Après ses études universitaires en Australie, Christopher Rainer a travaillé en Inde, en France et aux Etats-Unis avant de revenir à Maurice, il y a deux ans. Depuis, il a mis au point un projet qu’il vient de lancer : MariDeal.com. Il s’agit d’une plate-forme de réservations d’hôtels réservée aux Mauriciens. Voici le portrait d’un faiseur de bons deals touristiques, qu’il ne faut pas confondre avec un « dealer ». Et il ne faudrait pas confondre la plate-forme qu’il a créée avec le « Mari Deal » d’Illovo non plus!
Né d’une mère mauricienne et d’un père autrichien, Christopher Rainer a vécu en Afrique du Sud avant de faire ses études primaires et secondaires à Maurice. « J’ai fait mes études secondaires au Bocage avant d’aller les poursuivre au niveau tertiaire en Australie. A Perth, j’ai obtenu un double degré en commerce et en relations internationales. Après mes études en Australie, je suis allé aux Etats-Unis où je me suis intéressé aux startup. C’est une nouvelle culture entrepreunariale qui utilise la technologie de pointe et qui n’est pas encore bien connue à Maurice. Aux Etats-Unis et ailleurs dans le monde, les jeunes qui veulent lancer des startup ont l’environnement et les soutiens nécessaires pour le faire. Il existe même des réseaux, des cellules d’entrepreneurs novateurs qui s’entraident pour mener à bien leurs projets respectifs. Par exemple, un spécialiste de la finance vient structurer un projet de logiciel d’un spécialiste des plates-formes et ainsi de suite chacun mettant à la disposition des autres son savoir-faire dans des domaines très précis pour faire aboutir des projets. J’ai été tellement fasciné par ce secteur que j’ai moi-même participé à la création d’une startup. C’était une plate-forme spécialisée dans la promotion de produits textiles qui s’appelait Lagoona Clothing. » Ce projet a conduit Christopher Rainer en Inde pour son développement. Lagoona Clothing a obtenu un tel succès que le jeune Mauricien est allé ouvrir un bureau de ventes à Paris pour le marché européen et un autre aux Etats-Unis, pour le marché américain. « Apres dix ans passés à l’étranger à étudier et à travailler, j’ai eu envie de changer d’environnement et de revenir à Maurice où sont mes racines et ma famille et je l’ai fait, il y a presque deux ans. » Pour créer une startup ici, dans notre cyber île où la culture informatique est plus un slogan qu’une réalité? « C’est vrai que les choses avancent lentement, mais elles avancent dans le bon sens. Il y a deux ans on ne pouvait pas payer ses factures d’électricité, d’eau ou de téléphone par internet, aujourd’hui on peut le faire ainsi que d’autres transactions. Ailleurs, dans les grands centres, le net a conquis le secteur des réservation d’hôtels, d’avion, de train, etc., 80% des bookings se font désormais sur internet : c’est pratique, rapide, sécurisé. Je me suis dit qu’on pouvait introduire ce service à Maurice quand j’ai pris de l’emploi dans l’hôtellerie. A partir de ce moment, j’ai commencé à travailler sur le projet MariDeal.mu. »
Pour mettre au point son projet mauricien, Christopher Rainer prend contact avec ses amis américains et demande à une firme spécialisée dans la technologie de concevoir un logiciel hautement sécurisé pour gérer une plate-forme de réservation en ligne destinée aux Mauriciens. La toute première de ce type à Maurice.  Comment fonctionne cette plate-forme ? « C’est une plate-forme qui regroupe toutes les offres de chambre d’hôtels, de spas et de restaurants que nos partenaires proposent aux Mauriciens. C’est une plate-forme de réservations comparable à celles qui sont destinées aux clients étrangers du secteur hôtelier mauricien. Jusqu’à présent, les offres destinées aux Mauriciens étaient peu nombreuses… » On peut même dire qu’elles étaient inexistantes! Dans certains cas, les hôtels étaient carrément fermés aux Mauriciens. Est-ce que les hôteliers mauriciens ont changé d’avis sur cette question avec la crise du secteur touristique ? « Quand je me suis joint à l’hôtellerie, je me suis rendu compte que le marché mauricien était assez porteur mais très mal structuré. Avant la crise, il n’avait pas besoin de la clientèle mauricienne, certains établissements leur étaient même fermés, comme vous venez de le souligner.  La donne a changé depuis la crise. Les hôteliers mauriciens ont commencé à s’intéresser au marché mauricien et je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire. L’idée était d’offrir aux Mauriciens le même service de réservations que celui mis à la disposition des touristes européens et asiatiques. Un service efficace, simple et pratique, c’est ce que propose MariDeal.mu. Les hôteliers ont réagi positivement à notre plate-forme parce qu’avant nous le marché mauricien était mal structuré. » Lancer un nouveau produit dans un secteur en crise, ce n’est pas risqué du point de vue de l’entrepreneur ? « Je préfère travailler dans un secteur en crise que dans un secteur qui est en plein boom. On peut plus facilement faire accepter ses idées dans un secteur en crise que dans un secteur qui marche très bien. Le secteur en crise est à la recherche d’idées nouvelles, d’innovations alors que dans un secteur en plein boom on n’a même pas le temps d’écouter les nouvelles propositions. Il ne s’agit pas, toutefois, de proposer n’importe quoi : il faut que le projet soit soutenu par un plan stratégique qui explique son fonctionnement et démontre ce qu’il peut rapporter en termes de revenus. » Pourquoi est-ce que les hôteliers mauriciens font appel à vous alors qu’ils ont des départements de réservation ? « Il n’y avait pas de point de départ pour les clients. Où bien il cherchait une pub dans les journaux, ou bien il appelait chaque hôtel pour s’enquérir des offres et des prix. Cela nécessitait une quarantaine d’appels téléphoniques, de longues minutes d’attente, l’envoi de carte de crédit par email, des réservations par téléphone sans confirmation avec les malentendus que cela peut produire. Un hôtel peut vendre ses chambres en direct sur le net, mais pour que l’utilisateur mauricien tombe dessus il doit faire toute une série de recherches sur le site de tous les hôtels mauriciens. Nous lui simplifions la tâche en lui montrant sur un seul site toutes les offres d’hôtels associés à MariDeal.mu. Ces offres sont détaillées avec parfois des promotions de dernière minute allant jusqu’à 40 % sur des séjours. Ce n’est pas que des tarifs pour les Mauriciens, mais des tarifs avec des remises conséquentes. » Pourquoi est-ce que MariDeal.mu ne s’adresse qu’aux Mauriciens ? « Parce que les étrangers ont a leur disposition de multiples plates-formes. La nôtre est réservée aux Mauriciens et a été
conçue de telle façon que quand un internaute achète une offre il doit cocher une case pour déclarer qu’il est de nationalité mauricienne ou a un statut de résident à Maurice. C’est la première plate-forme de réservation réservée aux Mauriciens et aux résidents. L’utilisateur peut comparer les différentes offres, par région, par catégories d’étoiles avant de faire son choix à travers trois modes de paiement sécurisés : la carte de crédit à travers la SBS, l’internet banking transfer ou le paiement en espèces à notre bureau, qui se trouve au Business centre de Grand-Baie. »
Pour le moment, la nouvelle entreprise travaille avec trois groupes hôteliers et une dizaine d’hôtels indépendants et elle est en négociation avec d’autres acteurs de l’hôtellerie mauricienne. « Notre service est accessible 24 heures par jour, sept jours sur sept et les réservations peuvent être effectuées en moins de deux minutes. Une fois le paiement fait, le client reçoit immédiatement une confirmation de la réservation et il ne suffit de se présenter à l’hôtel avec une copie de la réservation et une pièce d’identité et le tour est joué. Il faut également que le client ne paie rien comme frais, ce sont nos partenaires hôteliers qui paient les frais du deal. C’est un service qui n’existait pas, c’est une valeur nouvelle que nous apportons au secteur touristique mauricien. » MariDeal.mu est une petite entreprise de cinq personnes dont les propriétaires sont Christoper Rainer et Alex Samuelson, un partenaire américain ayant épousé une Mauricienne et qui réside à Maurice. Plus de trois millions de roupies ont été investies dans le financement du projet qui, selon son concepteur, a très bien démarré. Ce constat est effectué à partir des feedback reçues sur les réseaux sociaux et des premiers clients satisfaits. « Maurice est un petit marché que nous voulons conquérir pour pouvoir ensuite nous repositionner sur le marché régional. On veut faire nos preuves à Maurice avant d’aller à la Réunion, en Afrique du Sud et, possiblement, aux Seychelles. » Maurice étant un pays où l’on copie allégrement — sans payer les copyright nécessaires — tout ce qui marche, MariDeal.mu doit s’attendre a être copiée. « Le concept n’est pas déclaré et il y a toujours un first movers et des followers. Mais le first mover a toujours un avantage, l’original est meilleure que la copie et la compétition est une bonne chose pour faire avancer les idées. »