Satya Gupta est le fils unique de Veena Dyall et de Nitish Gupta, deux lauréats de la bourse d’Angleterre qui se sont rencontrés pendant leurs études universitaires, à Londres. Né et élevé en Grande-Bretagne, Satya n’a fait qu’un bref séjour à Maurice alors qu’il était enfant. Ce n’est que depuis quelques années qu’il passe régulièrement l’essentiel de ses vacances scolaires à Maurice chez ses grands-parents. Est-ce que le fait d’être fils unique de deux lauréats a eu un impact sur ta vie scolaire ? «Of course ! Pour mes parents, l’éducation est une valeur fondamentale, primordiale. Cette manière de penser existait déjà chez mes grands-parents maternels qui ont eu plusieurs enfants lauréats. J’ai été élevé dans cette tradition et ma mère veillait à ce que les devoirs soient faits et les leçons bien apprises. Mon père qui est médecin, partageait ce point de vue. Pour le cycle primaire, je suis allé dans une école publique où il y avait beaucoup d’enfants d’immigrés, dont un Dallon — un Seychellois —, quiest mon meilleur ami. Puis, pour les études secondaires, mes parents ont décidé de m’envoyer dans une boarding school. C’est un collège avec des étudiants majoritairement anglais et des professeurs de très haut niveau.» Est-ce que le fils et neveux de lauréats aimait l’étude ?«Oui, j’ai toujours aimé apprendre, comprendre, découvrir. Mais à un moment donné, j’ai commencé à faire du sport pour échapper un peu aux livres et aux manuels scolaires. A l’adolescence, j’ai eu envie d’utiliser mon énergie naturelle de manière beaucoup plus physique. J’ai fait du foot, de l’athlétisme et puis j’ai découvert, par hasard, l’escrime parce que j’avais les qualités physiques nécessaires : je suis grand, avec de longs bras et de longues jambes proportionnellement à mon corps. Ces qualités m’ont permis de devenir rapidement un bon escrimeur, ce qui m’a encouragé à persévérer.»Avec l’accord des parents ? «Au départ, ils ont moyennement apprécié que je fasse du sport parce qu’ils avaient été élevés à bien utiliser l’essentiel de leur  temps. Mes parents, surtout ma mère, ont changé d’avis quand ils ont découvert que la pratique de l’escrime pouvait m’apprendre à mieux me concentrer et gérer mon temps. Comme j’avais un bon niveau, j’ai été autorisé à pratiquer ce sport presque comme une matière au secondaire».Quel était le rêve professionnel de Satya : footballeur, acteur ou rock star comme la majorité des adolescents ? «Pas du tout. Ce qui ne veut pas dire que je n’appréciais pas le foot, la musique, le cinéma et toutes les autres choses qui passionnent les ados. Mais j’ai eu la chance d’avoir au primaire, un excellent professeur d’histoire qui m’a donné le goût de cette matière. Je rêvais d’écrire des livres dans ce sujet, de l’enseigner.» A dix-huit ans, après ses études secondaires, Satya postule pour aller poursuivre ses études à l’université d’Oxford. C’était une étape normale dans le parcours ? «Je crois que tous les étudiants qui aiment l’étude souhaitent pouvoir aller à Oxford. J’ai fait ma demande d’inscription, mais j’avais un peu peur de ne pas correspondre à l’image que l’institution se fait d’un futur élève. Même si l’Angleterre est un pays très ouvert,  il y reste quand même des endroits traditionnellement réservés aux Anglais de souche et Oxford en fait partie. C’est une institution où le moindre détail compte dans la vie quotidienne. Quand on rentre dans la salle à manger, il y a des portraits des précédents élèves et aucun ne me ressemblait. La majorité des élèves avaient des pères, des frères ou des oncles qui avaient fait leurs études à Oxford et connaissaient donc les us et coutumes de l’université, moi j’ai dû tout apprendre.  J’ai pris du temps pour m’adapter à ce nouvel environnement et trouver ma place et je crois que le fait de pratiquer l’escrime a joué un rôle dans mon admission à Oxford.»Est-ce que cette vénérable institution pratiquerait la méthode des quotas au niveau sportif ? «Pas du tout. Mais le fait de pratiquer un sport – qui plus est un sport dit noble – à un niveau supérieur est un plus en Angleterre. Je ne pense pas que j’aurais été accepté à Oxford si je ne faisais pas d’escrime. Je ne dirais pas que n’importe quel escrimeur serait admis, mais le fait de pratiquer ce sport a été un plus dans mon dossier, en sus de mes résultats scolaires. Jel’ai senti lors de mes différentes interviews avant que ma candidature soit acceptée.»Au  cours de ses études pour l’obtention d’un degré, Satya se penche plus spécifiquement sur l’histoire de la seconde génération des immigrants en provenance des pays du Commonwealth à Londres aux cours des années 50 à 70 du siècle dernier. «Je veux parler des citoyens de l’ancien empire britannique qui ont émigré en Angleterre, plus précisément à Londres à la veille des indépendances. Des gens venant des quatre coins dumonde et dont le seul point commun était la langue anglaise. Des gens qui ont fondamentalement changé Londres à tous les points de vue. A tel point que l’on peut dire que quelque part ses colonisés ont colonisé la capitale du pays des colonisateurs, dans le bon sens du terme en lui apportant leurs différences et leurs richesses culturelles.»Satya va poursuivre l’étude de cette période de l’histoire d’Angleterre pendant son Masterqu’il va commencer à Londres, à la rentrée, et qui va lui permettre d’obtenir son diplôme à Oxford. Pour faire quoi, après ?«J’aimerais travailler dans une université, mais dans un premier temps je crois que je vais faire des rechercheset publier quelques ouvrages ?»
Revenons à l’escrime que Satya à continuer à «étudier» à l’université, pratiquement comme une deuxième langue. Quelles sont les qualités nécessaires pour pratiquer ce sport à un haut niveau ? «Pour devenir un bon escrimeur, il faut maîtriser plusieurs dimensions. On surnomme ce sport les échecs physiques parce qu’il exige une dimension mentale très importante. Il faut maîtriser le mental, être capable de faire preuve de tactique, de stratégie en sus d’avoir d’excellentes conditions physiques. L’escrime m’a aidé dans mes études au niveau de la concentration, de la confiance en soi, de la capacité de me focaliser sur un sujet précis.»Qu’est-ce qui est le plus dur dans ce sport quand on le pratique à un haut niveau, tout en poursuivant des études universitaires ?«Le plus dur, c’est le time management  Quand je suis en entrainement, je me lève à six heures, fais deux heures d’entraînement, ensuite je prends une douche, je mange quelque chose et je me rends à la bibliothèque pour des recherches et du travail d’équipe jusqu’au déjeuner. Dans l’après-midi, j’ai des cours,puis deux heures d’entraînement, puis réétudes, dîner et coucher.»Mais ces longues heures d’entrainement donnent des résultats puisqu’à l’âge de 16 ans. Satya Gupta est classé deuxième dans la catégorie des escrimeurs de moins de 18 ans dans le championnat britannique. «J’ai fait partie de l’équipe britannique des moins de vingt ans et j’ai fait très bien. Quand je suis arrivé à l’âge d’entrer dans l’équipe des seniors, on m’a offert la possibilité d’entrer dans l’équipe mauricienne d’escrime et de représenter ses couleurs dans les compétitions internationales. J’ai accepté avec fierté, parce que je suis né de parents mauriciens. Depuis j’ai pris part, sous les couleurs de Maurice, à une dizaine de compétitions internationales à travers le monde au cours des trois dernières années. Dans les compétitions on ne paye pas le déplacement et l’inscription et mais je me débrouille pour l’hébergement et le reste. Cela me permet de me frotter aux meilleurs de la discipline et donc de continuer à apprendre, à m’améliorer.»En septembre, Satya va commencer ses cours pour son Masteren histoire et reprendre son entraînement d’escrimeur pour aller défendre les couleurs de Maurice dans les compétitions internationales. Est-ce que Maurice peut oser rêver d’obtenir un jour une médaille de bronze dans une compétition internationale ? «Mon objectif est de me qualifier pour les JO de 2016, de Rio. J’ai été à deux places d’être qualifié pour participer aux derniers JO de Londres. Je serais qualifié pour Rio si je remporte une médaille dans une des compétitions auxquelles je vais prendre part dans l’avenir. Je pense que je peux le faire et ceux qui suivent mon parcours dans le monde de l’escrime disent que j’ai une forte chance d’être qualifié. Je vais travailler dans ce sens.»Qu’est-ce qui est plus excitant : remporter une médaille dans une compétition internationale ou un diplôme à Oxford ? «Satya sourit et prend le temps de réfléchir avant de répondre.»Bonne question. Remporter une médaille c’est une émotion physique intense eten plus le tout se passe dans un court laps de temps, mais c’est une émotion comparable que l’on ressent après avoir bien étudié pour son diplôme. Cependant, l’excitation en sport quand on est le meilleur d’une compétition est beaucoup plus forte au niveau émotionnel.»Est-il plus important de remporter une médaille aux JO que de terminer un Masteren histoire ? «Mais vous oubliez une autre option : remporter les deux ? Mon rêve est de remporter des médailles internationales en escrime et de pouvoir écriredes livres d’histoire, faire des travaux de recherche et d’enseigner cette matière à Oxford.»