Sanjeet Boolell est un jeune homme discret, de tradition et d’avant-garde, qui a cette façon d’éveiller l’imagination par le biais du vêtement. Il est des mots qui résument le sens de ses créations : Why not ? Respecter les particularités, unir le dynamique, le corps, l’espace et la matière. Sanjeet fait partie d’une nouvelle génération de créateurs qui bousculent les clichés et dont le credo est discrétion, efficacité et savoir-faire. Les aurores boréales ont frappé son imaginaire et en feront son plus beau spectacle pour sa troisième collection prévue avant la fin de l’année 2012. Ses créations, structurées ou déstructurées mais fortes visuellement, suscitent l’engouement des femmes. Le couturier mauricien se partage entre sa ligne éponyme et l’enseignement. En attendant son show inspiré par l’univers du cosmos (aurores boréales), Sanjeet Boolell nous parle des notions d’audace, d’épure, de portabilité et de son désir d’une visibilité internationale.
Il s’est hissé à un très bon niveau avec ses deux premières collections (robes de soirées aux coloris noirs, gris, rose saumoné, présentées en Inde) puis des vêtements plus structurés, des combinaisons monochromes. « Et le meilleur est à venir », dit-on.
Comme un désir d’union entre ses deux collections et un désir d’unir le corps et l’espace, la matière et la non-matière, la troisième collection de Sanjeet Boolell s’inspire du spectacle de l’aurore boréale. Le jeune homme veut évoquer à travers ses vêtements la lumière, l’air, l’ère spatiale. Dix-sept pièces haute couture (robes, pantalons, bustiers, tailleurs) forment partie de la nouvelle collection. Des rivières de soie sauvage, crêpe de soie, satin stretch et autres matières nobles coulent jusqu’au chevilles. Les vêtements frôlant l’air alentour. Des vêtements qui se déclinent dans toutes les tonalités : turquoise, menthol, rouge vif, noir. Si les structures sont fortes et présentes, elles épousent la silhouette et doivent donner une sensation de bien-être dans le mouvement. Le but étant que la femme qui aime l’art puisse compléter sa garde-robe par une pièce haute couture, explique le couturier. Sanjeet laisse percevoir un concept qui traduit le rythme de la vie. Désormais, l’inventivité, l’inattendu dérèglent les habitudes dans la mode. Le jeune créateur crée selon ses humeurs, ses rencontres, ses voyages à travers le monde. Il réalise un travail strictement personnel, bannit les a priori au profit d’une infinité de sens, laisse libre cours à des élans insolites. Sanjeet nous donne un avant-goût en images d’une collection qui devrait ouvrir l’appétit. Rendez-vous dans quelques semaines.
C’est à Melbourne et à Milan qu’il découvre la mode. Après trois ans d’études à Melbourne, en Australie, Sanjeet Boolell poursuit à Milan une formation axée sur la technique qui lui permet d’obtenir une Maîtrise en Fashion Design. Il explore ce qu’il appelle le côté indépendant de la mode pour élargir ses contacts, faire des expérimentations, voir comment son art se construit. De retour à Maurice, il est engagé par différentes boîtes, lance ses deux premières collections et travaille sur son label, qui se concrétise aujourd’hui, de même que son atelier à Curepipe. Du point de vue esthétique, il décline dans ses deux premières collections couture le noir, le gris, le vert pomme, puis le gris, le noir nuancés par un rouge sang. Il manipule les découpes dans le voilage, déforme les matières, privilégie la forme verticale. Son style sans cesse renouvelé avec cette façon d’imposer une vision poétique dans le thème et dans la structure verticale et la matière du vêtement.
Le compte rendu d’une création. Quelles sont les voies adoptées par les stylistes-créateurs-couturiers ? Sanjeet définit le mouvement de son travail. Il commence par un « mood board » qui va définir l’ambiance de la collection : les couleurs, le style. Là, les notions de concept, silhouette, triangle, wide, prennent sens. On définit aussi le choix des matières. « Ça fait comprendre au client la cohérence du concept… « , nous dit le couturier. Il y a ensuite d’autres étapes très techniques telles le « color chart » (pour l’image visuelle), le « fabric chart » où sont présentés tous les échantillons, les détails de la collection, le « print chart » (impression sur tissu réel). Après le « trim chart » (front, back views, layout), il y a le « catwalk row », qui offre une vue d’ensemble. C’est en quelque sorte le « collection book » du designer. Voilà grosso modo ce qui relève du travail sur papier. Tout cela est présenté à une équipe de patronniers et aux autres personnes impliquées dans la fabrication d’un vêtement. Le designer supervise la collection. Voilà le territoire secret qui abrite la collection et s’adresse au regard et au toucher.
Dans quelques temps, Sanjeet Boolell nous dévoilera sa nouvelle collection où le court, le long, le structuré, le déstructuré, le minimal cohabitent et s’unissent. Le couturier avoue qu’un designer doit être inspiré par tout ce qui l’entoure. Une des raisons qui expliquent qu’il a choisi d’exploiter les richesses du cosmos, de la braise et des esprits. Sanjeet décrypte une saison faite de robes de soirée, de « l’urban chic », comme il le dit. C’est peut-être à ce moment-là qu’il se confrontera à d’autres couturiers de sa génération avec son label « Sanjeet Boolell » et aura cette visibilité internationale qu’il mérite.