À 26 ans, Danyal Lefevre a connu la rigueur de l’Europe, les missions humanitaires en Afrique, les Andes Boliviennes, les backwaters du Kerala, les montagnes du Tamil Nadu, la ville sainte de Gokarna… Tout un cheminement fait de rencontres et d’expériences intenses qui lui ont permis de gravir les échelons de la connaissance de soi et des autres.

Il est né d’un père français converti à l’islam et d’une mère indo-mauricienne. “Je n’ai jamais connu mes racines françaises car mon père est décédé très tôt.” Sa mère ne l’a jamais poussé à croire dans sa religion à elle. “Sans son ouverture d’esprit, je n’aurais pas été qui je suis aujourd’hui.” Le prof de yoga s’est longtemps cherché à travers le monde. “Au fil de nos rencontres et nos expériences, nous évoluons et devenons quelqu’un d’autre. Une partie de nous meurt à chaque seconde, mais le fond reste toujours le même.”

Ne plus être spectateur.
En juin 2017, ses pas le ramènent vers ses racines. Un nouveau Danyal Lefevre rentre au bercail, éveillé à la conscience qu’il fallait ce cheminement nécessaire pour mener à bien sa mission auprès de sa famille et de ses compatriotes. “Depuis toujours, lire était vital pour moi afin d’explorer et de comprendre le monde. Je voulais être archéologue, puis chevalier.”

Après avoir obtenu son baccalauréat en 2010, il décide de poursuivre des études en relations internationales à Paris. Après avoir approfondi ses connaissances en sciences politiques, en économie et en géopolitique, il se rend vite compte que ce n’était pas ce qu’il recherchait. “Mon but était d’apporter ma contribution au mieux-être des gens autour de moi. Je ne voulais pas servir l’agenda de quelqu’un d’autre mais laisser exprimer ce qui m’animait et vivait en moi.” Avec un groupe d’amis, ils fondent une ONG organisant des missions humanitaires en Afrique. Une aubaine pour lui de n’être plus spectateur mais “acteur du développement au Togo et au Burkina Faso”.

Son retour à la civilisation parisienne est ponctué de hauts et de bas. Il retrouve son salut lors d’un stage de fin d’études “dans la communauté d’El Terrado, à 3,000 mètres d’altitude, dans les reliefs encaissés des Andes boliviennes”, écrit-il sur sa page Web. Vivre dans ces montagnes “m’a permis de rompre avec mes habitudes et mon quotidien, vivant avec le strict minimum : quatre murs, un lit, des toilettes extérieures et un peu de nourriture”. Il se fond dans ce pays d’Amérique du Sud où le peuple s’exprime en quechua (la langue des Incas). Danyal Lefevre découvre non seulement le yoga, mais aussi “la médecine des plantes, la médecine énergétique, un profond respect de la nature. Cette expérience m’a beaucoup transformé”.

Cheminer avec l’autre.
Ayant goûté à cette vie exempte de faux-semblants, le jeune homme entame un voyage dans le sud de l’Inde, la terre de ses ancêtres. Il chemine d’abord avec sa mère à la découverte de la culture et des grandes villes. Plus tard, avec son amie Marine, son corps sera soumis à rude épreuve lors d’un séjour dans un ashram de yoga de tradition philosophique védantique. L’enseignement reçu constitue la base de sa pratique du yoga aujourd’hui.

Après cette expérience intense, ils reprennent la route, se laissant guider au gré du quotidien. “Au programme : les backwaters du Kerala, les plantations de thé, les montagnes du Tamil Nadu et leurs forêts magiques, le paysage quasi lunaire et extraordinaire de Hampi et ses mille temples et palais, le Karnataka et ses forêts, pour finir par la ville sainte de Gokarna.” Ce qui est bien avec l’Inde, constate-t-il, c’est cette capacité d’être très intense dans tous ses aspects, “des plus belles choses aux plus horribles”.

Détaché des pas de Marine, Danyal Lefevre continue seul son voyage initiatique. Il se pose dans la ville sainte de Gokarna et fait une rencontre qui change sa vie. Kalki, le yogi, partage sa pratique avec lui mais aussi une belle amitié. Il l’initie au Qigong et le guide vers l’affinement de sa conscience et la perception des choses. “Tout ce que nous vivons au jour le jour est vécu à différents niveaux de conscience, superficiellement ou avec intensité. C’est en entraînant notre esprit que nous pouvons atteindre ce niveau.” Il se rend compte que le risque de continuer à vivre ainsi est que l’on peut se perdre. “Cela peut être utile de s’isoler et vivre ainsi pour évoluer. Mais la plus grande des évolutions, c’est celle où l’on chemine avec l’autre, qui est le reflet de nous-mêmes”.

Assumer ses responsabilités.
De retour en France, il marche pieds nus dans les rues car cela lui semble juste. Il a perdu 18 kilos. Il a fallu se réadapter tout en restant maître de soi. Il travaille comme chauffeur de rickshaw à Paris, mais constate que la pollution risque d’anéantir toute la pratique et l’épuration qu’il a pu faire en Inde.

Il se forme en tant qu’instructeur dans plusieurs écoles (Art de Vivre, Nouvelle Acropole, Ashram de Yoga Sivananda, etc.) et devient prof. Loin du yogi sérieux, pur et méditatif, Danyal Lefevre aborde une pratique plus joyeuse et communicative du yoga.

La dernière étape de son cheminement le pousse vers l’ashram Rama Krishna (à une demi-heure de Paris) où il retrouve certains états de conscience qu’il avait développés en Inde. Il entame une formation en tant que karma yogi et brahmachari (aspirant moine et swami), tout en travaillant dans le potager et en étant vacher. Il réalise que “c’est se mentir à soi-même d’être là-bas et non ici et ne pas assumer ses responsabilités”.

“On n’est pas né où l’on est pour rien. Nous avons un appel du cœur envers nos racines, notre famille et nos compatriotes.” En voyant l’actualité, l’écologie dégradante, toute cette jeunesse qui s’éveille et qui s’insurge, il veut apporter sa pierre. “C’était un cheminement nécessaire pour mener à bien mes responsabilités en tant que fils et patriote.”