« C’est un don de Dieu. On n’achète pas cela ! » C’est ce que nous répond Soeur Bernardine quand on lui demande ce qui explique sa lucidité à 100 ans. De son vrai nom Micheline Mikale, la religieuse du Bon et Perpétuel Secours, qui a soufflé ses 100 bougies le 7 juin, a commencé à enseigner à l’école Bon Secours de Curepipe à l’âge de 16 ans avant d’entrer au noviciat à 20 ans. Pourquoi avait-elle à l’époque décidé de se faire religieuse ? Pour toute réponse, elle dira : « Le Seigneur m’a demandé mes 20 ans. » Et il l’a récompensée au quintuple aujourd’hui en lui accordant 100 ans… Rencontre avec cette gaillarde centenaire qui a fait de Dieu le centre de sa longue vie.
À la Communauté des Soeurs Âgées, de la Congrégation des Soeurs de Charité de Notre-Dame-du-Bon-et-Perpétuel-Secours, Rose-Hill, Soeur Bernardine a pris sa retraite. Depuis environ trois ans, elle a subi une amputation des jambes et est alitée. Mais cet handicap physique, couplé au grand nombre des années, n’ont su en rien altérer la jeunesse de son esprit. Alors qu’on espérait la voir accompagner d’une autre religieuse pour l’aider dans l’entrevue, pensant qu’elle aurait peut-être des difficultés à entendre, à comprendre ou à se souvenir de certaines choses, c’est toute seule que Soeur Bernardine accueille nos questions. Et en toute sérénité.
La religieuse jouit d’un sens de l’ouïe et de la vue semblables à ceux d’une jeune de 20 ans. Comme pour nous le prouver, sans lunettes, elle jette un regard à travers la fenêtre pour nous lire fièrement une inscription sur la devanture d’un commerce à quelque 200 mètres de son lit… Et alors qu’on aurait tendance à hausser légèrement la voix, par peur que nos paroles ne soient pas bien audibles pour une centenaire, la célérité avec laquelle elle répond à nos questions vient nous prouver le contraire. « 76 ans de vie religieuse ! » nous répond-elle, sans réfléchir, lorsqu’on cherche à savoir combien de temps elle a été soeur.
À l’âge de 16 ans, Soeur Bernardine commence à enseigner aux petits du primaire. Elle débute à Curepipe et sera par la suite mutée dans diverses écoles du Bon et Perpétuel Secours, dont celle de Saint-Paul, de Belle-Rose, de la Montagne des Signaux, de Rose-Hill, de Poste-de-Flacq et de Chemin-Grenier. « Cela a été une grande joie pour moi d’enseigner car les élèves, garçons et filles, étaient très dociles. Un de mes élèves, qui a aujourd’hui 67 ans, est venu me rendre visite. Certains sont devenus profs, d’autres managers ou médecins… ». À 20 ans, Micheline Mikale décide d’entrer au noviciat. « Mais j’ai dû attendre un peu car, à l’époque, on n’était pas majeur avant 21 ans. » Elle continuera à enseigner jusqu’à l’âge de 60 ans.
Friande de lecture et avide des nouvelles de la société à côté de la Parole de Dieu et de la prière quotidienne, Soeur Bernardine dit écouter tous les matins la radio. Elle se désole d’apprendre qu’il y a des drames dans les familles. « J’ai beaucoup de chagrin par rapport à tous ces drames. Je prie pour toutes ces familles », dit-elle, chapelet en main. Ce qui manque, selon elle, c’est « une bonne éducation dans la famille dès le jeune âge, et qui marque les enfants ». Pour elle, « le plus grand des trésors », c’est bien « la paix avec son prochain et avec Dieu ».
Soeur Estelle, responsable de la Communauté des Soeurs Âgées, a cette anecdote à nous raconter : « Avant-hier, la veille de son anniversaire, on essayait de monter la tente pour la fête et le temps était pluvieux. Mais le jour de son anniversaire, on a eu du beau temps ! » Encore une grâce de Dieu aux yeux de Soeur Bernardine. A l’occasion de son anniversaire, proches et autres connaissances sont venus en nombre se réjouir avec elle à Rose-Hill. La nouvelle inscrite au club des centenaires a reçu une médaille du ministère de la Sécurité sociale ainsi qu’un fauteuil roulant, un four à micro-ondes et un téléphone. La présidente de la République lui a même offert une couette. « Quand on me demande comment j’ai fait pour être aussi lucide à 100 ans, je réponds qu’il faut prier l’Esprit Saint ! ».