Avec “TRY”, titre de son dernier album, CJ Li se livre en racontant son parcours, lequel se résume à « essayer, prendre des risques et les efforts finissent par payer ». En 2012, la jeune chanteuse pop rock canadienne, née de parents mauriciens, décide de poser ses valises à Tokyo pour vivre sa passion dans le monde de la chanson. Lorsqu’elle débarque au pays du Soleil Levant, elle ne parle pas le japonais, n’a ni ami, ni parent, ni aucune personne de référence. Livrée à elle-même et friande de nouveautés, elle tente pourtant la grande aventure. Aujourd’hui, après avoir surmonté bien des obstacles et s’être fait une certaine popularité auprès des Nippons – avec plus de 200 concerts, émissions télévisées en direct et interviews à la radio et de nombreux fans nippons – CJ Li, qui souhaite aller encore plus loin, estime que si elle a effectué un bout de chemin au Japon, il lui reste encore beaucoup à réaliser. En vacances à Maurice, elle partage avec les lecteurs du Mauricien quelques bribes de son parcours.
Sa formation universitaire en psychologie et en français ne la prédestinait pas à être chanteuse. Mais fraîchement émoulue de l’université, CJ Li devait voir le naturel vite revenir au galop. Il faut dire que, petite, sa mère lui a instillé cette passion pour la musique en l’inscrivant à des cours de piano et de violon. Après ses années universitaires, Crystal Li, de son vrai nom, découvre que ce qu’elle veut vraiment faire comme métier, c’est chanteuse. Elle suit donc des cours et décroche son diplôme en Vocal Jazz. Ses clips, qu’elle poste sur YouTube, font de nombreux fans, particulièrement au Japon. CJ Li est élue le “24th Most Viewed Musician in Canada” et le “80th Most Subscribed Musician in Japan”.
Le Canada Music Fund Council reconnaît son potentiel en tant que musicienne et lui accorde une aide pour sa production musicale. Elle lance deux albums en solo à Vancouver, What if et Music in my Soul, donne des concerts et se produit devant des milliers de personnes. Elle participe également en tant que chanteuse au Vancouver Winter Olympics (2010).
En 2012 toutefois, CJ Li décide de donner une nouvelle tournure à son parcours. Au vu de l’intérêt des Japonais pour ses chansons et son penchant pour la culture japonaise, elle décide de quitter famille et amis dans son Vancouver natal pour mettre le cap sur Tokyo. Comme on le devine, tout sera loin de se passer comme une lettre à la poste. « C’était très difficile au début. Même pour trouver un groupe de musiciens et communiquer avec eux, car je ne parlais pas japonais. Durant les répétitions, ce n’était pas évident. J’ai eu à prendre des cours de japonais. Même aujourd’hui, j’ai un peu de mal, mais ça va bien mieux. »
C’est un peu le fait d’avoir de la famille aux quatre coins du monde qui a fait naître chez CJ Li ce côté un peu nomade. Née à Vancouver de parents mauriciens et de grands-parents chinois, ayant par ailleurs elle-même passé une partie de son enfance à Maurice, la chanteuse pop rock canadienne ne se sent jamais tout à fait ailleurs en terre étrangère. Grâce à son sens de la débrouillardise et sa faculté d’adaptation, elle est toujours prête à recommencer à zéro pour tenter le tout pour le tout. S’il lui arrive souvent d’être découragée, loin de sa famille, elle ne regrette pas son choix. « Si vous êtes près de la famille et que vous avez un souci, vous pouvez toujours retourner dans votre zone de confort. Mais si vous voulez vraiment réaliser votre rêve, il vous faut sortir de cette zone. C’est ce qui vous rend plus fort et qui va vous permettre d’atteindre ce que vous recherchez », dit-elle.
Depuis son arrivée au Japon, CJ Li a lancé deux albums sous le nom de Stage Monster, un J-Rock band créé avec d’autres musiciens. Depuis 2014, le groupe n’existe plus. Try, l’album solo de CJ Li, a toutefois reçu la collaboration ponctuelle de quelques musiciens japonais de renom. Si la chanteuse joue de divers instruments – batterie, violon, clavier –, elle excelle particulièrement dans la guitare et le piano.
Live show à Tokyo
Son dernier live, CJ Li l’a vécu la semaine dernière à Tokyo devant un parterre de 200 fans. « Deux heures durant, j’ai été la seule à chanter. Mais cela m’a semblé 30 minutes… Mon énergie, je la puise des sourires que je vois sur les visages de mes fans. » Il y a un mois, des membres de sa famille sont venus la voir en concert à Tokyo. « J’ai ressenti un peu de pression mais, en même temps, j’étais tellement heureuse car ils ne m’avaient jamais vue en concert au Japon. J’ai donné le meilleur de moi parce que je voulais qu’ils voient où j’en étais arrivée et qu’ils soient fiers de moi. Je pense qu’ils l’ont été. »
Après ce bout de chemin, « what next » pour CJ Li ? « Je travaille actuellement à écrire des chansons. Mais je ne pense pas trop à mon prochain album car cela limiterait ma créativité. J’ai aussi envie d’essayer de nouvelles choses, de nouveaux styles, comme le rap. » À quand un concert à Maurice ? CJ Li répond, tout sourire : « Je ne sais pas. Quand on m’invitera. J’aimerais bien. »
Try comprend des chansons en anglais et en japonais. « “Try” was the first national release in Japan. So, I had to cater for my Japanese fans. » L’album peut être téléchargé sur iTunes ou Amazone. Pour se procurer une copie, rendez-vous sur son site(www.cjli.net). Selon la chanteuse canadienne, Try comprend divers genres et est « une bonne carte de visite pour avoir une bonne idée de CJ Li ».
Le monde de la musique au Japon est-il très compétitif ou CJ Li ne se sent-elle pas concernée, vu qu’elle vient d’ailleurs ? « Je pense que chaque artiste a sa propre signature. Je ne lutte pas contre un autre artiste. C’est plus une compétition avec soi-même pour donner de la bonne musique à ses fans », répond-elle. CJ Li a récemment été parrainée par la compagnie américaine Taylor Guitars. « On me prête des guitares pour que j’essaye plusieurs sons et que je vois ceux qui me plaisent. Je participerai aussi aux ateliers Taylor Guitars, où divers artistes jouent pour voir qui joue avec telle guitare. » Le but de CJ Li, aujourd’hui, c’est de pouvoir gagner sa vie à travers la chanson et de partir en tournée à travers le monde. « Je démarre au Japon. Peut-être bien que les cars lors de mes tournées seront ma maison à l’avenir ! J’ai de la famille un peu partout. J’espère que je trouverai toujours quelqu’un pour m’accueillir… »