Ancienne stagiaire en secrétariat à la Maison familiale rurale (MFR) du Nord, Jyotee Jatoo-Derochoonee a peu à peu gravi les échelons pour devenir directrice de la MFR de l’est. Aujourd’hui, à 27 ans, sa mission est de trouver des employeurs potentiels et des sponsors pour les jeunes que forme l’Ong à Flacq. La région disposant de nombreux hôtels, c’est dans ce domaine précis que mise la MFR de l’est en dispensant des cours en cuisine et de pâtisserie. À ce jour, selon notre interlocutrice, une trentaine de jeunes s’étant formés à la MFR de l’est ont trouvé un emploi dans un hôtel.
Baignée depuis toute petite dans le monde social par le biais de son frère, Raj Jatoo, qui fonde les Maisons familiales rurales à Maurice en 1993, c’est tout naturellement qu’au terme de son SC, Jyotee Jatoo, en attendant ses résultats, décide de donner un coup de main à la MFR. « J’étais en vacances et pour meubler mon temps, je me suis dit que j’allais aider mon frère en donnant quelques cours aux jeunes. Ensuite, pour suivre un stage en secrétariat, j’ai mis entre parenthèses mon HSC, que j’ai effectué par la suite. »
La première MFR a été mise sur pied en 1937 à Lauzun, en France, à l’initiative de syndicalistes paysans et de parents d’adolescents qui ne trouvaient pas de réponse adaptée à leurs besoins dans le système scolaire existant. La réussite des MFR à travers le monde est basée sur trois principes, soit l’engagement des parents dans l’éducation de leurs enfants, un système pédagogique alternant études et stage en entreprise, et la contribution au développement du milieu rural. Aujourd’hui, il existe trois MFR à Maurice et deux à Rodrigues.
En 2007, Jyotee effectue un stage de monitrice à La Réunion, à la suite duquel elle décroche un certificat, qui lui permet aujourd’hui, outre son rôle de directrice de la MFR de l’est, de mettre en pratique la pédagogie de l’alternance à travers les cours dispensés aux jeunes. « Le but est que ces derniers puissent faire une semaine chez nous en journée et une semaine en entreprise. Cette pédagogie les prépare à être des citoyens responsables et des employés professionnels. »
Mais avant que la MFR de l’est ne vienne ouvrir ses portes, c’est le président des MFR de Maurice et de Rodrigues, Philip Ah-Chuen, qui fait la proposition à Jyotee. Pour cela, la jeune femme doit d’abord effectuer un « diagnostic du territoire en 2011 ». Elle fait alors du porte-à-porte, organise des réunions d’information et prend contact avec des entreprises pour voir quels sont leurs besoins dans la région. « Nous avons mis en place les formations en fonction de tout cela et en fonction des problèmes que rencontraient ces jeunes. Nombre d’entre eux dans la localité étaient sans activités et traînaient dans les rues. De leur côté, les hôtels nous avaient fait comprendre qu’ils comptaient recruter dans la localité, mais que, malheureusement, les potentielles recrues n’étaient pas formées. Notre rôle était donc dès lors tracé : former ces jeunes pour qu’ils puissent être capables d’intégrer ces entreprises et, de facto, la société. » Pour démarrer les activités, Philip Ah-Chuen, soutient personnellement la nouvelle MFR en termes financiers. Jyotee s’envole pour Madagascar où elle participe à une formation sur la gestion des établissements. Des 35 directeurs des MFR de l’océan Indien, elle se classe première à l’issue d’une évaluation.
« Aider la famille »
« Le démarrage a été un peu difficile. L’Ong a été opérationnelle en septembre 2013. A ce jour, une trentaine de jeunes ont été formés et ont trouvé de l’emploi, souvent dans des entreprises qui les ont accueillis pour un stage. Il y a par exemple La Véranda de Palmar, Friday Attitude, Tropical Attitude, Belle-Mare Plage, l’hôtel La Palmeraie… » Quant au domaine de formation de la MFR de l’est, c’est surtout la cuisine et la pâtisserie qui sont enseignées, en fonction des besoins des hôtels de l’endroit. « Nous recevons parfois des chefs cuisiniers ou chefs pâtissiers qui viennent intervenir auprès des jeunes chez nous. Ils leur expliquent comment faire pour être un bon cuisinier par exemple et les hôtels nous aident parfois à monter des plans de formation. »
En moyenne, les jeunes qui viennent à la MFR de l’est y restent trois années et ont entre 16 et 18 ans. « Mais certains rentrent directement en deuxième ou troisième année, ce qui fait que certains ne restent qu’un an ou deux. Quand ils arrivent, ils ont en général un niveau de Form III, IV ou V (prévoc). Les débuts sont en général un peu laborieux mais après deux mois, les jeunes voient que la maison est différente des autres institutions. Ils commencent donc à croire qu’ils sont là pour être quelqu’un, pour avoir un métier. Notre rôle est de les guider car ils sont pour la plupart issus de familles brisées ou pauvres. J’ai fait des visites sur le terrain et j’ai vu des enfants qui vivent dans des situations très difficiles. »
Des activités extrascolaires sont aussi organisées par la MFR de l’est. Ainsi, par exemple, les jeunes ont travaillé sur un projet de recyclage. « Ils ont utilisé des boîtes de conserve pour faire des produits décoratifs. Ceux-ci ont ensuite été mis en vente à Flacq Coeur de Ville et à La Réunion à l’occasion de la Journée mondiale des MFR. Les jeunes ont reçu un “Merit Award” pour ce projet. » La directrice de la MFR de l’est a pour sa part décroché le Sicom Youth Excellence Award pour avoir guidé ces jeunes à la préservation de l’environnement. « Le but de ce projet était de les initier à la gestion d’une mini-entreprise et à savoir faire le marketing et le budget. » Cette année, les jeunes de la MFR de l’est travaillent sur un autre projet de recyclage de pneus usés, qu’ils peignent d’abord en guise de décoration et qu’ils utilisent pour planter des légumes.
Jyotee souligne que la MFR de l’est compte beaucoup sur les fonds de CSR. « Dans le passé, Alteo, le Rotary Club de Flacq, The Residence Mauritius et Stock Exchange Mauritius, entre autres, nous ont parrainés. Mais nous avons besoin encore d’autres sponsors. Nous lançons un appel aux entreprises pour qu’elles nous rendent visite afin de voir comment on peut travailler ensemble. Souvent, les jeunes arrivent sans savoir dire “bonjour”, “merci” et ne savent pas s’habiller. À travers cette maison, ces jeunes apprennent la courtoisie. Ils parviennent à avoir un métier et à aider leur famille. Grâce à la MFR, ils deviennent des adultes responsables et professionnels. »