À la fin des années 60, il est le plus jeune présentateur télé de Maurice. À quinze ans, Philippe Houbert s’est retrouvé en studio à la rue Pasteur. Il monte par la suite sur les planches, et laisse tout tomber pour la France afin de développer ses talents artistiques. À 60 ans aujourd’hui, ce concepteur d’événements et metteur en scène auprès de grandes agences parisiennes dit avoir su provoquer la chance.
C’est un jeune gars du Saint Mary’s College qui, vers la fin des années 60, se retrouve présentateur à la télé et à la radio mauricienne. La télévision démarre à peine quand un réalisateur du nom de Yacoob Bahemia voit ce collégien présenter un spectacle avec les Young Lovers, l’orchestre en vogue à l’époque. Le réalisateur a trouvé le jeune présentateur que cherche alors la télévision nationale. “Je n’avais pas plus tôt animé ma première émission que les gens de la radio ont pris contact avec moi, le lendemain matin, pour commencer à travailler avec eux.”
Philippe Houbert a ainsi poursuivi ses études secondaires tout en faisant ses devoirs en studio, avant les émissions du soir. À la rue Pasteur, le jeune homme côtoie Monique Bellepeau, première speakerine à la télévision nationale et aujourd’hui vice-présidente de la République. Sans oublier les Marie-Josée Baudot et autres Manda Boolell.
La meilleure école
Le benjamin des ondes anime des émissions pour jeunes et présente le journal, entre autres choses. Car dans les années 60, l’animateur de soirée annonce les programmes, lit les bulletins d’informations, en français et en anglais, aussi bien que les publicités. Philippe Houbert anime en outre des émissions spéciales et de variétés. Le tout se passe à l’époque en direct, car les enregistrements vidéo n’existent pas encore à Pasteur. “Ça a été la meilleure école pour moi : j’y ai tout appris”, laisse échapper notre intervenant, un grand sourire sur le visage.
Dans le même temps, son oncle, Roland Houbert, un spécialiste du théâtre de boulevard, lui met le pied à l’étrier. Le jeune comédien se prend même à faire du ballet classique avec Mary David, dont il sera le partenaire. Il se lance également dans la chanson et saisit l’opportunité qui lui est offerte en 1973 pour se rendre en France afin de se développer davantage, dans un contexte différent de Maurice. “Je me suis dit : si je ne tente pas ma chance maintenant, ce ne sera pas dans vingt ans !”
Chanson
C’est suite à un tournage par la télévision française du feuilleton Paul et Virginie, dans lequel Philippe Houbert fait de petites apparitions, que notre compatriote part à l’aventure en France. Il persévère dans la chanson et, quelques années plus tard, participe à la finale française pour le concours de l’Eurovision de la chanson.
Nous sommes alors en 1983. Le Mauricien installé à Paris interprète Les manèges de l’amour, chanson écrite par nul autre que Pierre Delanoë, le parolier de Gilbert Bécaud et de Michel Fugain, entre autres. “Je le reconnais : j’ai une bonne étoile à laquelle j’attribue toutes ces chances. Daniel (Ndlr : Daniel Mourgues) dit souvent qu’on a la chance qu’on mérite.”
Chance
Il importe ici de situer le contexte afin de mieux comprendre cette réflexion. Années 70 à Maurice. Philippe Houbert est un animateur d’environ dix-huit ans. Un jeune homme qui a les moyens de se payer une voiture neuve et de vivre très confortablement. Il a voyagé et a un job en or à la radio-télévision nationale. Il chante et fait des spectacles sur les scènes de théâtre. “La vie était formidable. J’aurais pu très bien m’installer dans ce confort ad vitam æternam, en me disant : un jour, nous verrons bien… Or, je n’ai pas eu cette attitude. J’ai tenté le tout pour le tout. J’ai tout quitté pour me retrouver totalement inconnu dans une ville comme Paris. À force de travail et de persévérance, je me suis fait un chemin petit à petit.”
Daniel Mourgues se joint à la conversation. Et souligne que pour avoir de la chance, il faut oser la provoquer. Savoir tout faire pour en avoir. “La vie est une ligne droite. De temps en temps, il y a des aiguillages. Il faut savoir prendre le bon, car chaque choix que vous faites dans la vie changera votre destin.”
Challenges
Depuis maintenant près de vingt ans, Philippe Houbert est concepteur et metteur en scène d’événements auprès de trois des plus grandes agences parisiennes dans le domaine. Un métier qui le pousse en permanence, à 60 ans, vers des challenges pour toujours mieux faire. Une constance qui force Philippe Houbert et Daniel Mourgues à avoir un niveau certain d’exigence, notamment en ce qui concerne les comédiens qui les entourent pour La cage aux folles.
Malgré une absence de plus de dix ans, depuis Un grand cri d’amour et les spectacles montés à La Citadelle, Philippe Houbert dit avoir la prétention de penser, s’il a toujours un public, que celui-ci sait par avance que les productions qu’il a signées, notamment avec Daniel Mourgues, sont des créations de qualité. “On peut aimer ou ne pas aimer, mais on ne peut pas nous reprocher d’avoir fait quelque chose d’approximatif.” Savoir-faire et exigence apparaissent dès lors comme des maîtres mots.