Jacqueline Moustache-Belle, mairesse de Victoria, la capitale des Seychelles, vient d’effectuer une visite privée à Maurice. Nous saisissons l’occasion pour faire le portrait de cette Seychelloise dynamique qui, non seulement administre la capitale des Seychelles, mais s’apprête également à lancer la première radio privée de l’archipel.
Jacqueline Moustache-Belle fait partie de ces fonctionnaires qui ont mis en place la république socialiste instaurée par Albert René, après son coup d’État de 1977. En 1982, après ses études secondaires et une formation à l’étranger, Jacqueline Moustache-Belle travaille quelques mois à la banque centrale avant d’être recrutée comme journaliste à la Seychelles Broadcasting Corporation (SBC). À l’époque, la radio est utilisée comme un important outil de communication entre le gouvernement et la population disséminée sur une dizaines d’îles des 92 qui comportent l’archipel. Elle fait la propagande du régime certes, mais elle est également utilisée pour informer les Seychellois des différentes activités des services administratifs : date et paiement des pensions et allocations, rendez-vous dans les services médicaux et les autres départements du gouvernement. Tous les soirs, la télévision arrête ses émissions pendant une heure pour permettre aux Seychellois de … dîner en famille. En 1989, après quelques années à la SBS, ou elle créera entre autres Konsonn ek voyel, le Des Chiffres et Des Lettres seychellois, Jacqueline quitte la radio pour la présidence de la République où elle est nommée Chef du Protocole. À ce poste, elle va organiser les visites de toutes les personnalités étrangères qui viennent dans l’archipel.
« Si au cours des premières années après la révolution les Seychelles ne recevaient pas beaucoup de visites officielles, les choses ont changé au fur et à mesure. J’en ai vu défiler des chefs d’État, de gouvernement et de ministres dans l’archipel. Avec une petite équipe, nous avons toujours fait en sorte de respecter le protocole et d’accueillir comme il se doit les invités de l’État. Je me souviens particulièrement de l’organisation de la première visite officielle de sir Anerood Jugnauth, qui a marqué le resserrement des liens entre Maurice et les Seychelles après une longue période de froid diplomatique. Je me souviens aussi de la visite du président indien Ramaswamy Venkataraman, de François Mitterand et de la première fois que les Jeux des îles de l’océan Indien étaient organisés aux Seychelles. Ce furent de grands moments pour le service que je dirigeais mais aussi pour les Seychelles. » Jacqueline accomplit tellement bien son job au protocole que même après avoir quitté ce poste on fit de nouveau appel à ses services. Laissons-la raconter l’épisode dans le savoureux kreol seychellois. « An 2007, gouvernma ti fer krie mwa pou mo organiz vizit prezidan sinwa chinois Hu Jintao dan Sesel. »
Du Protocole à la télévision
Elle avait quitté le Protocole en 2002, dans le cadre des mutations régulières dans l’administration seychelloise, pour revenir à son premier métier, le journalisme. Elle revient donc comme responsable des relations publiques et du marketing à la télévision, puis comme directrice de la radio. À partir de 2005, elle anime une des émissions les plus populaires de la télévision seychelloise, Face-à-Face. Cette émission se situe dans la mouvance de la politique d’ouverture que pratiquent les Seychelles depuis la fin des années 1990 : le multipartisme est autorisé, les élections organisées et une politique économique libérale prend le pas sur le régime socialiste.
« C’était une émission d’actualité traitant des sujets de société et abordant donc la politique dans le cadre de certains dossiers. Au départ, deux personnes, généralement quelqu’un du pouvoir et une autre de l’opposition, étaient mes invités. Puis l’émission a évolué et nous avons commencé ç inviter des représentants de la société civile, tous ceux qui avaient quelque chose à dire sur un sujet précis, plus particulièrement les techniciens et les fonctionnaires qui font le travail et à qui on ne donne pas souvent la parole. Le principe de l’émission était de permettre à deux parties de s’exprimer sur un sujet précis, de confronter leurs arguments mais sans donner de conclusion. On laissait le soin au téléspectateur de faire sa conclusion à partir des faits exposés. Ce programme va permettre d’expliquer et de préparer les Seychellois aux réformes économiques que le gouvernement a mises en place en 2010. Cinq programmes pour expliquer la nécessité et tous les aspects de cette réforme pour permettre aux Seychelles non seulement de faire face à la crise économique internationale, mais de mettre fin aux problèmes locaux qui duraient depuis des années. »
Après ce succès et suite à une série de promotions au sein de la SBC qui ne lui conviennent pas, Jacqueline est nommée responsable du National Arts Council. « C’était sans doute un job intéressant, mais il ne me convenait pas, ne me permettait pas de faire quelque chose de tangible, ne me procurait pas de satisfaction professionnelle.  » Après un an à ce poste, elle démissionne et lance Perception Consultancy, une entreprise privée dans deux domaines qu’elle maîtrise parfaitement : la communication et les relations publiques. Un an plus tard, elle est nommée mairesse de Victoria.
« Il arrive souvent que le centre de Victoria soit encore plus encombré que Port-Louis pendant les heures de pointe »
La municipalité de Victoria existe depuis 1995 et a un fonctionnement bien particulier. C’est un organisme chargé de faire la liaison avec toutes les autorités — ministères et corps paraétatiques existant — pour gérer la capitale des Seychelles. Peut-on dire que c’est un ministère ou un secrétariat d’État qui s’occupe des affaires internes de Victoria ? « Ce n’est pas tout à fait ça. Dans la mesure où les Seychelles sont un petit archipel, sa capitale est, comparé a Maurice, minuscule. Les différents ministères et corps paraétatiques s’occupent, chacun selon ses spécificités, de la gestion de la ville. La municipalité de Victoria a été créée pour faire le trait d’union entre ces autorités. Nous donnons un coup de main pour l’organisation du carnaval, du festival kreol et de nouvelles activités sociales culturelle et touristiques. Nous sommes autonomes, mais financés par l’État – li donn nou nou funding — et nous sommes placés sous la tutelle de la vice-présidence. Actuellement, le maire est nommé par la présidence, mais on travaille sur un modèle de conseil municipal avec des membres élus. »
Pour le moment, le dossier principal sur lequel travaille la mairesse est la circulation dans Victoria. « À l’échelle de Maurice, Victoria est un grand village. Nos sommes situés sur Mahé, l’île principale des Seychelles où habite 90% de la population, sans compter les touristes. Dans cette île, où nous devons prendre sur la mer pour créer des terres artificielles pour  développer le pays, il y a plus de 22 000 voitures. Le problème principal de Victoria est de gérer la circulation et de trouver des parkings pour les voitures. C’est un casse-tête quotidien et il arrive souvent que le centre de Victoria soit encore plus encombré que Port-Louis pendant les heures de pointe. Plusieurs solutions sont à l’étude dont la décentralisation de certains bureaux administratifs, la construction de parkings payants dans un bâtiment à plusieurs étages et une taxe pour les voitures entrant dans la ville. »
Par ailleurs, la mairesse de Victoria s’occupe de faire installer sa mairie dans un nouveau bâtiment dotée d’une grande salle polyvalente où pourront être organisées des réceptions, des conférences, des expositions et des activités sur le resserrement des liens de sa ville avec les conseils de districts mauriciens avec qui est elle jumelée.
Tout en s’occupant de la gestion de Victoria, Jacqueline Moustache-Belle est en train de concrétiser un projet lancé alors qu’elle était consultante en communication : le lancement de la première radio privée des Seychelles. Avec la libéralisation, les lois sur l’audiovisuel ont été amendées et un homme d’affaires étranger devenu Seychellois a décidé de lancer la première radio privée aux Seychelles et confié a Jacqueline la responsabilité de le faire. « Cet homme d’affaires est littéralement tombé amoureux des Seychelles et le financement de cette radio est une manière de le prouver. »
Peut-on être mairesse de Victoria et directrice de la première radio privée de l’archipel ? « Oui, dans la mesure où le gouvernement savait que j’étais responsable de ce projet avant de me nommer. Toutes les autorisations ont été obtenues, le studio et les relais construits, le matériel technique installé et nous sommes en train de procéder aux derniers essais techniques. Pure FM sera une radio généraliste qui ne diffusera pas des émissions politiques ou religieuses mais proposera de l’animation, des informations, des magazines 24h sur 24 aux Seychellois. Nous comptons aussi nous intéresser à la région et avons prévu des émissions en collaboration avec des Mauriciens, des Réunionnais et des Rodriguais qui comme, les Seychellois, ont en commun l’utilisation du kreol. » Cette nouvelle radio, qui suscite une énorme attente des Seychellois, va sérieusement concurrencer les deux chaînes de la SBC. Ce qui a provoqué quelques problèmes dans la mise en place du projet. Habituée à fonctionner comme un monopole, la SBC n’a pas beaucoup apprécié d’avoir à subir une concurrence directe qui risque de lui être défavorable. Dans l’archipel, on attribue la lenteur de certaines procédures à ce tug of war qui dit pas son nom. Sans ces « ralentissements », la nouvelle station serait déjà on air depuis l’année dernière. Mais aujourd’hui tout est en place et l’équipe de Pure FM fonctionne déjà dans les conditions du direct en interne et n’attend que la dernière autorisation pour envahir, dans le bon sens, le paysage audio visuel seychellois.
Ou trouvez-vous le temps de faire tout ça ? « Depuis toujours les Seychelloises sont des femmes actives et dynamiques qui, par la force des choses, font plusieurs choses à la fois. Nou ki tyombo la mans pwalon, nou ki konn la saler delwil so. Le temps on doit toujours le trouver quand on le veut et quand il le faut. En plus de mes activités professionnelles, je suis également épouse et mère de trois enfants. » Le tout dit avec le sourire et après avoir vérifié son maquillage et ajusté ses nouvelles lunettes pour la photo.