Tous les ans, à Maurice, les politiciens confisquent la fête de Divali et son discours pour traiter leurs adversaires de Rawan, le démon vaincu par Khrishna à son retour d’exil de Lanka. Leurs adversaires du moment, car avec le jeu des alliances, les ennemis d’hier peuvent devenir les alliés d’aujourd’hui, comme c’est le cas actuellement. Cette année, en sus des discours politiques, la fête de la lumière sera marquée par la présence d’une véritable déesse de l’écran indien : Madhuri Dixit. Nous lui rendons hommage avec un portrait grand format que voici.
A moins de s’être volontairement enfermé dans un ghetto, on ne peut pas vivre à Maurice sans entendre parler de cinéma indien. Et, dans les années 1990, on ne pouvait pas ne pas entendre, même de loin, parler de cinéma indien sans avoir entendu prononcer le nom de Madhuri Dixit. Sans avoir vu une de ses photos publiées dans un de ces magazines spécialisés sur l’actualité de Bollywood. Sans avoir vu une de ces séquences de danses extraites de films qui tournent en boucle sur les chaînes de télévision. Si, à Maurice, Madhuri Dixit était connue, en Inde, dans tout le sous-continent indien, dans tous les pays d’Asie et ceux où est installée la diaspora indienne, elle était une superstar vénérée. Une véritable déesse de l’écran. Une actrice personnifiant la femme dans toute sa sensualité et faisant rêver des millions d’hommes à travers la planète. Née le 15 mai 1965 à Mumbai — que l’on appelait encore Bombay à l’époque —, Madhuri est la dernière d’une famille de quatre enfants. Ses parents, Sankhar et Snetlata Dixit, appartiennent à la caste des bhramins de la communauté marathie et poussent leurs enfants à faire des études sérieuses. C’est ainsi qu’après l’école et le collège Madhuri entre à l’université de Bombay pour étudier les sciences, plus particulièrement la microbiologie, tout en suivant des cours de kathak, l’autre grande danse classique indienne. Malheureusement pour la science et fort heureusement pour ses millions d’admirateurs de par le monde, la beauté resplendissante et le port de tête de danseuse de Madhuri la font remarquer par les photographes qui lui proposent de poser comme mannequin. Sa photogénie est telle qu’elle devient rapidement un top model très demandé dont les photographies publiées dans la presse retiennent l’attention des responsables de Rajshri Productions, une des grandes compagnies de Bollywood. Ils proposent au top model de passer de la photographie au cinéma et elle accepte. Pour ses débuts à l’écran, en 1986, on lui donne un petit rôle dans Abodh, puis le producteur Subash Ghai découvre la débutante et lui offre une séquence dansée dans Karma, qui sera coupée au montage. L’aspirante actrice fera des apparitions dans plusieurs productions avant de tourner, en 1998, le film qui va la révéler au grand public et aux producteurs de Bollywood. Il s’agit de Tezaab de N. Chandra avec une danse sur la chanson « Ek Do Tin » qui va faire de Madhuri une vedette nationale. On la compare alors à une réincarnation de Madhubala, qui fait partie des grandes actrices de l’âge d’or du cinéma hindi des années cinquante et soixante du siècle dernier, avec Nargis et Meena Kumari. Une actrice qui avait été surnommée à l’époque, « la Marilyn Monroe du cinéma indien. » Comme le sera Madhuri Dixit, trente ans plus tard. Les deux actrices incarnent le charme irrésistible de l’Indienne capable de briser le coeur des hommes par un simple regard et d’exprimer le summum de l’érotisme et de la sensualité par des danses qu’elle exécute, habillée des pieds à la tête.
De Dhak Dhak Karne Laga…
Madhuri Dixit continue sur la lancée de Tezaab avec Ram Lakhan, puis avec Dil en 1990, un immense succès qui va lui valoir son premier Filmfare Award. A partir de Dil, la jeune vedette va tourner dans les plus grands succès du cinéma hindi de la première partie des années 1990 : Beta aux côtés d’Anil Kapoor qu’elle retrouvera dans plusieurs films, dont Raja. Puis elle tourne dans Sajaan, Khal Nayak, avec Jackie Shroft et Sanjay Dutt et Aapke Hain Koun. Le film Beta, tourné en 1992 obtient quatre Filmfare Awards dont ceux de la meilleure actrice et du meilleur acteur de l’année pour son partenaire Anil Kapoor. Le succès de ce film repose sur la chanson « Dhak Dhak Karne Laga » (Mon coeur fait boum boum). Une chanson sur laquelle Madhuri Dixit danse « voluptueusement, sensuellement, voire érotiquement », écrit la presse spécialisée. Pendant des années, cette chanson figurera dans le top ten des danses les plus suggestives du cinéma hindi?! Ce qui vaut alors à l’actrice le surnom de « Dhak Dhak girl ». Pour sa performance dans Raja, tourné en 1995, on donne à l’actrice un autre surnom : celui de « the female Amitabh Bacchan », à l’époque l’acteur le plus populaire et le mieux payé du cinéma hindi. La popularité de Madhuri Dixit est telle que Courrier International reprend un article paru dans la presse pakistanaise. Cet article explique que des séparatistes pakistanais qui se battent pour la possession du Cachemine auraient envoyé au Premier ministre indien le message suivant : »Si vous nous envoyez Madhuri Dixit, nous cessons le combat et rendons les armes ! » Mais après Raja, la popularité de Madhuri Dixit commence à décroîre, avec l’arrivée sur le marché hollywoodien de plus jeunes concurrentes. Les films de la « Dhak Dhak girl » qui seraient mal choisis selon certains journalistes n’attirent plus les grandes foules.
… à Choli Ki Peeche et Mar Data
Comme à Bollywood le talent d’un acteur est déterminé par le nombre d’entrées de ses films, on décrète que la carrière de Madhuri Dixit est derrière elle. La presse spécialisée se déchaîne et explique que l’actrice est désormais trop âgée pour jouer avec des acteurs comme Akshaye Khanna dans Mohabatt. Sa relation tumultueuse avec l’acteur controversé Sanjay Dutt fait la joie de la presse « people ». Par ailleurs, la chanson « Choli ki peeche » (Qu’est-ce qu’il y a sous le corsage) du film Khal Nayak avec ses paroles à double sens fait scandale et des féministes indiennes réclament un boycott des films de l’actrice. Le déchaînement médiatique est tel que certains journaux finissent par écrire qu’il est grand temps pour Madhuri, « de prendre sa retraite et de se trouver un mari ». L’actrice ne répond pas, laisse passer les critiques et réplique, à sa façon, avec son interprétation dans le film de Yash Chopra, Dil to pagal hai. L’actrice est excellente dans cette comédie dansée qui est un immense succès public et lui permet de remporter un nouveau Filmfare Award en 1997. Une récompense qu’elle va dédier publiquement — et surtout ironiquement — à ceux qui l’ont critiqué et lui demandaient de prendre sa retraite. Après le succès de Dil to pagal hai, l’actrice qui avait retrouvé le succès populaire devient artistiquement plus ambitieuse et accepte de jouer dans des films d’art et d’essai comme Gaja Gamini de M.F. Hussain. Premier film d’un peintre, Gaja Gamini, est un hommage à la beauté de l’actrice et lui donne l’occasion de jouer trois personnages de femmes. Elle joue également un rôle négatif dans Pukar, où elle retrouve le partenaire de ses débuts, Anil Kapoor. Ce film vaudra à l’actrice un autre grand succès critique et son troisième Filmfare Award. Elle fait sa grande rentrée en 2002 dans le remake d’un classique du cinéma hindi Devdas de Sanjay Leela Bhansali aux côtés de Shah Rukh Khan et d’Aiswarya Rai. En dépit de ses 37 ans assumés, Madhuri Dixit tient la dragée haute à Aishwarya Rai, qui avait été sacrée Miss World quelques années plus tôt. Deux des danses de ce film font déjà partie des meilleures séquences dansées du cinéma hindi, qui en compte des dizaines de milliers. La danse sur la chanson « Dola Re Dola » est exécutée par les deux actrices filmées dans des décors rouge et or. Celle interprétée en solo par Madhuri Dixit, filmée dans une prédonoimance vert, or et argent, sur la chanson « Maar Dala ». Pour son interprétation dans ce film, Madhurui Dixit a reçu plusieurs prix de meilleure actrice de second rôle, dont un Filmfare Award. Il faut souligner que Madhuri Dixit est l’actrice indienne qui a été le plus souvent nominée pour un Filmfare Award — 13 fois?! Il est également à noter que l’actrice a obtenu six Filmfare Awards au cours de sa carrière : quatre de meilleure actrice, un de meilleure actrice dans un second rôle et un trophée spécial pour ses 25 ans de carrière à Bollywood.
Le mariage de la déesse
Avant Devdas, l’actrice a mis une parenthèse dans sa vie artistique pour se marier en 1999. En dépit des personnages parfois révoltés qu’elle incarné à l’écran, c’est en respectant les traditions du mariage arrangé qu’elle a épousé un chirurgien cardiovasculaire américain d’origine indienne, le Dr Sriram Nene. Un spécialiste du coeur qui aura brisé en menus morceaux ceux des millions d’admirateurs de son épouse. Après avoir mis au monde deux enfants et vécu quelques années aux États-Unis, l’actrice est revenue en Inde et au cinéma, en 2007, avec le film Aaja Nachle qui lui vaut une nomination au Filmfare Award mais qui est loin d’être un succès public. Le succès populaire, elle va le retrouver en 2013 avec Dedh Ishgiva, aux côtés de l’acteur Naseeruddin Shah. Dans ce film, l’actrice joue le rôle d’une veuve mystérieuse et malicieuse à la recherche d’un nouveau mari. Par ailleurs, Madhuri Dixit a joué dans des shows télévisés et s’est produite dans le monde entier dans des spectacles qui reposent sur son grand talent de danseuse et dans lesquels elle reprend les numéros les plus connus de sa carrière cinématographique. C’est une partie de ce spectacle que Madhuri Dixit est venue présenter aux Mauriciens dans le cadre des célébrations de Divali. Pour une rare fois, le ministre de la Culture a eu la main heureuse dans le choix des artistes invités pour un spectacle national. Espérons que, pour une fois, la MBC saura être à la hauteur de sa tâche et permettra aux Mauriciens de suivre — en direct et en différé — la performance de Madhuri Dixit. Cette déesse de l’écran qui, avec un simple regard et quelques pas de danse peut fait battre plus rapidement le coeur de millions d’hommes sur notre planète. Tout en faisant enrager leurs femmes…