Il est batteur dans l’âme. Pourtant, ce n’est qu’à 23 ans qu’il s’est initié à l’instrument et en a fait son compagnon de scène. Au bout de plusieurs années d’expérience et de partages, Kersley Sham, Français né de parents mauriciens, est un batteur confirmé, qui a déjà fait ses preuves aux côtés de pointures étrangères et locales. Portrait…
Sur la scène de l’Institut Français de Maurice (IFM), le samedi 11 avril, Kersley Sham avait associé ses talents à ceux de Louis Sclavis et de son trio Atlas. C’était pour le concert Blues dan Jazz. Cette première sortie sur scène dans le registre jazzy a été “une expérience exceptionnelle” pour le batteur et percussionniste. Tout d’abord parce qu’il a eu la chance d’accompagner Louis Sclavis, qu’il avait vu à deux reprises sur scène en France. Puis parce qu’il a beaucoup appris de ce dernier et des autres musiciens présents aux cinq jours de résidence qui s’étaient tenus au Conservatoire François Mitterrand avant le concert. “Ce sont trois monstres de la musique jazz que j’ai côtoyés et accompagnés sur scène. Juste pour ça, c’est énorme ! Il y a aussi le fait qu’ils m’ont fait confiance et ont su me mettre en confiance durant toute l’aventure qui rend cette rencontre unique. Ce qui était vraiment important pour moi, qui n’avais jusqu’alors jamais tenté l’aventure jazz”. Malgré les moments difficiles durant les répétitions, Kersley Sham se dit heureux d’avoir fait partie de cette aventure et indique que c’est l’enthousiaste qui l’animait qui lui a donné la force de s’accrocher. Le batteur se dit également fier que cette collaboration avec ces pointures du jazz se soit faite à Maurice, l’île où sont nés ses parents et à laquelle il est attaché.
Affiches.
Encore sous l’effet de l’excitation le jour de notre rencontre, soit quatre jours après le concert Blues dan Jazz, Kersley Sham dit qu’il lui faudra un peu de temps pour pouvoir redescendre sur terre. Ce n’est que quand il aura pris du recul qu’il pourra faire le point et télécharger de son esprit toutes les belles choses que lui a apportées cette rencontre musicale si enrichissante. Kersley Sham n’est pourtant pas à sa première collaboration avec des artistes de renom. Déjà à Maurice, le batteur a partagé la scène avec une pléiade d’artistes de renom tels que Linzy Bacbotte, Menwar, Zulu, Natir Samarel, Dagger Kkila, Evolozik, Clarel Armel et Blakkayo, entre autres. Sur le plan international, le musicien a accompagné le chanteur français Anis Kachohi lors de sa tournée internationale dans le cadre du lancement de son premier album en 2003, participé à deux concerts de l’artiste français Jean-Louis Aubert en tant que percussionniste et travaillé avec Ours, le fils cadet d’Alain Souchon. Kersley Sham est aussi le batteur qui avait joué aux côtés des chanteurs français Daddy Nuttea et Yaniss Odua lors du Festival Seggae Donn Sa 5 à Maurice. De tous ces partages musicaux, dit le musicien, “il n’y a eu que des bons moments échangés. Je ne peux parler d’une collaboration qui a été plus fructueuse qu’une autre. J’ai toujours fait de mon mieux pour tirer un maximum de plaisirs et donner mes tripes dans ce que je faisais. J’en suis tout le temps sorti gagnant !” Ce, même quand au début de sa carrière, il se lançait dans des projets uniquement dans le but d’approfondir ses connaissances.
Écoute.
Celui qui se dit un amoureux des rythmes depuis sa tendre enfance, raconte que quand il écoutait de la musique autrefois, il était comme un spectateur qui visionnait d’en haut les gestes et les mouvements du batteur qui y jouait. C’était dans le seul but de le voir s’exercer. Puis est venu le jour où cette vision est devenue réelle quand Kersley Sham a assisté à un concert à Paris. “Je m’amusais à essayer de comprendre son savoir-faire et à analyser sa façon de jouer et d’interpréter un morceau. Pour voir s’il y mettait de l’énergie ou si c’était soft.” Le musicien finira par comprendre que la musique s’apprend aussi par l’écoute. Cette partie de l’apprentissage se fera à travers les jeux rythmiques des batteurs Tony Allen du groupe Gela Kuti et Oliver Gene Lake qui jouait avec Steve Coleman. Jusqu’au jour où Kersley Sham, encore à la fac, se décide à pratiquer son instrument de prédilection. Il a commencé dans des petits groupes de sa banlieue parisienne et a parallèlement appris à maîtriser seul son instrument, lors des répétitions. Un an de cours à l’école de batterie lui permettra ensuite de perfectionner ses coups de baguettes tout en apprenant les notions de solfège rythmique. Si jusqu’à présent, Kersley Sham n’a pas jugé nécessaire de savoir lire la musique, dont la hauteur des notes, c’est toujours parce qu’il est persuadé que tout est une question d’écoute. “Du moment qu’on parvient à synchroniser nos deux bras et nos deux pieds, on finit par tout assimiler et être en mesure de reproduire une musique au bout de plusieurs écoutes”.
Basse.
La batterie, dit Kersley Sham, est l’instrument qui parvient à éveiller en lui des sentiments, des émotions diverses. Elles s’expriment parfois par une folle envie de se retrouver derrière son instrument ou par un caprice du musicien qui ne veut sous aucun prétexte jouer de la musique. Ou encore par le sentiment d’être à la hauteur pendant une prestation ou l’inverse. Kersley Sham apprend également la basse depuis deux mois, ayant choisi de se mettre dans la peau du bassiste, le musicien qui le complète sur scène, pour mieux comprendre ce lien qui existe entre eux deux. Nous aurons l’occasion de le voir accompagné de sa basse, promet le musicien, qui repart en France dans quelques jours pour vivre de nouvelles expériences musicales.