Si avec deux « P » Appave est un nom de famille mauricien et réunionnais, avec un « P » il est connu grâce à un slogan radiophonique souvent diffusé. Mais en dépit de cette diffusion publicitaire, on ne peut pas dire que les activités de cette entreprise soient connues du grand public. C’est pour en savoir plus sur l’Apave que nous sommes allés, la semaine dernière, à la rencontre de Bryan Gujjalu, le CEO de la branche mauricienne de cette entreprise.
Qu’est-ce que l’Apave et que signifie précisément cette « maîtrise du risque » qui est son activité principale ? « L’Apave est un groupe international reconnu pour sa connaissance pointue dans le domaine de la prévention des accidents industriels. Nous sommes là pour aider toutes les entreprises travaillant dans les domaines techniques qui veulent que leurs installations soient performantes et sans risques. Apave a été créée en 1854 et veut dire Association des propriétaires des appareils à vapeur et électrique. Cette société est née de la révolution industrielle marquée par la maîtrise de l’énergie à vapeur à travers de grosses chaudières. Deux problèmes se sont posés à l’époque : comment conserver la chaleur dans les chaudières pour économiser l’énergie et comment éviter les explosions. Avec les premiers accidents, des législations ont été mises en place en France obligeant les propriétaires d’usines à contrôler la pression des chaudières. Ils se sont associés pour créer un pool d’experts qui est devenu l’Apave. Après la chaudière, il y a eu l’énergie électrique avec, là encore, des problèmes de sécurité et de contrôle. Depuis 150 ans l’Apave accompagne au niveau des contrôles et de la sécurité l’évolution technologique et ses risques, car chaque nouvelle technologie amène avec elle des risques qu’il faut savoir maîtriser. Par exemple, les premiers téléphones portables émettaient des rayonnements avec une densité d’énergie qui était mauvaise. Le problème a été réglé depuis. Nous travaillons dans tous les secteurs de la sécurité : de la vapeur au nucléaire en passant par l’électrique, l’électronique, les sites pétroliers. »
Peut-on dire que l’Apave est une multinationale de la sécurité industrielle ? « Nous sommes spécialistes de la maîtrise des risques industriels et technologiques et non pas, comme on a tendance à le penser à Maurice, une entreprise traitant des vols, des accidents ou des agressions. Nous parlons de risques industriels, nous sommes là pour accompagner les employeurs pour identifier un danger pour leur personnel et leur entreprise. »
Le concept de la maîtrise du risque existe-t-il à Maurice ?  » C’est une culture qui demande à être améliorée. Au niveau légal il y a l’OCHA – Occupational Safety and Health Act – loi qui date de 2005 qui impose et demande un certain nombre de choses. C’est-à-dire qu’elle laisse une certaine discrétion aux employeurs mais devrait être revue. Il y a un problème entre le texte de loi et son application. La loi contient pas mal de consignes qui sont un peu trop vagues, trop générales. La loi n’est appliquée que quand il y a un contrôle. S’il n’y a pas de contrôle régulier et rigoureux et des pénalités imposées pour non respect, il y a peu de chances pour que la loi soit appliquée dans sa rigueur. Après le tragique accident d’Ebène au cours duquel un échafaudage s’était effondré provoquant un mort et des blessés, un règlement a été ajouté à l’OCHA, la scafolding regulation, qui est venue la consolider. »
Certains règlements ne sont-ils pas inutiles ou de trop, comme celui qui fait obligation aux automobilistes d’avoir un extincteur dans leur voiture ? « J’aurais tendance à dire qu’une mesure de sécurité se mesure surtout par son inefficacité. Dans le cas que vous citez, il n’y a pas eu d’incendie de voitures, mais un extincteur peut être drôlement efficace en cas d’accident. C’est également le cas des extincteurs des entreprises qui sont renouvelés et contrôlés et ne sont pas utilisés, mais il vaut mieux qu’ils soient toujours prêts. Comme le dit si bien le dicton anglais : prevention is better than cure. »