Elle se souvient encore du passage du cyclone Carol et raconte les anecdotes avec humour. Centenaire depuis une semaine, Lucie Laviolette jouit d’une bonne santé et a une bonne mémoire. Elle a perdu la vue il y a quelque temps, mais cela n’a pas altéré sa joie de vivre. Entourée de ses enfants et de ses petits-enfants qui sont aux petits soins avec elle, Lucie Laviolette attribue sa longévité à sa foi.
Dans sa maison située à Allée Jacques, L’Escalier, Lucie Laviolette se déplace seule. Elle a ses repères et sait par où passer pour se rendre aux toilettes et même retrouver sa bouteille d’eau sur le lit. Quand son fils Amédée avance : « Mo dir li servi enn baton pou li marse… », elle rétorque : « Eta, ase ar to baton ar mwa la ! »
La centenaire se sent donc en pleine forme. Son seul regret : ne plus pouvoir aller à la messe, comme elle le faisait chaque dimanche, il n’y a pas longtemps. Cela ne l’empêche pas de continuer à nourrir sa foi pour autant. « Tous les jours je demande au Bon Dieu de veiller sur moi et si j’en suis arrivée là, c’est grâce à lui. J’ai demandé et j’ai reçu », dit-elle tout simplement.
Mais la vie ne lui a pas fait de cadeau pour autant. Elle a beaucoup souffert de la misère et a dû travailler dur pour élever ses enfants. « Quand je suis née, il n’y avait pas encore le riz à Maurice. On mangeait du manioc et de la patate. Et puis, plus tard, on a commencé à distribuer du riz à une mesure par personne dans chaque famille », se remémore-t-elle.
Lucie Laviolette est la benjamine d’une famille de quatre enfants. Son père, cordonnier, avait épousé sa mère en secondes noces. « Ma maman élevait des animaux, ensuite elle s’occupait du ménage. J’ai grandi à L’Escalier. Je fréquentais l’école du village et je me suis mariée ici. » De son union avec René Laviolette sont nés neuf enfants, dont trois sont encore en vie. Son mari est décédé à l’âge de 79 ans.
Aujourd’hui, la centenaire vit avec son fils Amédée qui est aux petits soins avec elle. C’est lui qui lave ses vêtements et lui prépare à manger. « Mon repas préféré est le curry de poulet. Je mange aussi des légumes et même des carottes crues… » Quand le repas est à son goût, Lucie Laviolette en redemande même. « Je n’ai pas de tension, ni de diabète et je rends grâce à Dieu. »
Chanteuse de chorale
Dans sa jeunesse, Lucie Laviolette chantait à l’église et il paraît que son talent impressionnait plus d’un. Pour élever ses enfants, elle a fait plusieurs petits boulots. « J’ai fait le « crémage » dans les champs. Cela consiste à « embotter » la paille pour recouvrir les maisons. C’était un travail très dur. Il fallait être aux champs à 6 h du matin et on revenait vers 11 h-12 h. »
Quand on évoque les maisons d’antan avec la centenaire, cela lui fait aussi penser aux dégâts causés par les cyclones. Elle se dit particulièrement marquée par le passage du cyclone Carol. « Sa ti enn move siklonn sa ! Li al La Réunion e ler li retourne li kraz partou », dit-elle. Lucie Laviolette se souvient également comment le passage du cyclone représentait une angoisse pour les parents, alors que les enfants en faisaient une distraction. « Mon époux faisait de son mieux pour sécuriser la maison, alors que les enfants s’amusaient à ouvrir la fenêtre pour voir tomber les arbres. »
Ces efforts n’allaient pas suffire pour éviter la violence des rafales. La maison des Laviolette se retrouva à terre, comme beaucoup d’autres. « Nous avons dû alors nous réfugier à l’école. » Et comme elle ne voulait pas que ses enfants passent beaucoup de temps au centre de refuge – en raison des mauvaises fréquentations, nous souffle son fils Amédée – elle accepte de prendre de l’emploi comme femme de ménage chez un cadre de l’industrie sucrière. « On mettait une « dépendance » à notre disposition. On avait ainsi un toit en attendant que la maison soit réparée. »
Lucie Laviolette a 22 petits-enfants, 33 arrière-petits-enfants et six arrière-arrière-petits-enfants. Sa bonne mémoire lui permet de continuer à leur raconter des histoires d’antan. A l’image de l’histoire du rossignol. « Un jour, des touristes admiraient un paon lorsqu’ils entendirent un beau chant d’oiseau. Ils levèrent la tête et cherchèrent partout avant d’apercevoir un rossignol dans l’arbre. Ils se dirent : comment un si petit oiseau peut-il chanter aussi bien ? La morale de l’histoire : on peut être beau/belle, mais si on n’a pas de bonnes manières, les gens ne vous apprécieront pas. »
Tout heureuse de faire partie du club des centenaires, Lucie Laviolette remercie Dieu pour cette « grâce. » Elle souhaite que son fils qui vit actuellement en France puisse lui rendre visite bientôt.