Devdass Konaherkanaidu, aveugle de naissance, a été élu le week-end dernier à Surinam (Savanne District Council) sous la bannière du Groupement Militant de Surinam, une branche du Mouvement Militant Mauricien. Ce père de famille de 55 ans, réceptionniste à la Barclays Bank et décoré MSK en 2005 pour son travail dans le social, est le quatrième des neuf élus du village, tous du MMM.
S’il avait posé sa candidature en 2005 aux villageoises, c’est la première fois que Devdass Konaherkanaidu est élu pour être membre du Conseil de son village. « C’est avec plaisir que j’accueille cette victoire même si je m’y attendais. Surinam est un grand village où l’on décompte 7 453 électeurs », dit-il.
Réceptionniste depuis 23 ans à la Barclays Bank de Bell-Village, le nouvel élu dit se considérer et être considéré comme une personne tout à fait normale. Tous les matins, il prend le bus de Surinam pour se rendre à Port-Louis, où « le chauffeur m’aide à descendre ». L’après-midi, après le travail, c’est accompagné d’un collègue qu’il se dirige vers la Gare Victoria en vue de retrouver sa famille à Surinam.
Ce qui l’a motivé à se porter candidat aux élections villageoises, c’est bien de mettre un terme à ce tabou autour des handicapés comme il l’explique : « Pour moi, cette victoire est venue briser ce tabou qui existait dans les villages. Autrefois, on se disait : “Il est handicapé, est-ce qu’il pourra faire quelque chose pour nous ?” Aujourd’hui, ce tabou n’existe plus ni dans les villes ni dans les villages. Je félicite le MMM parce qu’il a une bonne école de pensée. La première fois qu’un aveugle a été élu, c’était Coomara Pyneeandee à Curepipe, sous la bannière du MMM. »
Notre interlocuteur dit être reconnaissant envers le Groupement Militant de Surinam qui « ne me considère pas comme un aveugle mais comme une personne normale. C’est motivant. D’ailleurs, quand j’étais petit, mes parents me considéraient comme un enfant normal. Cela m’a toujours motivé à aller de l’avant. On me demandait un coup de main pour la vaisselle et autres tâches ménagères. J’allais chercher de l’herbe pour les cabris avec ma mère et je courais au bord de la mer avec mes amis… »
Décoré en 2005 Member of the Order of the star and Key of th Indian Ocean (MSK) pour son travail dans le domaine du social, Devdass Konaherkanaidu a siégé sur plusieurs boards, dont le Lois Lagesse Trust Fund Board et le NCRD (National Council for the Rehabilition of Disabled Persons). Il est par ailleurs le fondateur de la Handicapped Association du Sud et apporte son soutien au Mouvement pour les malades et handicapés du Sud à Chemin-Grenier.
Jeudi, Devdass Konaherkanaidu a prêté serment comme conseiller. Pourquoi a-t-on voté pour lui ? « Nous avons présenté un bon programme, surtout pour la jeunesse. Il manque beaucoup de choses à Surinam pour les jeunes en particulier au niveau des sports. J’espère pouvoir les réaliser. Le manque d’activités mène aux fléaux comme l’alcool et la drogue. » Les autres projets phares pour lesquels il compte se battre : jardin d’enfant, asphaltage des routes et éclairer davantage le village. Il entend d’autre part, avec les autres conseillers, faire de Surinam un village touristique. « On veut créer de l’emploi pour les habitants en leur donnant la possibilité de vendre des produits sur la plage de Riambel. Il faut embellir davantage la plage. »
Les points forts de Surinam, selon Devdass Konaherkanaidu, sont la plage, le cimetière marin où est enterré Robert Edward Hart, entre autres. Ses qualités dans la vie ? Le conseiller dit être un battant de nature. Issu d’une fratrie de dix enfants – dont un frère qui, comme lui, est aveugle et travaille aujourd’hui au Central Electricity Board de Souillac –, notre interlocuteur a établi des principes dans l’éducation de ses deux filles. « Je ne suis pas dur avec elles, mais je leur ai inculqué la discipline. Quand elles étaient petites, je les encourageais à faire de la lecture. Aujourd’hui, ce sont elles qui m’apprennent des choses. » L’aînée, 25 ans, travaille aujourd’hui pour le groupe BAI après des études de psychologie alors que la dernière, 19 ans, est en première année de B. A French à l’Université de Maurice. La benjamine, dit-il, est d’ailleurs très fière de lui. « Pour la première fois, elle a voté et son papa a gagné ! Elle n’a pas perdu ses votes. »
Son frère Sunil et lui-même ont été champions de dominos en 1990 au niveau du Grand-Port/Savanne District Council.
« Je souhaiterais que les handicapés puissent travailler comme moi. La loi exige que chaque compagnie emploie un taux minimal de 3 % de personnes avec handicap. Nous sommes cinq handicapés à la Barclays Bank. À la Barclays, on ne me considère pas comme un handicapé. Je dois être à l’heure… J’apprécie cela », conclut-il.