Il y a des parcours qui défient les lois géographiques. Maurice, petite île, pourrait-elle auréoler ses fils d’une dimension internationale ? Possible… avec des moyens : contacts, diplomatie, argent. Mais il y a de ces hommes qui viennent de loin. Issu d’une famille modeste, Steven Sengayen, avocat à Londres, a défié les statistiques.
Le souci de transmettre est ce qui motive cet homme de trente-huit ans qui a vécu plus de la moitié de sa vie à Londres. Son parcours, semble-t-il penser, pourrait montrer que la fatalité n’existe pas, que malgré notre insularité, nous pouvons braver notre propension à l’autolimitation, que l’étendue d’eau qui nous entoure ne peut freiner les ambitions mesurées, que l’on peut être patriote tout en caressant des rêves outre-océan Indien… Londres est devenue son île. Son ambition reste : faire de Maurice un continent.
Steven Sengayen, « comme de nombreux Mauriciens », quitte le pays à 18 ans pour poursuivre ses études en droit à la University of Hull en Angleterre. On est en 1994. En janvier 1998, cet originaire de Curepipe, ex-headboy du Dunputh Lallah SSS, obtient son LL. B (Hons). S’ensuivra une success story, savante combinaison de « chance » et de « travail acharné ».
Son histoire, il la relate de manière très posée, méticuleuse, détaillant ses plus hauts faits. Il rappelle le chasseur qui brode ses anecdotes autour de ses trophées, qui revit ses victoires… et qui s’en extasie même. Arrogance ? Pas tout à fait. Me Sengayen est réaliste : son parcours est en effet extraordinaire, source d’inspiration. Sans doute, il faut oser se dire, se raconter afin de toucher ceux qui aspirent à atteindre certains sommets mais qui n’ont pas d’exemple à suivre. Le but de Me Sengayen n’est pas la séduction. Il est de dire : c’est possible.
Oui, le parcours de Steven Sengayen est édifiant. Après Hull et après avoir fait ses armes dans des cabinets londoniens prestigieux – tels Freshfields Bruckhaus and Deringer, Linklaters, Herbert Smith LLP, Sullivan and Cromwell LLP – il repart sur les bancs universitaires en 2001. À la clef, un double diplôme de la London Guildhall University et de Université Paris V–René Descartes en Legal and Economic Studies et AES (Licence en Administration Économique et Sociale) respectivement. En août 2005, il obtient un Postgraduate Diploma in Legal Practice de la prestigieuse University of Oxford (Oxford Institute of Legal Practice — OXILP) et passe son barreau. 2005-2006 : LL. M Masters of laws – Degree in Banking and Finance Law du Queen Mary and Westfield College et du King’s College conjointement.
Non, Me Sengayen n’est pas né « avec une cuiller en or dans la bouche ». Il revendique son appartenance au milieu modeste. Ses parents travaillaient dans le service public – bien loin de cette élite économique qui peut assurer sans problème l’avenir de ses enfants. Il se dit « chanceux », un peu sur le ton de l’humour. Mais de reconnaître notamment l’importance des études aux yeux de ses parents et de ses deux grands-pères. Et le goût du travail. Du sacrifice : « Cela n’a pas été facile, surtout pour financer le premier diplôme. »
Professionnel
Steven Sengayen porte deux casquettes. La première : sa qualité d’associé au cabinet David Wyld & Co où il met son expertise en droit commercial, fusion et acquisition, litiges, fiscalité internationale, entre autres, au service de l’ex-président de la Law Society of London, David Wyld. La deuxième : il est Country Consultant pour le compte de Global Investment I Ltd qui boucle en ce moment un country report sur Maurice.
C’est en tant que Country Consultant que Me Sengayen aspire à faire rayonner ce pays qu’il dit toujours porter dans son coeur. Car ce rapport commandé par le Sunday Telegraph saura toucher un lectorat des plus importants, et surtout des plus influents. « Le Telegraph, c’est 1,7 million de lecteurs à chaque tirage », explique-t-il. Il s’agirait d’un hebdomadaire respecté, « très calé », « très lu par la classe moyenne à monter ». Tiré à 50 000 exemplaires, distribué dans les aéroports internationaux, disséminé en softcopy aux business leaders d’Afrique du Nord, ce rapport devrait « faire du bien au pays » et « rassurer les investisseurs, notamment, ceux qui seraient inquiétés par le traité de non double imposition entre Maurice et l’Inde ». Selon lui, ce rapport, qui sort bientôt, rétablirait la confiance. « Oui, Maurice est une très bonne juridiction ».
Ce célibataire – « peut-être que je n’ai pas eu le temps », relève-t-il avec humour – espère en son île Maurice et affirme tenter au mieux de ses capacité à assurer notre visibilité. Me Sengayen quitte le pays cette semaine pour retrouver Londres où il a récemment été élu Freemen de la City of London Solicitor’s Company.