A été lancé il y a quinze jours au Café Philo, Humeirah, roman ayant pour sous-titre « A story of existence, beauty and wisdom », écrit par Sabah Carrim. Cette mauricienne est une enseignante spécialisée en droit international, par ailleurs passionnée de philosophie, qui vit et travaille en Malaisie. Voici le portrait de cette jeune femme qui, sous des dehors de mannequin, réfléchit comme une philosophe et nous propose sa vision de la situation en Malaisie.
Après sa HSC au collège Lorette de Port-Louis, Sabah travaille quelques temps comme journaliste, puis comme enseignante pour les émissions du Mauritius College of the Air à la télévision. Elle entreprend ensuite des études en droit en Malaisie. Après avoir obtenu son premier diplôme, elle décide de poursuivre ses études dans le même pays, pour faire une maîtrise en droits de l’homme. Pardon, pour faire une spécialisation sur les droits de l’homme en Malaisie, pays qui est loin d’être un modèle de respect des droits démocratiques ! Ce pays accepte-t-il qu’on enseigne les droits de l’homme dans ses universités ? « Contrairement à ce que son passé peut laisser croire, la Malaisie est un pays très intéressant au niveau du droit. Si on compare la situation à ce qu’elle était il y a dix ans, le pays a beaucoup changé. Avant, sous l’Internal Security Act, on ne pouvait pas, par exemple, faire de comparaison entre la Constitution malaisienne et celles d’autres pays de la région et, encore moins, celles des pays européens. Les choses ont évolué avec un changement de pouvoir. Le pays est dirigé aujourd’hui par une coalition des trois partis de l’ancienne opposition. Au niveau des médias, ce n’est plus un monopole détenu par la presse du pouvoir, mais il y a une ouverture pour ce que l’on appelle là-bas les « alternative medias », qui sont très lus par les Malaisiens. Au départ, je ne pensais pas que j’allais rester. Je l’ai fait parce que je voulais continuer mes études et que c’était facile de le faire là-bas. Ensuite, parce que la société malaisienne a beaucoup de choses en commun avec la société mauricienne. Finalement, parce qu’au niveau politique, beaucoup de choses nouvelles – qui m’intéressent – se passent en Malaisie, que je pouvais les intégrer à mes études en philosophie et que, je vais sans doute vous étonner, je me sens très libre en Malaisie. »
A-t-elle donc, en tant qu’expatriée, un traitement différent, ou privilégié, par rapport aux Malaisiens ? « Non, on ne peut pas dire ça. On laisse tranquille les expatriés s’ils n’interfèrent pas directement dans la politique. » Serait-elle une prof de droits humains contente d’avoir un traitement différent des simples citoyens ? Un comportement que l’on pourrait qualifier de politically correct ? « Il faut faire attention et respecter les lois du pays dans lequel vous avez choisi de vivre. Mais respecter les lois ne veut pas dire ne pas discuter de leur bien fondé, les analyser de façon critique. C’est ce que je fais dans mes cours. Il me semble que la réalité malaisienne n’est pas très connue à Maurice. Elle est en pleine évolution et il y a énormément de mouvements pour la liberté d’expression, plus particulièrement au niveau de la presse, qui existent et qui sont très vivants. La Malaisie est actuellement à un tournant pacifique de son évolution politique. Je participe, à ma manière et de la place où je suis, c’est-à-dire celle d’une enseignante étrangère, à cette évolution. Je ne dis pas que le système malaisien est parfait, mais son évolution est intéressante. Je vis une période passionnante : je suis témoin d’une évolution sociale et politique qui semble indiquer, à condition qu’on y mette les éléments nécessaires, qu’un changement de société est possible. J’étais auparavant sceptique sur cette évolution, mais les choses sont en train de se mettre en place. Il y a eu en Malaisie, au départ, un régime démocratique qui a été remplacé par un régime musulman par la suite. Et depuis les dix dernières années, les choses sont en train d’évoluer, les mouvements de protestation et de contestation sont de plus en plus actifs et suivis par les jeunes. Aujourd’hui, on critique publiquement le gouvernement et ses actions. Le débat démocratique existe en Malaisie mais on n’en parle pas. C’est un peu comme le problème palestinien : on n’a qu’une version du problème et ce n’est qu’en allant sur place ou qu’en ayant accès à d’autres sources d’information qu’on découvre l’autre version et la réalité. L’image que l’on a de la Malaisie dans le monde et à Maurice ne reflète pas forcément sa réalité d’aujourd’hui. »