Après avoir longtemps travaillé comme architecte en France, Yves Meulien a décidé de prendre une retraite au soleil de l’île Maurice. C’est en découvrant la « qualité » de l’eau courante locale qu’il décide de proposer des moyens de la purifier. Portrait d’un homme que l’on pourrait facilement surnommer « Le purificateur ».
Au départ, Yves Meulien est architecte diplômé en France. Après ses études, il ouvre, avec d’autres partenaires, un cabinet d’architectes à Lyon qui, à force de travail, se fait une bonne réputation dans la région et finit par employer une douzaine de personnes. « L’architecture est un très beau métier, un métier passionnant, mais avec des contraintes et beaucoup d’exigences. Il finit même par devenir, à certains moments, épuisant. Après avoir beaucoup travaillé, à un moment donné je me suis dit que j’avais besoin de prendre un peu de recul, pour réfléchir sur ce que j’allais faire du reste de ma vie. On travaille, on travaille et on ne vit pas. Et puis, il y a aussi le fait que la France est un pays formidable mais où on demande de plus en plus aux particuliers et aux entreprises en termes d’impôts. »
En quelque sorte, vous avez quitté la France pour fuir la menace de François Hollande de taxer à 75% ceux qui touchent plus d’un million d’euros par an ? Éclat de rire. « Non. Tout d’abord, je ne faisais pas partie de ceux qui se retrouvent dans cette catégorie fiscale. Ensuite, nous avons quitté la France depuis quelques années. Avant même de savoir qui serait candidat et qui serait élu à la présidentielle de 2012. » Quelles étaient alors les raisons de ce départ ? « Ma famille et moi voulions vivre tranquillement dans un cadre agréable. Nous voulions en tout cas prendre le temps de vivre plus calmement qu’auparavant, et nous occuper d’autres choses. Nous avons choisi Maurice parce que nous y étions déjà venus en vacances, que nous y avons des amis, que le pays, son climat et les conditions pour s’y installer sont intéressants et que ses habitants sont chaleureux. »
Yves Meulien vend ses parts du cabinet d’architectes de Lyon et vient s’installer à Maurice, dans la région de Tamarin. Il continue à travailler sur quelques projets d’architecture ici et là, à la demande, comme celui qu’on vient de lui proposer au Cameroun pour un ensemble de plusieurs centaines de logements. Mais à quel moment est-ce que l’architecte change de métier et commence à s’intéresser à l’eau ? « J’ai envie de vous répondre « depuis toujours », et c’est tout à fait juste. La gestion de l’eau fait partie des compétences de l’architecte. L’approvisionnement en eau et son évacuation font partie du cahier de charges de n’importe quel projet. J’ai déjà construit en haute montagne, à plus de 1 000 m d’altitude, dans du roc. Il s’agissait d’un ensemble de maisons où il fallait faire venir et repartir l’eau. C’est en me posant des questions sur le « comment faire » de ce projet que je me suis intéressé, plus largement, à la problématique de l’eau. Il y a vingt ans, c’était beaucoup plus facile : on se contentait de faire venir l’eau et on la rejetait dans la nature après l’avoir utilisée, et le tour était joué. Aujourd’hui ce n’est plus possible. On a non seulement des règles qui interdisent de le faire, mais une conscience de faire les choses plus proprement est heureusement apparue. Il faut trouver des solutions pour l’approvisionnement et l’évacuation des eaux. C’est un sujet intéressant, passionnant et surtout essentiel. »
L’eau, Yves Meulien en parle comme un militant écologiste sur le pied de guerre. Avec la même passion, mais sur un ton plus raisonné. « L’eau, on la consomme et on la rejette dans la nature, point à la ligne. Et on a fait comme ça pendant des siècles. On croyait que c’était un élément naturel inépuisable, mais on se trompait. On se rend compte aujourd’hui qu’il est de plus en plus difficile d’en trouver pour la consommer, et qu’il est de plus en plus désastreux de la rejeter n’importe comment, n’importe où. On sait aujourd’hui que l’eau du robinet est loin d’être pure et on a inventé des systèmes et des méthodes pour la purifier. »
« L’eau, on la consomme et on la rejette dans la nature, point à la ligne. Et on a fait comme ça pendant des siècles. On croyait que c’était un élément naturel inépuisable mais on se trompait »
Comme les eaux pures vendues en bouteilles dans le commerce ? « Ce n’est pas tout à fait ça. Les eaux en bouteilles sont des eaux clarifiées, des eaux filtrées, pas des eaux purifiées. » Les eaux vendues comme provenant de sources ne seraient donc pas pures ? « Non, elles ne le sont pas. De nombreuses études récentes, surtout américaines, démontrent que l’eau en bouteille n’est pas forcément meilleure que l’eau du robinet. On peut y trouver des traces de pesticides, de médicaments, de chlore ou d’aluminium, qui sont utilisés dans certaines usines de traitement de l’eau. Or, la médecine a démontré que la concentration d’aluminium dans le cerveau peut contribuer à certaines pathologies comme la maladie d’Alzheimer. Nous sommes malades de ce que nous mangeons et de ce que nous buvons. Il y a de plus en plus un « mal vivre » à cause de ce qu’on ingurgite. » Mais à force de consommer l’eau du robinet, l’être humain n’est-il pas immunisé contre ses mauvais effets ? « Nous ne le sommes pas vraiment. Quand on change de pays ou de région, on peut tomber malade à cause de l’eau. Chez nous, on supporte plus facilement la pollution qu’ailleurs mais la qualité de l’eau du robinet à Maurice laisse à désirer, et celle vendue en bouteille est loin d’être tout à fait pure. »
C’est à ce niveau qu’intervient Yves Meulien. Avec deux associés, il a créé à Maurice la société BYM Waters, qui commercialise PUR, un appareil qui, affirment ceux qui le vendent, « est un purificateur de l’eau qui supprime toute trace de produits que contient l’eau (…) et qui nous empoisonnent à doses infinitésimales au quotidien ». C’est, explique notre interlocuteur, « un produit qui existe depuis 1998, qui n’est pas d’origine chimique mais basé sur deux éléments 100% naturels : le carbone produit à partir du charbon de bois, et l’argent pur ». « Le charbon filtre très bien l’eau mais retient les bactéries qui se redéveloppent, et il faut sans arrêt le remplacer. Les propriétés purificatrices de l’argent sont connues depuis la nuit des temps. Les Romains, par exemple, l’utilisaient, et plus près de nous, Louis Pasteur a découvert ses propriétés bactéricides. Avant 1998 et malgré plusieurs tentatives, personne n’avait réussi à allier l’argent et le charbon. C’est désormais possible : la nouvelle technologie de plasma et la nanotechnologie ont permis de mettre l’argent sous forme d’atome avec le carbone. Ces atomes d’argent sont ensuite collés sur le charbon. Ce produit est fabriqué par une entreprise française qui a toutes les autorisations nécessaires en France pour produire de l’eau à boire. »
Dans la mesure ou tous ses produits de base sont d’une grande pureté, et avec l’utilisation de technologies hyper sophistiquées, cet atome d’argent collé sur du charbon ne coûte-t-il pas le prix de l’or aux consommateurs ? « C’est vrai que le procédé scientifique est coûteux. Mais le produit fini, une poudre que l’on installe dans un appareil à filtrer, ne coûte pas aussi cher que ça dans le temps. Le modèle de départ d’un litre – l’appareil et le produit, avec une durée de vie de trois ans – ne coûte que Rs 50 000. » Ce système a-t-il été scientifiquement et médicalement testé ? Oui, répond son promoteur à Maurice. Il l’a été par les autorités françaises compétentes en la matière, qui lui ont donné une certification « NSS ». L’adaptation de l’appareil de purification au système de distribution d’eau d’une maison ou d’un appartement est d’une grande simplicité : le cylindre en inox alimentaire, qui contient le filtre et le produit, est installé sur l’arrivée d’eau et fonctionne sur sa pression pour filtrer l’eau et l’envoyer dans le système de distribution.
Mais si le système est aussi efficace que son promoteur l’affirme, pourquoi n’a-t-il pas été adopté par les entreprises qui gèrent et distribuent l’eau à travers le monde, dont celles qui produisent l’eau vendue en bouteilles ? « L’eau est aujourd’hui un enjeu économique, une énorme source de profit pour d’immenses compagnies. Les enjeux sont trop importants pour que les grandes entreprises qui ont lourdement investi dans certains systèmes et installations s’intéressent à d’autres. Leur matériel technologique et technique leur a coûté des milliards en investissements, et ceux qui les fabriquent n’ont aucune intention d’abandonner le marché. C’est pour cette raison que l’appareil que nous proposons n’a pas eu le succès qu’il méritait au niveau des grands groupes, mais il commence à se faire connaître au niveau individuel. Au fur et à mesure, les gens commencent à comprendre la problématique de l’eau : aussi bien sa qualité que sa rareté, sa distribution que son rejet après avoir été utilisée. Cela prend du temps, et à Maurice un peu plus qu’ailleurs. Car ici, tout le monde se dit très intéressé par le problème de l’eau. Mais on peut toutefois se demander si c’est sa qualité ou son approvisionnement qui les intéresse. On oublie de se poser des questions aussi importantes que celle-ci : quelle est la qualité de l’eau que l’on distribue par citernes dans certaines régions de Maurice ? »
« La qualité de l’eau du robinet à Maurice laisse à désirer, et celle vendue en bouteille est loin d’être tout à fait pure »
Yves Meulien est convaincu que, par la force des choses, les Mauriciens seront de plus en plus concernés par le problème de l’eau qui « n’est ni très très chère, ni très pure ici », mais cela ne durera pas longtemps. Dernière question : pourquoi lancer cet appareil à Maurice, sur un marché relativement petit ? « C’est ma manière de contribuer, à mon modeste niveau, au développement du pays où je vis désormais. C’est ma manière d’aider à améliorer les conditions de vie. Je suis conscient de ne pouvoir changer le système de distribution d’eau pour les raisons que je vous ai expliquées. Mais au moins, je peux aider à purifier un petite partie de cette eau. »