Très mauvaise élève au collège, comme elle s’en souvient elle-même, Stéphanie Bell décide, à l’âge de 15 ans, de mettre fin à sa scolarité. Même si à l’époque, pour ses parents, terminer le collège sans le HSC en poche était inconcevable, l’adolescente ne pouvait se permettre « de leur faire payer mes examens dans le vide. Mes résultats étaient très médiocres ». Elle savait donc que le collège n’était pas fait pour elle. C’est ainsi qu’elle intègre la Maison familiale rurale du Nord à 16 ans, sans même son SC. Aujourd’hui, grâce à celle-ci, Stéphanie Bell mène une vie épanouie en travaillant comme opératrice administrative à Editiel. « Réussir, pour moi, c’est avoir trouvé sa voie. Et, j’ai trouvé la mienne. J’ai prouvé qu’on peut y arriver ! »
Une assurance totale se dégage de sa voix. Le ton est posé. Les mots sont parfaitement articulés. On a affaire à une vraie professionnelle. Lorsqu’on l’appelle pour prendre un rendez-vous, on éprouve un moment de doute. Est-ce bien la personne à qui l’école n’a pas réussi, se demande-t-on. « Autrefois, je n’osais pas affronter les gens. Aujourd’hui, c’est avec plaisir que je parle aux autres », nous explique Stéphanie Bell, en acceptant de répondre à nos questions. « La MFR m’a aidée à avoir cette confiance totale en moi-même. Le nom même du centre, Maison familiale rurale, vous dit que c’est une famille qui est là pour vous aider et comprendre ce qui ne va pas. On m’a accordé beaucoup de temps, on a voulu me comprendre et on m’a aidée à savoir ce que je voulais dans la vie. Pas comme un établissement scolaire où on est appelé à suivre des règles et des rythmes précis ». Avec le recul, elle dit avec évidence : « Le système éducatif valorise trop le côté académique. On ne cherche pas à savoir si un type d’études ou de formation vous convient alors que ce qui compte, c’est aussi la personnalité, les centres d’intérêt de l’élève. À la MFR, au contraire, on tient compte de tout cela. »
Revenant sur ses années au collège Merton, à Pamplemousses, Stéphanie Bell nous raconte à quel point elle n’arrivait pas à se retrouver dans cet environnement. « Je détestais le collège. Je m’ennuyais. Mes résultats étaient loin d’être brillants. Je voulais apprendre un métier ». C’est ainsi qu’à seize ans, elle se décide à abandonner les études classiques. Une nouvelle qui est difficilement accueillie par ses parents. Elle s’inscrit « sans trop savoir pourquoi » à la MFR. « Une fois là-bas, je me suis demandé ce que j’allais y faire. Le centre ressemblait plus à une maison, à une famille ». Mais, après six mois de formation, la MFR, sentant que la jeune fille était davantage portée vers les métiers de secrétariat et de réceptionniste, lui trouve un stage au groupe Beachcomber, à Curepipe. « J’ai fait un an là-bas. J’envoyais des fax, je répondais au téléphone, je classais les documents et je remplissais des chèques, bien sûr sans les signer ». Au terme d’une année de stage au sein de ce groupe où elle aura appris à gagner en maturité et à bien parler, les choses commencent à se préciser pour elle. Elle veut bien faire un métier pareil. La MFR lui trouve donc un deuxième stage, de six mois cette fois, à Toyota Mauritius. « J’étais réceptionniste et je dirigeais à la fois les clients tout en répondant à leurs demandes. C’était très intéressant et travailler parmi toutes ces belles voitures m’a fait rêver. Aujourd’hui, j’ai pu avoir mon permis de conduire et d’ici un an, je suis sûre, j’aurai une voiture devant ma porte et je la conduirai ».
Élocution aisée
Pour Stéphanie Bell, c’est grâce également à ces stages, qui l’ont mise en contact direct avec les clients, qu’elle a aujourd’hui une élocution aussi aisée. Parallèlement à ces formations en entreprise, la MFR lui dispensait des cours d’agriculture, d’anglais, de français et de maths à la MFR. « Nous étions appelés à rédiger des articles sur l’actualité ».
Autant le collège ne lui convenait pas, autant la MFR a laissé « pour la vie, des souvenirs précieux » chez l’opératrice administrative. « Un profond sens de l’amitié, une ouverture d’esprit remarquable, des compétences scolaires solides », c’est ce qu’elle retient de cette famille. « En dépit des problèmes que nous avons rencontrés, nous avons toujours pu compter sur le soutien des autres. On préparait des tisanes quand l’un d’entre nous était malade, c’est en équipe qu’on préparait le repas chaque vendredi, c’est ensemble qu’on cherchait un cahier perdu. On ne s’est jamais senti seul. Il y avait toujours quelqu’un pour aider ». Si bien qu’au terme de trois années à la MFR, « je ne voulais pas quitter cette famille et l’ambiance qui y régnait. Mais, je savais tout autant que, pour devenir indépendante, il fallait voler de mes propres ailes ».
Notre interlocutrice se dit reconnaissante envers le responsable des MFR, Raj Jatoo, et sa femme « qui se sont montrés très accueillants et m’ont guidée dans mon orientation professionnelle. Ils m’ont ouvert la porte au métier que je voulais tant faire ».
Aujourd’hui, le métier que pratique Stéphanie Bell depuis quatre ans, consiste à organiser des congrès et des séminaires à l’intention de médecins en France. « On est à sept opératrices administratives et on cherche des lieux et des dates qui conviennent aux principaux concernés. À Maurice, on organise des salons comme les Salons de la Femme ou de la Jeunesse ». La jeune femme se dit très heureuse d’autant que depuis hier, elle est en vacances pour trois semaines. « On travaille par rapport aux horaires en France. Je commence à 11 h et je termine à 20 h. Je ne travaille pas le week-end. Mes parents sont fiers de moi car après avoir quitté l’école, on ne savait pas à quoi s’attendre ».
Aux jeunes qui traversent les mêmes épreuves qu’elle a connues, Stéphanie Bell conseille de « ne pas baisser les bras. Il faut oublier le passé et penser fort à la réussite. Déjà, s’ils se dirigent vers une MFR, ce sera une réussite. Réussir pour moi, c’est trouver sa voie. J’ai trouvé la mienne et je donnerai le meilleur de moi-même dans ce métier que j’ai obtenu grâce à la MFR ».