La transformation du sujet — maître mot dans la recherche artistique de Thierry Amery — est semblable à un principe de travail, une tentative de sortir des représentations formatées, de la mimésis, après un parcours académique à l’école des beaux-arts de l’Institut Mahatma Gandhi (MGI) et des dessins, portraits, souvent existentiels. L’artiste de 25 ans travaille actuellement sur sa première exposition dont il nous donne un avant-goût à travers quelques oeuvres. Privilégiant le toucher et le ressenti intérieur, son combat d’artiste consiste à mettre en scène une image qui lui échappe toujours. D’où ses diverses techniques de photographie, de camouflage et autres pour délaisser un peu la toile et peindre sur les corps.
Cela commence par une mise en déroute des grands repères de la peinture. Il n’y a jamais de notions de proportions, de couleurs, de lignes. Thierry Amery peint sur les corps (body painting) mais avec des effets de blancheur, quelques touches de rouge qui flottent comme des blessures. Ses personnages existent entre peinture et photographie, faux miroirs et images de rêves. Thierry explique qu’il a toujours été dans cette démarche (se livrant à côté à des dessins, des portraits, des cours de peinture). L’heure est arrivée pour lui de donner une consistance à son concept, un rien dans l’érotisme, un rien dans l’étrangeté. Thierry part de simples photographies (signées Jonathan Naigon) de visages ou de corps, puis il peint dessus, en éloignant l’image du corps, en camouflant le sujet. On pourrait dire qu’il fait de la manipulation, du collage de fibres. Il a besoin de photographies au départ, puis indique des gestes, capture des illusions. Thierry se concentre sur l’exploration et l’interprétation des corps, des comportements, des rituels. L’oeuvre repose sur la présence du corps — un subtil mélange de décalage, de transgression. Les personnages qu’il projette dans son monde sont à la fois acteurs et témoins.
Thierry traite de l’érotisme principalement. Il poursuit sans fin cette mise en abîme pour que son oeuvre ne s’arrête pas au stade de peinture mais devienne une expression corporelle. Lorsqu’on regarde le travail de près, des traits marquent l’étendue, les fragiles apparences horizontalisent ou verticalisent l’espace. L’artiste se sert du vide du personnage pour donner l’illusion. Son habileté dans le dessin l’entraîne dans un travail minutieux. C’est par le mariage de la photo et de la peinture qu’il amorce intuitivement le mélange des expressions. Les corps lui fournissent ce qui convient à ses attentes. Il leur donnera forme, suggérant la statuaire. Le corps épouse la matière avec la même obsession. Il ne s’agit pas d’explorer des mythes, d’exploiter des icônes mais de démarche originale qui consiste en la fusion de la matière et des postures que demandent les corps. Les oeuvres (non abouties) que nous montrons ici sont les témoins de cette recherche picturale. C’est déjà une évidence pour lui d’aller plus loin. Expression des corps, expression du cri : la mise en scène semble interroger l’homme sur ce qu’il est. Thierry Amery, ni photographe, ni sculpteur, s’accorde le privilège de l’artiste dont le langage ouvert démontre, dans la forme et dans le fond, une sorte de quête existentielle. Il peaufine son travail pour une représentation éloquente du corps. Au départ, même la matière des corps sexués et remplis de désirs, soulignée d’un trait, d’une écriture épurée, lui sert de base de travail. Ensuite, oeuvres, médiums et techniques se répondent. Thierry s’élance alors dans un corps à corps avec ses modèles pour tenter de dégager du poids, des contours vibrants. C’est tout ce qu’il aime : saisir le moment où le corps humain ou le visage traduisent des préoccupations existentielles. Mais Thierry Amery a besoin d’éprouver d’autres contacts pour poursuivre une oeuvre qui, nul doute, exprime le désir d’une nouvelle écriture et le désir aussi de partager ses formes, sa mise en images, le rythme, le ton de son travail avec le public.