Après avoir repris les standards de la variété et fait les choristes pour quelques vedettes internationales, les Clarisse Sisters ont décidé de franchir le pas, de sortir de l’arrière-plan réservé aux choristes pour s’installer sous les projecteurs et devant les micros de l’avant-scène. Après avoir accompagné et mis en valeur les voix des autres, Dominique, Annick et Véronique Clarisse ont décidé de chanter leurs propres textes. Papitou, le premier titre de leur tout premier album, a été lancé cette semaine. Portrait d’un talentueux trio féminin mauricien.
Pour ceux qui l’ignorerait encore, les Clarisse Sisters étaient à l’origine quatre soeurs dont deux jumelles, nées dans une famille où la musique, sous toutes ses formes, faisait partie du quotidien. Leur père, Germain, surnommé Joselito, du nom d’un célèbre jeune chanteur espagnol, reprenait aussi les classiques de Luis Mariano lors des fêtes de famille. Avec un frère, Eddy, qui dirigea un moment la chorale de Notre-Dame de Lourdes, la voie des soeurs Clarisse était toute tracée.
Après les chorales, elles firent partie des petits groupes musicaux, puis Geneviève, l’aînée, fit de la danse et même du théâtre, tandis que Dominique était engagée comme chanteuse au Morne. Annick et Véronique, les deux jumelles, suivent la même voie et chantent avec le groupe Pro-Musica de Philippe Ohsan. En 1985, les quatre soeurs Clarisse se font connaître dans le domaine de la variété avec le spectacle Mix Up, présenté dans le cadre des deuxièmes Jeux des îles de l’océan Indien.
En 1986, Annick et Véronique sont engagées comme chanteuses et responsables des relations publiques au St-Géran. Pendant la journée, elles s’occupent de la clientèle et chantent pratiquement tous les soirs, parfois avec Dominique qui vient les rejoindre. Elles reprennent tous les tubes à la mode, les standards de la variété, un peu de gospel et quelques classiques du jazz, pour le plus grand bonheur des clients de l’hôtel.
En 1991, des membres du groupe britannique Erasure passent une semaine au St-Géran et découvrent les singing sisters. Quelques mois plus tard, le manager du groupe leur propose de devenir leurs choristes dans le cadre d’une tournée internationale d’une durée de neuf mois. Annick et Véronique disent oui et s’envolent en mars 1992 pour Londres avant de passer neuf mois à sillonner l’Europe, le Japon l’Amérique latine et vont côtoyer — et parfois tutoyer — les grosses pointures du showbiz international, participer à 104 spectacles et même se retrouver sur le plateau de la mythique émission de la BBC Top of the Pops.
En 1994, après la tournée avec Erasure, Annick et Véronique reviennent à Maurice et recommencent à chanter dans le circuit hôtelier. Puis, elles reçoivent un coup de téléphone de l’assistante de la chanteuse Basia, qui cherchait des choristes pour une tournée internationale et leur demande de venir faire une audition à Londres. Les soeurs Clarisse lui envoient des enregistrements dont celle d’une de ses chansons interprétée a cappella. Elles sont engagées, sans audition, et partent en mai avec la chanteuse d’origine polonaise et ses six musiciens pour une tournée aux États-Unis, au Japon et à Hong Kong, avec des passages dans quelques émissions de télévision musicales cultes, comme Taratata, animé par Nagui. Elles participeront également à l’enregistrement de l’album Basia on Broadway, après un spectacle joué à guichet fermé pendant plus de deux semaines.
Après la tournée, les soeurs Clarisse reviennent au bercail, se marient, font des enfants, trouvent des occupations professionnelles, tout en continuant à chanter dans les hôtels. Pour sa part, Dominique continue sa carrière en solo, participe à des spectacles pour la famille royale suédoise ou des cheiks de Dubaï, et fait la choriste ou chante en duo pour quelques vedettes comme Chris de Burgh, Boy George ou Hélène Ségara. Puis, en 2008, Basia, qui fait son come-back par une série de spectacles en Europe, aux États-Unis et au Japon, reprend contact avec Annick pour une autre tournée.
Les années passent et les soeurs Clarisse continuent à chanter dans le circuit hôtelier, ici et ailleurs. À chacune de leurs retrouvailles, elles recommencent à discuter d’une idée qui est là depuis qu’elles sont dans le métier. Et si, pour une fois, au lieu d’interpréter les chansons des autres, elles chantaient les leurs ? Et si, au lieu de reprendre les albums des autres, elles se décidaient d’en faire un ? Avec la collaboration de Jean-Luc Willequet, leur manager et mari d’Annick, elles décident de faire leur premier album et puisent dans leur imagination pour écrire les onze textes de Kaléidoscope !, leur premier album.
La préparation leur prendra plus d’une année. Les arrangements musicaux sont confiés à Belingo Faro, dont elles aiment la couleur jazzy et pour les interpréter, les soeurs Clarisse font appel à leur réseau international et, entre autres, « aux meilleurs artistes de la diaspora mauricienne établie aux quatre coins du monde ». C’est-à-dire le percussionniste Jason Heerah et le guitariste Denis Dowlut, qui vivent en Australie. Jean-Paul Maunick qui est à Londres, Lindley Marthe qui est à Paris et Damien Banzihgou qui travaille actuellement en Chine. Ont aussi participé au premier album des Clarisse Sisters l’ingénieur du son britannique Richard Bull, le trompettiste Kevin Robinson et Giorgo Serci, le guitariste de Basia. Au niveau local, Dario Manick, Maurice Antoinette, Kershley Sham et Ashley Spéville ont prêté leurs concours. On retrouve également sur l’album les bruitages de Menwar et le saxo d’Ernest Wiehe.
Le premier album des Clarisse Sisters fait l’objet d’une promotion établie selon les derniers protocoles en usage dans le monde du showbiz. Papitou, un premier titre, a été lancé cette semaine lors d’une présentation à la presse. Cette présentation s’est déroulée au Lux* Grand Gaube Hotel — le groupe Lux* est un des promoteurs de l’album. Il fera l’objet d’un single qui sera lancé dans quelques jours à Maurice et à La Réunion, tandis que certains autres titres seront mis en ligne sur internet à la fin du mois. Par ailleurs, les Clarisse Sisters interpréteront toutes les chansons de Kaleidoscope ! en live le 21 novembre au Lemon Tree Cafe de Forbach. Quelques chansons de l’album seront aussi présentées à La Réunion dans quelques jours, dans le cadre d’un concert, en attendant le lancement de l’album en Europe au début de l’année prochaine.
Papitou, la première chanson du premier album des Clarisse Sisters, est un hommage à Ti Frer et à la musique mauricienne authentique. Ce titre est en effet une reprise d’un des tubes de Ti Frère composé et enregistré au milieu du siècle dernier. Les Clarisse Sisters ont adouci, féminisé cette chanson de Ti Frère qui est, à l’origine, plus rythmique et plus « brute », dans le bon sens du terme. « Les arrangements vocaux et les scats furent composés pour apporter une note plus jazzy à l’ensemble, le tout étant orchestré avec un son international afin de créer un pont entre le séga et le jazz », précise la présentation de la chanson.
Papitou, que l’on devrait commencer à entendre sur les radios locales, est une jolie manière de découvrir un extrait du tout premier album des Clarisse Sisters. Un album qui réserve beaucoup d’autres bonnes surprises tant au niveau des textes — dont un inspiré de…. Malcom de Chazal ! —, des arrangements musicaux aussi bien que de l’interprétation. Kaleidoscope ! marquera une étape importante dans l’histoire de la chanson mauricienne moderne.