Sarah Sylva fait partie des sportifs à l’honneur en juillet dernier lors des Jeux de la Francophonie qui se sont tenus à Abidjan en Côte d’Ivoire. La jeune judokate, qui a connu des hauts et des bas, avait même songé abandonner le sport à un moment donné. Mais grâce à sa mère et à ses paroles d’encouragement, elle se dit aujourd’hui plus motivée que jamais à poursuivre sa carrière.
Ses débuts
Sarah Sylva, 23 ans, fait partie de ces jeunes vivant dans les faubourgs — elle habite Ste Croix — qui, malgré les difficultés de la vie, continuent de se battre pour un objectif. Dans son cas, c’est pour atteindre les sommets sportifs. Alors qu’elle n’est âgée que de six ans, son père lui fait découvrir le monde du judo. « Très jeune, mon père a vu l’énergie que je dégageais et a voulu que j’intègre le Ste Croix Judo Club afin de mieux la canaliser. Je suis restée au club jusqu’à l’âge de 12 ans », souligne la judokate.
En 2007, elle participe à sa première compétition internationale à l’île de la Réunion, où elle décroche la médaille d’argent en -52 kg. « Malgré la défaite contre une Malgache, j’ai vraiment apprécié cette compétition. » Aux  Jeux des îles qui se tiennent aux Seychelles en 2011, elle entre dans l’histoire du judo local car, à seulement 17 ans, elle devient la plus jeune judokate à remporter la médaille d’or.
« En apprenant ma sélection pour ces Jeux, je me suis dit : Ça passe ou ça casse, mais que je dois retourner au pays avec une médaille ! Je remporte mon premier combat face à une Réunionnaise qui faisait partie du Pôle Espoirs en France depuis deux ans, mais je ne me suis pas laissé intimider. Le déclic est venu lors de mon deuxième combat face à une Malgache où, après l’avoir battue, j’étais confiante de pouvoir ramener la médaille d’or à la maison. Et par la suite, en finale, j’ai battu la Seychelloise. Je n’étais pas consciente d’avoir gagné jusqu’au retour au Village des Jeux, où la j’ai reçu la médaille d’honneur de la part du ministre. »
Après les JIOI 2011, elle enchaîne les voyages et les compétitions, notamment les Jeux d’Afrique, où elle prend la cinquième place, et les Jeux du Commonwealth en 2014, où elle finit septième. Les JIOI 2015 étaient un défi à relever car elle devait remettre son titre en jeu. « Ces Jeux n’étaient pas évidents car un mois avant l’événement j’avais eu un abcès au bras. La douleur était tellement forte que je ne pouvais même pas mettre mon kimono », indique-t-elle. Néanmoins, elle prend la médaille d’argent en individuel, mais s’offre l’or en équipe. « L’objectif était de décrocher l’or en équipe, car depuis 2003, Maurice n’avait pas eu de médaille d’or par équipe au niveau des filles. En finale, on a battu la sélection réunionnaise 3-2 », se remémore-t-elle.
Les larmes…
Cependant, son parcours n’a pas toujours été un long fleuve tranquille. En 2016, la Port-Louisienne a été écartée de la sélection pour les Championnats d’Afrique, ce qui a créé une vague de polémique. « Certains disent que j’étais blessée et que c’est cela qui m’a coûté ma place, alors que j’étais guérie de cette blessure un mois et demi avant cette compétition. Pour ceux qui sont partis, il y en a qui étaient blessés et je n’ai pas apprécié que l’on m’ait caché les raisons de ma non-sélection. »
Elle estime que c’était le choix des entraîneurs de ne pas l’inclure dans le groupe. « Ce sont les entraîneurs qui décident de ceux ou celles qui doivent participer aux compétitions. Par la suite, une lettre est envoyée au ministère pour approbation. Mon nom n’était même pas sur la liste, alors qu’aux entraînements j’avais prouvé que j’étais la meilleure dans ma catégorie », regrette-t-elle.
Cette non-sélection lui est restée en travers de la gorge. « C’était difficile pour moi de voir une équipe partir, je m’entraînais seule, parfois en larmes, mais cette décision de certains entraîneurs n’a fait que décupler ma motivation dans un premier temps. » Puis vient un moment de découragement. Durant cette période sombre, la judokate peut compter sur le soutien de sa mère, Mylaine, pour qui abandonner n’est pas une solution. « Je voulais raccrocher mais maman a trouvé les mots justes afin que je continue. Elle m’a dit qu’il ne fallait pas arrêter, qu’importent les épreuves. Donc, si je suis toujours là, c’est grâce à elle », déclare-t-elle les larmes aux yeux.
Les études
Bénéficiaire de l’assistance du Trust Fund for Excellence in Sports (TFES) depuis l’âge de 14 ans, Sarah Sylva opte en 2015 pour des études en éducation physique au Mauritius Institute of Education. Elle est actuellement dans l’attente de ses résultats. « Ça a toujours été mon ambition d’être professeur de sport. Mais j’avoue que ça a été difficile car je devais gérer les cours et mes entraînements. Je sortais de la maison à 5h du matin pour y revenir à 22h, ce n’était pas évident. En plus de cela, à l’université, j’ai dû apprendre d’autres disciplines sportives, alors que moi, je ne connaissais que le judo. » Pour la jeune judokate, ce n’était pas en athlétisme ou en natation qu’elle a eu le plus de difficultés, mais dans le maniement de la raquette et de la petite balle blanche. « Généralement, en judo, on utilise notre force, alors qu’au tennis de table ça demande plus de maîtrise. »
Mais c’est bien sur le tatami qu’elle est dans son élément. « La lionne a rugi », nous dit-elle, toute souriante. En effet, aux Jeux de la Francophonie en juillet dernier, elle réussit l’exploit de récolter la médaille de bronze dans la catégorie -57 kg. « Oublier le passé et avancer. C’est ce que ma mère m’a conseillé de faire. À ces Jeux, je devais ramener une médaille pour elle. Et j’y suis parvenue. J’ai su canaliser ma colère. Mes prochains objectifs sont une participation aux Jeux du Commonwealth en 2018, l’or aux Jeux des îles 2019 et participer aux Jeux Olympiques de 2020 », indique-t-elle.
« Je souhaite remercier ma mère, mes entraîneurs, le TFES, et le ministère de la Jeunesse et des Sports et tous ceux qui m’ont encouragée lors de mon parcours », conclut-elle.