Surosh Pillay voulait au départ être ingénieur. Après plusieurs années d’études et de recherches, il est aujourd’hui spécialiste en biométrie et impliqué dans la réalisation de logiciels en e-learning à l’intention des étudiants du cycle universitaire. Voici son portrait.
D’aussi loin qu’il se souvienne, Surosh Pillay a toujours rêvé de devenir ingénieur. Pas un ingénieur des ponts et chaussées, mais dans le domaine de l’électronique. « Quand j’étais adolescent, les premiers téléphones portables venaient de sortir et j’étais fasciné par la possibilité de découvrir les mystères de leur fonctionnement. C’est pour cette raison qu’après ma HSC, j’ai choisi l’université de Hertfordshire pour des études d’ingénieur avec ouverture sur le domaine desDigital Communications and Electronics. Mon projet de fin d’études sur un système de communication m’a valu un prix et m’a ouvert les portes de British Telecom, qui offrait une bourse d’études pour des recherches sur la biométrie. »
Le plus amusant dans l’histoire, c’est que Surosh Pillay ne connaissait que vaguement la biométrie, qui, d’après sa définition dans le dictionnaire, est un terme qui désigne l’étude statistique des dimensions et de la croissance des êtres vivants. « J’ai sérieusement bouquiné avant d’envoyer ma candidature et j’ai découvert qu’en étant appliqué au domaine des recherches, ce terme désigne tout ce qui concerne les particularités physiques et physiologiques d’un individu : son oeil, ses empreintes digitales, sa voix… Traits qui sont de plus en plus utilisés dans la mise au point de méthodes de contrôle des transactions bancaires et sur internet. Le projet de British Telecom consistait à développer les différentes possibilités offertes par la voix humaine dans la création d’un système de sécurité pour le telephone banking. On cherchait un ingénieur pour poursuivre ces recherches, et j’ai eu le job sans vraiment savoir ce qu’était la biométrie. Je me suis renseigné sur le sujet juste avant l’entretien d’embauche. C’était passionnant. Le poste impliquait un travail de recherche sur la biométrie, étalé sur plusieurs années. J’ai dû faire un crash course pendant la première année. Puis je me suis rendu compte que les compagnies bancaires avaient un problème avec le bruit ambiant au cours d’une conversation téléphonique, ce qui nuit à la reconnaissance vocale. Je me suis donc spécialisé dans cet aspect de la question. »
Celui qui est désormais un spécialiste en biométrie explique que pour développer le telephone banking, c’est-à-dire les transactions bancaires faites à partir d’un téléphone, il existe plusieurs méthodes de reconnaissance vocale. La première consiste à faire le client dire une phrase convenue d’avance au téléphone, et la deuxième à seulement utiliser sa voix. Dans les deux cas, la voix est enregistrée sur un ordinateur qui la reconnaît et donne au client l’accès à son compte. « Mais jusqu’à présent, aucun système de reconnaissance d’empreintes n’est fiable à cent pour cent. Il suffit, par exemple, d’une petite coupure sur un doigt pour affecter la reconnaissance d’empreintes digitales. C’est la même chose pour la voix qui, tout en étant unique, peut subir des variations dues à la maladie, au stress, aux bruits de son environnement. J’ai travaillé sur le perfectionnement des méthodes de reconnaissance vocale en éliminant, par exemple, les bruits que l’oreille n’étend pas mais qu’un ordinateur répertorie dans un appel, pour arriver à trouver une qualité de son idéale pour faire fonctionner le système en toute sécurité. Pour ce faire, j’ai travaillé sur des enregistrements, des enregistreurs, sur des fréquences vocales. »
Est-ce que le problème de ces recherches électroniques ne réside pas dans le fait que dès qu’un système de sécurité est inventé, des spécialistes mettent rapidement au point un système permettant de le violer ? « C’est le revers du progrès. Les malfaiteurs sont aussi efficaces que les scientifiques ; ils sont d’ailleurs souvent des scientifiques qui ont mal tourné. De ce fait, il faut toujours améliorer les systèmes de protection. Aujourd’hui, il est possible de copier une carte bancaire sur internet ou d’avoir accès à un compte bancaire en disposant seulement du numéro de compte qui figure sur le relevé des transactions que la banque envoie au client, et que ce dernier jette à la poubelle. C’est pour cette raison que l’on va de plus en plus vers des systèmes de double contrôle. » Et Surosh Pillay de nous montrer une des dernières innovations dans le domaine : une carte bancaire dont le pin change électroniquement à intervalles réguliers et dont le système de sécurité pourrait être doublé par une reconnaissance vocale. À terme, le système de sécurité idéal pourrait être un multi model biometric, c’est-à-dire une combinaison de voix, de pin et de code digital.
Après quatre années passées à faire de la recherche biométrique, Surosh Pillay obtient son doctorat et se retrouve sans emploi fixe, tout en donnant des conférences et en publiant des articles dans les journaux spécialisés. « C’est à ce moment-là, à la fin de l’année 2010, que j’ai rencontré un entrepreneur qui travaillait avec l’université de Hertfordshire. Il voulait développer un programme – un game based e-learning concept – permettant aux étudiants en première année de l’université de développer leurs aptitudes pour le business à travers un logiciel. » Une sorte de Monopoly en ligne ? « C’est une assez bonne définition, mais il faut ajouter que le concept est beaucoup plus développé et adapté aux réalités du business. C’est un Monopoly du troisième millénaire. »
Est-ce qu’on passe facilement de la recherche en biométrie au domaine des jeux en ligne ? « Pendant des années, j’ai surtout travaillé en laboratoire pour expérimenter des théories et mettre au point des méthodes de contrôle. J’étais dans mon laboratoire, un peu hors de la réalité quotidienne. Ce nouveau job m’offrait la possibilité de continuer à faire de la recherche tout en découvrant la mise en pratique commerciale de mes applications. C’était un aspect professionnel que je ne maîtrisais pas encore. Ce nouveau job m’offrait cette opportunité. Je l’ai accepté et je suis aujourd’hui Operations Manager chez Dialectyx Solutions Ltd. Je m’occupe du développement de ses activités et dirige une équipe de software developers, graphic designers, e-learning developers and subject matter experts. »
Vous avez quitté l’enseignement à l’université pour vous lancer dans la création de jeux électroniques. N’est-ce pas un peu bizarre ? « Je précise tout de suite qu’il s’agit d’un « jeu » pédagogique réservé aux étudiants d’université. Je sais que pour beaucoup à Maurice, être un lecturer ou un part time lecturer dans une université est une fin en soi. J’ai bien aimé ma première année de lecturer, mais la deuxième année était un recommencement de ce que j’avais déjà fait ; ce n’était pas assez stimulant pour moi. Ce qui m’était proposé chez Dialectyx Solutions Ltd était différent, mais toujours dans une perspective pédagogique au niveau universitaire. Le logiciel que nous avons développé est basé sur un jeu populaire en Grande-Bretagne, My first million. Voici son concept : une personne apporte une idée originale pour lancer un business. Elle doit suivre les différentes étapes et surmonter des obstacles pour essayer de le développer. Elle doit apprendre à entrer dans le marché et en maîtriser les règles afin de rendre profitable son idée et éventuellement de la vendre. Cet entrepreneur me proposait de développer ce concept pour rendre accessible le monde du business et de la finance à travers la mise au point d’ un logiciel avec un code d’accès biométrique. C’est ce que je fais depuis un an, et déjà des universités sont intéressées à acheter la licence de ce concept pour l’inclure dans leur programme d’études, de la première à la troisième année. Pour les universités, c’est un moyen de diminuer le nombre d’enseignants dans le cadre de la politique actuelle britannique, qui est de réduire les coûts. Un logiciel peut facilement remplacer un enseignant. C’est aussi une réalité. Mais il n’y a pas que les universités qui s’intéressent à ce logiciel, qui est protégé par des codes biométriques. Le groupe Sony a acheté les droits de diffusion et travaille sur une version grand public, qui sera lancée en février 2012 dans l’ensemble des pays anglophones de la planète. »
Surosh Pillay, qui est récemment revenu à Maurice pour se marier religieusement, se dit satisfait d’avoir choisi de travailler dans la recherche commerciale. « J’ai choisi ce créneau après avoir bien réfléchi. Ça marche aujourd’hui, mais il fallait savoir prendre des risques dans la mesure où on investit dans la création d’un logiciel dont on ne peut pas évaluer le succès d’avance. C’est plus risqué que d’avoir une chaire dans une université, avec un nombre d’heures de cours fixe par an. Mais c’est un monde fascinant, stimulant, en dépit des risques à prendre. » Il envisage de continuer dans cette voie en ouvrant, quand il sera prêt, une entreprise destinée à la création de logiciels spécialisés pour les banques, et pour leur proposer dusoftware consulting.
Mais l’autre grand projet de ce spécialiste en biométrie, âgé de seulement 27 ans, est de revenir vivre à Maurice d’ici cinq ans. « Je crois qu’il faut savoir trouver un équilibre entre sa vie professionnelle et sa vie tout court. Il existe un monde professionnel extraordinaire pour les gens comme moi en Europe, mais il existe une qualité de vie familiale et sociale unique à Maurice. Je crois que Maurice va entrer de plus en plus dans le e-banking et que le secteur aura besoin de spécialistes capables de lui créer des systèmes de sécurité électronique de plus en plus sophistiqués, pour suivre la tendance mondiale. Et en plus, Maurice bénéficie d’un atout extraordinaire : elle peut éviter les erreurs commises ailleurs dans le domaine de la sécurité. Je me suis donné encore cinq ans pour bien m’armer au niveau professionnel avant de revenir vivre à Maurice, ou d’y passer tout au moins une grande partie de l’année. Avis à ceux que mon expérience et mon expertise pourraient intéresser. »