Fille unique de Sarah et William Harrys, Fabienne Rakotomalala est une jeune non-voyante qui entreprend des démarches depuis plus d’un an pour faire des études de psychologie. Élève brillante au collège, elle collectionne les récompenses, mais n’a pu obtenir une place à l’Université de Maurice. Acceptée, en revanche, dans une université canadienne, elle n’a pas les moyens de s’y rendre. Elle n’abandonne pas pour autant et s’accroche à son rêve, tout en nourrissant le désir de devenir animatrice de radio.
Dans sa robe mauve et ses chaussures assorties, avec les cheveux tombant sur les épaules et les verres fumés tendance, Fabienne Rakotomalala est très élégante. Cette jeune Malgache de 22 ans vit à Maurice depuis 1999. Elle est arrivée avec sa mère, pour rejoindre son père qui travaillait dans l’île. Cette non-voyante dotée d’une intelligence remarquable a bouclé son cycle primaire en trois ans, alors que généralement, il faut en compter le double. « On a trouvé que j’avais le potentiel et on m’a fait sauter les classes », explique-t-elle avec le sourire.
C’est à l’école Lizie dan Lame que Fabienne Rakotomalala découvre l’école mauricienne. Elle y apprend le braille et se prépare pour le CPE. « J’étais très épanouie dans cette école. On s’est bien occupé de moi ». Lorsqu’elle réussit son CPE en 2002, elle intègre le collège Lorette de Rose-Hill. Malheureusement, six mois plus tard, elle tombe malade et doit abandonner ses études. Après deux ans de convalescence Fabienne recommencera ses classes, au St Andrew’s College cette fois. Elle intègre directement la Form II. « Au début, j’avais un peu le trac. Mais j’ai été bien encadrée. Le personnel et les amis ont tout fait pour m’aider. Cela m’a permis de m’adapter facilement aux infrastructures de l’école ».
La jeune fille conserve fièrement ses attestations obtenues lors de son parcours au St Andrews. On relève qu’elle a décroché le premier prix dans presque toutes les matières : Français, Home Economics, Social Studies, Anglais, Biology, Geography, Agriculture… Fabienne se démarque dans toutes les filières. Elle se dit reconnaissante envers ses enseignants : « Ils ont fait tous les efforts possibles pour que je m’adapte à leurs classes. » Pour cela, les manuels de Fabienne ont dû être transcrits en braille : « Certains ont été traduits par Lizie dan Lame, d’autres par ma mère. Il faut dire qu’elle m’a vraiment pris dans les bras et a appris le braille avec moi afin de pouvoir m’aider. »
En raison de son âge, Fabienne est contrainte d’opter pour le GCE au lieu du SC une fois arrivée en Form V. Avec les deux années de convalescence, elle avait en effet dépassé l’âge requis pour cet examen. Pour son O Level, elle opte pour la filière classique et décroche un “A” dans toutes ses matières. Déterminée à aller plus loin, elle s’engage pour le “A” Level comme candidate “private”. Elle obtient ainsi un “A” en français, un “C” en anglais et un “B” en General Paper.
Aider les autres
Depuis deux ans qu’elle a terminé le cycle secondaire, Fabienne rêve d’entreprendre des études universitaires. Elle s’est inscrite pour le cours de psychologie à l’Université de Maurice mais a reçu une réponse négative. « On m’a dit que je n’avais pas les maths et que c’était nécessaire pour pouvoir étudier la psychologie ». L’ironie, c’est que sur les conseils d’une agence spécialisée en études supérieures à l’étranger, elle s’inscrit dans une université canadienne qui l’accepte, même sans maths… Sauf que sa famille n’a pas les moyens pour l’y envoyer. « Je veux devenir psychologue de par mon expérience personnelle. Je veux aider les autres. Malheureusement, on ne veut pas me donner ma chance ici. S’il y a des personnes, des sponsors qui pourraient m’aider d’une manière ou d’une autre à aller au Canada je leur serai reconnaissante ».
Entretemps, Fabienne donne des cours de braille aux adultes chez Lizie dan Lame. Mais elle n’a pas abandonné son rêve d’étudier la psychologie. Grâce à JAWS, qui est un programme vocal lecteur d’écran, elle continue d’apprendre et enrichit ses connaissances. Mais il y a un autre projet qu’elle tient à coeur : « Je veux relever le défi de devenir animatrice de radio. Ce serait une occasion de communiquer avec le monde extérieur », lance-t-elle. Elle n’a pas encore osé approcher les radios de l’île et ne cache pas que parfois, cela lui arrive de pratiquer en secret dans sa chambre. Fabienne a d’ailleurs déjà fait ses preuves dans ce domaine lors du Model United Nation (MUN) en 2010. Avec trois amis, elle avait constitué une délégation représentant le Salvador. Une expérience qui lui a permis de mieux connaître ce pays, un des plus pauvres de la planète, mais également de convaincre le jury, puisqu’elle a été élue meilleure déléguée de cette édition du MUN. En attendant que quelqu’un veuille bien lui ouvrir les portes pour réaliser son rêve, Fabienne s’accroche à ses passions : la lecture et la musique. Quand elle s’ennuie à la maison, ses parents l’emmènent faire un tour au centre commercial.