Son humour plaît dès la première seconde. Pour faire rire son public, Joseph Sinon s’inspire de sa vie et des petits travers de la société. Les danses qu’il exécute à sa manière, tout en gardant jusqu’au bout son énergie, restent aussi gravées dans les mémoires. Considéré comme l’un des meilleurs humoristes seychellois du moment, il participe actuellement au troisième Festival du Rire…
Démarche chaloupée et accent qui swingue. Joseph Sinon, tout de blanc vêtu, nous parle d’emblée de sa jeunesse aux Seychelles. « J’étais considéré comme le plus turbulent de la famille. Maman prenait son petit rotin pour me corriger et dans la maison on n’entendait que Joseph, Joseph », raconte l’humoriste qui rit encore de ses bêtises d’enfant et d’adolescent.
Joseph Sinon est un homme du présent, mais qui garde quand même quelques séquelles de sa jeunesse. « Ti ena boukou miser. Avek nef zenfan dan lafami, pa ti fasil. Papa ti menuisier et li ti bwar boukou. On n’avait souvent pas d’argent à la fin du mois. Ma mère travaille dans une institution de formation en buanderie. Je viens d’un milieu modeste. » Sa voix se noue et le masque de l’humoriste laisse place à un homme comme les autres avec sa peine et ses joies. Mais le Seychellois se reprend rapidement. Il n’est pas homme à se laisser abattre.
C’est à 18 ans que Joseph Sinon termine ses études secondaires. « J’ai ensuite travaillé dans une institution de jeunesse. Aujourd’hui, je gagne ma vie en faisant de l’animation et de la musique. » Sa plus grande fierté c’est quand sa mère« vinn guet mwa zoue ». « Li bien kontan mo parkour. Mo garson Marius osi bien kontan se ki so papa fer. Bien ki li pas interese ar la comedi… Li prefer computer. »
« Cool man »
C’est en 1995 que Joseph Sinon est repéré et invité à se joindre à une troupe pour jouer Le bourgeois gentilhomme. Pour donner le meilleur de lui-même, il apprend les grands classiques de Molière et peaufine son jeu de scène. Son humour cartonne et très vite, il se sent l’âme d’un comédien. Ce qui lui plaît le plus c’est de faire rire les gens. C’est ainsi qu’il crée sa compagnie, Tanmi, au sein de laquelle il perfectionne son art. L’humoriste décrochera d’ailleurs en 2000 le prix du Best One Man Show des Seychelles.
« Ce prix m’a fait prendre conscience que j’étais considéré comme l’un des meilleurs entertainersdes Seychelles. J’ai même cinq DVD à mon actif. Ne pli reste, tou Seychellois finn aste. Parfoi kan bann madam get mo DVD, zot mari jalou ek dir zot “ki to pe gete”. Apre zot vinn get mwa pou dir : “Joseph, toi, trop cool man” », raconte Joseph Sinon. Ce qui l’amène à analyser l’humour des Mauriciens, Rodriguais et Seychellois. « Mauricien baz so humour lor boukou aksyon ek situasyon de lavi. Rodriguais, li cool, poétique et Seychellois, li plus personnel, li baze lor so lexperians de lavi. »
Sur scène, Joseph Sinon dit donner toujours le meilleur de lui-même. « Il m’arrive de déraper lorsque je suis pris dans le feu de l’action. Mais je me reprends vite et maîtrise de nouveau la situation… Au final, lodians explose. Piblik kontan. Même si mon texte est préparé en avance, je peux tout modifier et réarranger sur scène… » Parlant des talents d’un humoriste, le Seychellois souligne l’importance de la finesse de la présentation d’un sketch. « Il faut faire vivre une salle et jouer avec son coeur. Les gens savent quand vous êtes sincère. Et puis, il faut avoir beaucoup d’imagination. »
Joseph Sinon déclare que c’est uniquement à Maurice où le rire est à l’honneur.« Je remercie Miselaine Duval et la troupe Komiko pour ce Festival du Rire. Aux Seychelles, le rire n’a pas beaucoup d’attrait et le ministre de la Culture ne favorise pas ce domaine. Grâce à eux, l’humour renaît. Je les ai invités à venir se produire aux Seychelles en décembre. Pour ma part, je reviendrai à Maurice en septembre pour jouer avec la troupe. »
Ancien basketteur dans l’équipe de Montbixon d’où il est originaire, Joseph Sinon a dû raccrocher après une blessure au genou. « J’étais pourtant présent aux Jeux des îles de 93, mais bon… », dit-il avec tristesse, ajoutant toutefois quel’humour lui a permis de voyager. Concernant son métier, il dira : « L’humour est fondé sur les institutions de la vie. Nous jouons notre propre vie sur scène et nous rions volontiers de nous-même. Il ne faut pas de diplôme pour être humoriste, tout réside dans la détermination et la discipline. Nous pouvons former des jeunes à ce métier, en leur refilant certaines techniques de base… Mais un vrai humoriste, c’est celui qui fait son travail avec son coeur, car dans la comédie c’est le public qui décide si vous êtes bon ou mauvais, ce sont eux les metteurs en scène. »