnie. Mimi est égale à elle-même. À sa légende, pourrait-on facilement dire. Certes, des années, elle a subi l’irréparable outrage : son corps s’est un peu voûté, ses cheveux se sont clairsemés et des rides se sont accumulées. Mais dès quelle parle, et elle le fait souvent et joliment, l’éternelle jeunesse de sa voix fait oublier le reste. Si elle a besoin de grosses lunettes pour lire et doit un peu tendre l’oreille pour mieux comprendre ce qu’on lui dit, la mémoire est intacte et l’esprit toujours aussi pétillant. À presque cent ans, Mimi est plus jeune d’esprit que beaucoup de gens qui ont à peine la moitié de son âge. Comment se prépare-t-elle à célébrer ses cent printemps ? « Je déteste les anniversaires, ces jours où l’on vous étouffe de tendresse et de cadeaux pour vous oublier le lendemain. J’assume mon âge, mais je ne veux pas me faire embrasser devant les caméras de télévision par un ministre qui va me remettre un chèque, un bouquet et un téléphone, et me faire couper un gâteau. J’ai réussi à m’épargner cela. »
C’est en quelque sorte le cadeau que Mimi s’est offert d’avance pour le centième anniversaire d’une vie qui commence le 22 juillet 1912 sur la propriété de Saint Aubin, dont son père est l’administrateur. Avec sa soeur, Laurence, et ses frères, Maurice et Émile, la petite Marguerite vit son enfance dans la grande demeure coloniale de Saint Aubin, aujourd’hui transformée en table d’hôte. Au lieu d’aller à l’école, ils suivent des cours particuliers à domicile et Mme Labat, née d’Unienville, qui était une bonne chanteuse, fait suivre des cours de piano et de chant à Marguerite, que tout le monde surnomme déjà « Mimi ». Et parfois « Boucle d’or » aussi, à cause de ses cheveux qui font la fierté de sa mère. Elle suit par ailleurs des cours de dessin et de décoration qu’elle ira plus tard parachever à Paris. En 1922, la famille Labat quitte Saint Aubin pour venir s’installer dans une autre maison coloniale à Curepipe. Les enfant Labat fréquentent la bonne société de la ville, où Émile et Mimi se font remarquer pour leur originalité et leur indépendance d’esprit. « Je me rappelle que nous avons réussi, ma soeur et moi, à battre des équipes de garçons dans un tournoi de ping-pong. Je me souviens aussi que nous dansions beaucoup, en particulier le tango argentin qui était ma passion. »
C’est sans doute cette indépendance d’esprit qui éloignera Mimi des liens du mariage. « Je faisais ce que je voulais, même si cela choquait les gens dits « bien ». J’ai eu pas mal de prétendants, et même un presque fiancé qui était très beau, mais il me considérait comme sa chose, me faisait téléphoner par son valet, disait m’aimer et ne m’a jamais offert une fleur. Tout bien considéré, j’ai préféré la liberté et l’indépendance aux belles fiançailles et aux joies du mariage, et je ne le regrette pas. Au risque de choquer, je dirais que j’ai presque tout fait dans ma vie et je ne le regrette pas. » Pourquoi ne pas avoir raconté cette vie passionnante et passionnée dans un livre ? « Il y aurait trop de choses à ne pas écrire, et puis je n’avais pas le temps. J’étais trop occupée à vivre ma vie. Je dois reconnaître que l’envie d’écrire m’a prise parfois, et que je sais exactement comment aurait dû commencer le livre que je n’ai pas écrit : « Chaque succès a un commencement, chaque passion a un prix, chaque vie une histoire. » »