L’école lui évoque de vagues souvenirs. En troisième année de primaire, elle dit au revoir à ses amis de classe pour garder ses plus jeunes soeurs. Ce qui fait que le peu que Miselette Denis avait appris, elle les avait tout oubliés après tant d’années. Ne sachant ni lire ni écrire et presque pas compter, elle se réjouit, il y a trois ans, de se voir proposer un cours d’alphabétisation par l’intermédiaire de Caritas. Aujourd’hui, l’habitante de Baie-du-Tombeau, est enfin capable de lire le journal, d’envoyer des sms et d’effectuer des transactions bancaires de base. Mais, mieux encore, grâce à ce cours, et avec l’aide de son époux, elle a ouvert depuis peu un point de vente de boulettes à son domicile.
« Autrefois, lorsque les enfants emmenaient des devoirs à la maison et qu’ils avaient des difficultés, je ne pouvais rien faire pour eux. Quand je recevais un rendez-vous, il me fallait attendre mon époux pour connaître l’heure » se souvient Miselette Denis. À 36 ans, cette mère de trois fils et bientôt grand-mère, parle volontiers et sans tabou de ce cours d’alphabétisation comme une bouée de secours. « C’est lors d’une grande messe dans la localité que le prêtre a invité les personnes intéressées au cours à contacter une dame. C’est là que j’ai décidé d’y aller. J’étais très intéressée car la vie est vraiment difficile quand vous ne savez pas lire ». C’est surtout en langue française que Miselette Denis consolidera ses compétences en lecture et en écriture. « Je trouve l’anglais plus difficile » confie-t-elle. Mesurant pleinement l’importance de l’éducation, la mère de famille tient à ce que ses enfants soient éduqués. « Je leur dis souvent de voir à quel point le fait de ne pas avoir été instruite m’a longtemps handicapée dans la vie ».
Miselette Denis peut aujourd’hui « compter son argent, faire ses courses au supermarché, prendre connaissance des prix des produits. L’enseignante à Caritas nous a aussi appris à lire la provenance d’un article, à lire le poids des fruits et légumes. Lorsque mon mari achète des journaux, j’arrive à lire par moi-même. J’aime lire mon horoscope » dit-elle, souriante. Notre interlocutrice n’oubliera jamais le temps où elle ne pouvait envoyer de sms faute de savoir écrire ni ne pouvait-elle recharger son crédit sur son téléphone. Elle souligne l’importance de la volonté dans cet acte d’apprentissage. Selon elle, c’est grâce à son profond désir de savoir lire et écrire qu’elle a su progresser. « Il y avait d’autres dames qui suivaient le cours avant moi mais j’ai pu progresser plus vite que certaines car j’étais très motivée. C’est grâce à Miss Monique aussi qui a été très patiente. Certaines apprenantes abandonnent en cours de route mais moi, j’étais bien constante ». Comment réagit la famille de Miselette Denis face à son progrès ? « Mon mari était assez surpris au début. Mes enfants sont naturellement très contents pour moi, surtout que mon fils cadet m’a bien aidée quand j’avais des devoirs à faire. Quand on a acheté un four, je n’ai pas eu besoin de faire appel à mon mari pour savoir comment l’utiliser, j’ai pris le manuel et je l’ai lu ».
Et, l’idée d’entreprendre, comment est-elle venue ? « Mon mari est soudeur. Moi, je travaillais pour un couple âgé à Baie-du-Tombeau. Mais, depuis qu’ils sont allés dans une maison de retraite, je me suis retrouvée sans emploi. Au lieu de m’asseoir chez moi, j’ai décidé d’entreprendre ». C’est ainsi que depuis trois mois, aidée de son époux, Miselette Denis vend des boulettes de chou-chou, de viande et de poisson chaque samedi et dimanche, de 16h à 21h. « Je les prépare moi-même. J’achète moi-même les ingrédients. C’est mon mari qui m’a appris à les faire. Je compte aussi ouvrir une petite tabagie ». Miselette est heureuse qu’aujourd’hui, elle parvienne à faire ses comptes, « à calculer mes dépenses et mes profits ». Alors que Madame Denis vend des boulettes le week-end, M. Denis propose des « pains fourrés au char siw ». Elle souhaite désormais pouvoir bâtir une maison pour sa famille car actuellement ils sont locataires.
Miselette Denis voudrait conserver ce qu’elle a appris sur le tard comme un trésor. Par peur de tout oublier à nouveau, elle reprend de temps en temps son cahier et s’efforce à lire le journal et à participer à des jeux avec les mots sur son téléphone.