A l’origine marchand de gâteaux et de rafraîchissements au stade de Rose-Hill, Raschid Hobass est aujourd’hui le plus important loueur de vaisselles, de couverts, de verreries et de chaises de l’île. Portrait d’un « ti marchand »devenu un businessman prospère sans pour autant avoir la grosse tête.
Raschid Hobass est né, il y a plus de soixante ans, dans une famille de bouchers de Rose-Hill. Dont quelques membres firent partie des groupes de mauvais garçons de l’époque que l’on ne qualifiait pas encore de gangs. Après des études au collège Dhanjee, il travaille avec ses frères au bazar et vend des articles par-ci, par-là. Au début des années soixante-dix, il apprend que la municipalité de Beau- Bassin/Rose-Hill lance des tenders pour la location de la cantine du stade de la ville. Une petite enquête discrète lui apprend que le locataire paye mensuellement Rs 25 et il en propose Rs 125, ce qui lui fait obtenir le tender. C’est la grande période du football à Maurice, les matches font stade comble et la cantine où Raschid vend des boissons gazeuses, des pistaches et des dhol puree est prospère. Puis, il postule pour la location de la buvette du Plaza, encore en bon état et qui fait office à la fois de salle de cinéma et de spectacles de variétés. C’est sur une petite mobylette que Raschid contrôle ses deux points de vente et transporte ses marchandises. « C’est avec la buvette du théâtre que j’ai commencé à entrer dans le domaine du catering. On ne pouvait pas proposer au public d’une opérette ou d’un concert classique, les mêmes snacks que lors d’un match de football. J’ai amélioré les produits de la buvette, puis j’ai commencé à me lancer, sur une petite échelle, dans l’organisation de réceptions surtout pour la municipalité. A cette époque, la municipalité de Beau-Bassin/Rose-Hill, que le MMM venait de prendre après des décennies PMSD, était une institution respectée et Beau-Bassin/Rose-Hill, était surnommée la ville de la Culture. On organisait beaucoup d’activités dans les stades, les centres sociaux, le théâtre. La municipalité organisait des quinzaines civiques qui sont restées mémorables. Ses séances du conseil se déroulaient devant des salles combles. C’est une époque révolue. Ne me demandez pas ce que je pense du niveau de la municipalité aujourd’hui. » C’est au début des années quatre-vingts que Raschid Hobass va franchir un pas décisif dans son parcours professionnel. Il est tout d’abord nommé dépositaire des produits Coca Cola pour la région de Beau-Bassin-Rose-Hill et découvre la location de vaisselles, par hasard. « Un jour, un commerçant est venu me proposer d’acheter, à un bon prix, un lot d’assiettes dont il voulait se débarrasser. Je ne connaissais rien à la vaisselle et au catering, mais comme je suis curieux et toujours à la recherche de bonnes affaires, j’ai acheté ces 500 assiettes. Puis, je me suis rendu compte qu’il valait mieux offrir en même temps des assiettes et des chaises en location ; j’ai donc acheté des chaises en tôle pour les louer et c’est comme ça que tout a commencé. Aux assiettes, j’ai ajouté des verres, puis des couverts, des tables, puis des nappes, bref tout ce qu’il fallait pour une réception. »
« Au départ, je ne connaissais rien de la vaisselle, aux verres et aux couverts. Je viens d’une famille pauvre où il suffit d’une assiette et d’une cuillère pour manger et d’un gobelet ou d’un verre pour boire. « 
Raschid Hobass commence son nouveau business sur une petite échelle pendant les premières années, puis se rend compte qu’au lieu de se concentrer sur les locations pour les safran et gamats des mariages orientaux, il vaut mieux s’attaquer au marché haut de gamme des grandes réceptions. Comment le fils de boucher, devenu vendeur de pistaches et de dhool puree au stade de Rose-Hill est-il entré dans le marché de fournisseur d’équipements pour catering haut de gamme ? « En apprenant sur le terrain, en faisant des erreurs, en demandant à ceux qui savent. Au départ, je ne connaissais rien de la vaisselle, des verres… Je viens d’une famille pauvre où il suffit d’une assiette et d’une cuillère pour manger et d’un gobelet ou d’un verre pour boire. Petit à petit, en regardant, en écoutant, en questionnant quand je ne savais pas, puis, plus tard, en faisant des photos, j’ai appris à faire la différence entre les différentes assiettes, couverts et verres. J’ai appris en écoutant mes clients, surtout les grands caterers de Maurice, dont madame Jacqueline Dalais, que je voudrais remercier ici. Elle m’a donné des conseils sur ce qu’il fallait acheter, ce dont elle avait besoin pour servir ses réceptions, ses dîners. J’ai découvert qu’il était plus pratique pour une institution publique ou privée, un hôtel ou un particulier de louer le matériel pour une réception, plutôt que de l’acheter et de l’entretenir. C’est un tracas en moins pour l’organisation de réception dont je me charge. » Combien de temps a-t-il fallu pour maîtriser les règles de ce nouveau métier ? « J’ai pris du temps pour comprendre le travail et offrir ce qu’il fallait. Je peux dire que j’ai pris vingt ans pour comprendre la demande et la satisfaire. Il m’est arrivé d’acheter des services entiers qui n’ont jamais servi. J’ai appris de ces erreurs qui m’ont fait perdre de l’argent. Mais aujourd’hui, je suis le plus important loueur de vaisselles, couverts, de verreries, plats de service, tables, nappes et chaises de Maurice. Aujourd’hui, chacun de mes employés sait à quoi ressemble un couteau à poisson et faire la différence entre un verre à eau, à vin, à champagne et entre une tasse de thé, de café et de tisane. » Et ça représente quoi en termes de chiffres d’affaires ? Raschid Hobass élude la question, mais admet qu’il fait partie des petits entrepreneurs dont le chiffre d’affaire dépasse les Rs 2 millions par an et qui ne s’étaient pas déclaré auprès de la MRA. Ce qui lui a valu un contrôle fiscal. « J’ai dû payer une amende importante, mais je ne le regrette pas. J’ai appris une chose de cette aventure : quand un petit entrepreneur est en règle avec le MRA, il n’a pas besoin d’avoir peur. Les casse contours qu’on fait pour essayer d’éviter de payer finissent par coûter beaucoup plus cher. » Il ne nous dira pas quel est son chiffre d’affaire, mais explique qu’au fil des années, il a acheté une dizaine de maisons dans sa rue pour installer ses différents stores, emploie 31 employés et dispose de quatre camions pour aller livrer et reprendre les équipements qu’il loue. Que est le secret de son business ?« Il faut savoir s’organiser, avoir une équipe qui contrôle la location et s’assure qu’on rende tout ce qui a été loué en bon état et faire payer pour les pertes. Il faut être disponible, savoir écouter les clients, leur proposer des choses et acheter ce qu’ils vous demandent et que vous n’avez pas. Il faut que le produit et le service soit excellent. C’est ça qui fait revenir le client et crée une réputation. Je propose un service impeccable et de qualité, c’est ce que recherche ma clientèle. » Est-ce qu’il n’a jamais été tenté de compléter son service en incluant à la location d’équipement un service traiteur ? « Dans la vie, il faut savoir connaître ses limites et ne pas être trop gourmand. Je maîtrise complètement la location de la vaisselle et des équipements, mais je ne pourrais jamais proposer ce que Mme Dalais et les grands traiteurs de ce pays font. J’ai une bonne réputation, je ne veux pas perdre en me lançant dans un domaine que je ne maîtrise pas. A chacun son métier. On ne s’improvise pas «caterer» parce qu’on sait bien cuire un curry ou faire frire des samousas. » Raschid Hobass se promène entre ses différents stores dans sa rue dans les faubourgs de Camp Levieux. Par rapport à l’importance prise par son entreprise au fil des années, est-ce qu’il n’aurait pas été plus logique qu’il installe un bureau dans le centre de Rose-Hill pour améliorer son image de marque ? « Mon image de marque existe déjà et ma clientèle sait où me trouver. Cela fait trente ans que je suis ici a Camp Levieux, je n’ai pas besoin de jouer au PDG ; je ne suis qu’un petit entrepreneur. On me dit qu’il faut refaire le bureau pour faire plus moderne. Je dis non. Il faut surtout continuer à être efficace et proposer un service sans reproche. Les grands bureaux climatisés, ce n’est pas obligatoirement un signe de bon service. Donc, je vais continuer à travailler à Camp Levieux où j’ai commencé et je me suis développé. » Comment est-ce que Rashid Hobass envisage l’avenir, en ces temps de crise ? « Avec sérénité, puisque nous sommes bien implantés sur le marché et que nous pratiquons des prix corrects et proposons un service de qualité. » Au niveau de l’entreprise, la relève est assurée avec un de ses deux gendres qui l’aide à gérer l’entreprise de location, tandis que le deuxième vient aider pour la comptabilité.
« Aujourd’hui chacun de mes employés sait à quoi ressemble un couteau a poisson et faire la différence entre un verre a eau, à vin, à champagne et entre une tasse de thé, de café et de tisane. »
A plus de soixante ans, Raschid Hobass a des raisons d’être fier de son parcours professionnel. La marchand de dhool puree et de rafraîchissements est devenu le numéro un de la location de vaisselles, etc., du pays. Mais il le dit avec modestie, « je suis de ces gens qui ont été pauvres et ne l’ont pas oublié. Il ne faut pas oublier ce que l’on était avant de réussir. J’ai réussi en travaillant, en économisant, en osant prendre des risques et grâce à quelques personnes qui ont cru en moi et m’ont fait confiance. Sans ces personnes-là, qui se reconnaîtront, je ne serai pas arrivé là où je suis aujourd’hui ». Mais ne croyez pas que Rashid Hobass se contente de s’asseoir sur ses lauriers de numéro un de la location de vaisselles, etc., à Maurice. Depuis quelques années, il est devenu importateur de pétards et se rend régulièrement en Chine pour aller choisir ses canons et ses fusées. Comment passe-t-on de la vaisselle aux pétards-fusettes ? « Je fais les deux en même temps. C’est un rêve d’enfant et un bon business. Pendant des années, j’ai été revendeur de pétards pendant la période de la Noël aux alentours du bazar de Rose-Hill. J’ai toujours voulu être distributeur de pétards, je suis simplement passé de revendeur à grossiste. » Un gros grossiste même qui pourrait même, d’ici quelque temps, si ses prévisions se réalisent devenir le numéro un de la distribution de pétards à Maurice…