À 35 ans, Jaysen Arumugum, Mauricien vivant en Grande Bretagne, a escaladé les plus hautes montagnes du monde : le Kilimanjaro, le Mont Blanc, le Mont Harite, l’Elprus en Russie, l’Acongagua en Amérique du Sud et le plus haut sommet de l’Alaska en Amérique du Nord. Son dernier exploit, sponsorisé par SICOM, a été d’atteindre cette année le sommet de l’Everest où il a planté le drapeau mauricien à 8 700 mètres, bravant le froid à moins 40 degrés C°, les tempêtes de neige, la rareté de l’oxygène et le mal de l’altitude.
« J’ai toujours su que j’allais réussir », nous dit ce jeune homme rencontré lors de son bref séjour à Maurice. Au Sugar Beach où il résidait avec son épouse, Cheryl, il nous a parlé de sa passion. « J’aime les défis depuis mon enfance », nous dit-il d’emblée. Derrière son large sourire, sa spontanéité, sa simplicité, se cachent un tempérament téméraire, une endurance, une ténacité, une opiniâtreté qui ne reculent devant aucun obstacle. C’est une leçon de courage que nous donne Jaysen Arumugum, né de parents mauriciens, un père Charge Nurse et une mère au foyer habitant à Moka. « J’ai décidé d’aller à la conquête des sommets les plus élevés pour une cause noble. C’est ma croisade contre le cancer. Je récolte des fonds pour lutter contre cette maladie », explique Jaysen Arumugum. L’alpiniste a déjà recueilli à ce jour plus de 10 000 livres. Un tiers de la somme a été donné à l’ONG mauricienne Link to Life. Une partie des fonds a aussi été allouée à l’association britannique British Breast Cancer Care. Ce combat est né après que sa cousine a eu un cancer du sein alors qu’elle n’avait que 23 ans. « Nous avions grandi ensemble. Cela m’a beaucoup affecté. Elle a eu une rechute mais elle a survécu. Ses deux seins ont dû être enlevés ». Le jeune alpiniste constate qu’il n’y a pas suffisamment de prise de conscience dans l’île de ce cancer dont l’incidence locale s’est accrue de 60 %.

Né en Grande Bretagne, Jaysen Arumugum revient à Maurice avec sa famille à l’âge de 13 ans. Il obtient son High School Certificate au collège Régis Chaperon. Et il poursuit des études universitaires en mathématiques et statistiques en Inde. Installé aujourd’hui à Londres, Jaysen Arumugum exerce la profession « à plein temps » d’actuaire à la firme Aon Hewitt. À 15 ans déjà, il escaladait Le Pouce. De son enfance sportive, il se souvient de ses randonnées à bicyclette. « J’avais 18 ans. J’avais dit à ma maman que j’allais faire le tour de l’île avec un ami. Il commençait à faire nuit quand je suis arrivé au Morne. J’ai téléphoné chez moi et dis à mon père que ce n’est pas la peine de venir me chercher et que j’allais dormir sur la plage pendant la nuit. Les dimanches matins je faisais le trajet aller-retour Moka-Gymkhana à vélo. À cette époque-là il n’y avait tous les équipements que nous avons maintenant », nous relate-t-il. « J’aimais aussi courir ».
Son rêve de parvenir aux sommets les plus élevés de la planète est né lors d’un voyage en avion alors qu’il survolait le Kilimanjaro. « Le pilote disait aux passagers : “Regardez au bas !” À la vue de ces sommets enneigés j’ai su que j’allais escalader la montagne africaine ». Exploit réalisé en 2002. En avril 2011, il met le cap sur Katmandou. Objectif : le sommet de l’Everest, une aventure qui a duré deux mois en mai et juin 2011.
« Nous étions des équipes du monde entier. L’ascension a duré deux mois parce qu’il fallait passer par des étapes d’acclimatation. Nous devions nous adapter à l’altitude en étapes successives ». Il y a 50 % d’oxygène en moins en altitude qu’au niveau de la mer et les risques d’oedème pulmonaire et cérébral sont bien réels et les conséquences fatales. « Un de nos amis a dû être évacué », raconte-t-il.
Une perte de 15 kg
Les camps des alpinistes étaient sommaires : chaque expédition avait ses tentes pour le repos, pour la cuisine et les toilettes. « Le luxe c’était quand nous pouvions avoir une tente par personne. Pouvoir laver nos vêtements et prendre une douche avec un bol d’eau et une cruche était le paradis », rapporte Jaysen Arumugum. « Pour gravir les milliers de mètres il faut être un peu égoïste. Il y a une compétition entre les alpinistes. Il y a eu aussi des amitiés qui se sont nouées. Mais pour y arriver il ne faut penser qu’au sommet. C’est chacun pour soi. On ne peut pas attendre les autres. Il faut monter et redescendre vite », confie notre interlocuteur. « Nous mangions de la nourriture déshydratée qui avait très mauvais goût. J’ai perdu 15 kilos, surtout du muscle. J’essaie de reprendre du poids et je fais de la physiothérapie chaque semaine », dit-il.
Durant l’ascension, les épreuves dues à l’altitude sont douloureuses : nuits sans sommeil, brûlures du soleil sur les visages, lèvres gercées, mains crevassées, maux de tête et nausées, absence d’appétit. « Au-dessus de 5 500 mètres le corps ne se régénère pas. Les blessures ne cicatrisent pas. Nous pansions nos plaies en attendant qu’elles se guérissent à notre retour à Katmandou », indique le jeune Anglo-Mauricien. Il nous dit qu’il a eu le soutien de sa famille et de son épouse pour ses expéditions aux sommets. « Mes parents me disaient au début pas aller vine Moris nou alle nager la mer. C’était plus difficile pour mon épouse qui est restée seule à m’attendre à la maison pendant deux mois. Je n’ai pu lui donner des nouvelles que trois fois », confie-t-il. Cheryl, son épouse britannique, est aussi sportive et jouait au football auparavant. Les loisirs de Jaysen Arumugum sont sportifs : courir avec les amis, faire des exercices même en regardant un film chez lui ! « J’aime bien boire un p’tit rhum de temps en temps, écouter du séga, danser la salsa avec mon épouse et passer du temps avec mon neveu de 3 ans ! »
Le prochain défi de Jaysen Arumugum est le triathlon d’Espagne en juin 2012. La course durera 10 à 12 heures sur une distance de 180 km. Il avait précédemment couru 42 km au tour de Nice (France). Et il continuera à récolter des fonds pour le cancer à travers ses prouesses sportives. Prochain objectif : l’achat d’un équipement de mammographie et le financement de sa maintenance pour Link of Life.
Avant de nous quitter il nous transmet une leçon de persévérance : « Chacun de nous peut faire de grandes choses. Nous avons tous des défis. Il faut persévérer sans perdre de vue notre objectif. Ena dimoune croire zot éna grand problem mais zot bizin kone ki zot capave surmonter ».