Aslam Lollbeeharry est un jeune Vacoassien de 20 ans. Il est en première année d’études en Management & Marketing à l’Institut Charles Telfair. Né prématurément à six mois et demi seulement, Aslam a vu le jour avec une Paralysie Cérébrale. Il évolue aujourd’hui avec quelques difficultés, mais reste positif. Sunlights est allé à sa rencontre à l’occasion de la Journée internationale des personnes handicapées, célébrée le 3 décembre.
« Aslam est très gâté », c’est d’emblée ce que nous révèle la mère du jeune homme. Celui-ci, fils unique, est né avec une Paralysie Cérébrale (Cerebral Palsy en anglais). Un handicap qui est lié à la coordination et la force musculaires. C’est à l’âge de 4 ans, dit sa mère, qu’Aslam a commencé à marcher. Mais cela était déjà un grand pas pour lui. Si aujourd’hui il évolue sans chaise roulante ou sans canne, il a quand même quelques difficultés à se déplacer.
Parcours d’étudiant
« Je suis très fière de mon fils ; il n’a jamais baissé les bras ; il a toujours été très appliqué dans ses études. » Aslam a suivi sa scolarité d’abord à la Madoo Gopal Gvt School, près de sa localité où il a obtenu de très bons résultats. De quoi rendre fiers ses parents qui ont toujours eu à coeur l’entrée de leur fils dans une école normale et de son intégration parmi les autres. Il a dû faire une pause d’une année dans ses études à cause d’une opération et a donc refait une 2ème année la Form 4. Aujourd’hui, c’est un jeune homme souriant qui vient d’entamer sa première année à l’université.
Une scolarité qui s’est plutôt bien passée selon sa mère, pour qui il est important de mettre un enfant handicapé dans une école normale. « Il partait à l’école mais je me faisais un devoir d’aller le voir durant la récréation pour lui tenir compagnie. Il n’a pas eu de difficultés à s’adapter avec ses amis ni avec ses profs. Je pense plus particulièrement à M. Ramtohul avec qui il a fait ses Std 5 et 6. Il a beaucoup aidé Aslam », raconte la mère.
Si son rêve était de devenir médecin, Aslam s’est tourné vers les chiffres.
« Au départ, la médecine m’attirait, mais vu ma mobilité réduite, étudier les sciences était difficile pour moi. Rester longtemps debout sur mes pieds m’est impossible, par exemple », explique-t-il. Néanmoins, il ne s’est pas laissé abattre. Se tourner vers le management et le marketing lui ouvrira d’autres portes.
 « Des amis sincères et fidèles, j’en ai, mais pas beaucoup », dit-il. La plus grosse difficulté à laquelle il doit faire face c’est quasi-incapacité à se mouvoir : « Je ne peux pas beaucoup marcher. » Il raconte, non sans une pointe de nostalgie, qu’il ne pouvait pas participer aux excursions organisées par l’école lorsqu’il était plus jeune. Et aujourd’hui encore, il se contente d’évoluer seulement sur le campus. Toutefois, s’il a longtemps éprouvé des difficultés à monter dans un bus à cause des marches trop hautes, il a obtenu son permis de conduire et emmène souvent sa mère en balade en voiture.
Manque de considération
Aslam estime que les personnes handicapées font face à un manque de considération de la part de l’Etat. Dans le cadre de la Journée internationale des personnes handicapées, Ali Jookhun de l’ONG Link a organisé une journée d’activités pour les personnes handicapées. « Je trouve cela surprenant que ce soit M. Jookhun qui organise un tel événement, alors que c’est la responsabilité de l’Etat. Comment peut-on parler d’une île Maurice moderne si on n’implique pas les personnes handicapées ? » Il rappelle que le thème de cette année est Break barriers, open doors: for an inclusive society and development for all. « On ne voit pas qu’ils break the barriers ! », constate-t-il.
Aslam estime que chacun a ses capacités qu’il faut savoir exploiter. « Même si un enfant a un handicap quelconque, il est capable de faire quelque chose. Même si c’est un handicap mental, il faut suivre ces enfants car beaucoup dentre eux ont des capacités artistiques que parfois même une personne bien portante ne peut pas exploiter. Il faut simplement développer cela à Maurice. Parce qu’on ne vient pas sur Terre pour rien. » Il se dit désolé de voir que certaines ONG et écoles spécialisées se voient aujourd’hui obligées de fermer leurs portes. Même écho du côté de la mère qui estime important que les parents se doivent de considérer que leur enfant, peut importe son handicap, est capable de grandes choses.
A 20 ans, Aslam est encore entouré de ses parents et de sa soeur aînée. « Pour le futur, je ne sais pas encore comment les choses vont se passer. Mais je crains surtout de rencontrer des difficultés pour trouver un emploi. » Sa capacité de compassion et de lier spontanément amitié avec les autres font qu’il a toujours aspiré à aider : « Peut-être qu’un jour je fonderai ma propre association pour aider d’autres personnes », espère-t-il.