Entre l’aéroport et le centre ville, le temps d’un arrêt, nous entrons dans un transport en commun, dans Tana (Antananarivo ou Tananarive), une province avec une superficie de 58.283 km2. La capitale malgache et sa vieille ville aux ruelles pittoresques, ses belles maisons traditionnelles, ses petits commerces de légumes ou de viande, se déroulent devant nos yeux. Les collines, vastes plaines, sont des hauts lieux d’histoire. Le charme d’autrefois est intacte. Il est diffi cile d’avoir une vision globale de cette ville qui s’étend sur 18 collines, nous dit-on. Une Ville Haute, une Ville Basse, de vieilles habitations non loin d’anciennes maisons coloniales. Nous profitons des embouteillages pour voguer sur les collines ou les kilomètres de rizières. Antananarivo est un condensé de tout cela.
Antananarivo est Madagascar : une image que l’on percoit d’emblée — richesse et misère de la Grande Ile. Des mondes différents se côtoient participant de la vie urbaine calme en apparence. Les enfants de l’océan parcourent les ruelles, les femmes vaquent à leurs occupations. Des piles de vêtements sont étendues à terre ou sèchent sur des cordes à linge. Une adolescente s’accroche à notre véhicule pour demander quelques roupies et se laisse photographier avec son bébé. On se console un peu en sachant que depuis 2005, Aïna Enfance et Avenir poursuit son objectif de “réinventer la vie de ces enfants démunis et les aider à se construire un avenir.” Depuis 2011, Aïna prend également en charge les mères adolescentes et leurs bébés. Dans la circulation et la pollution, on devine les entrailles de la ville : asphyxie, misère, mendiants, un amas de métal et d’ordures dans les bidonvilles. L’inflation de la monnaie offi cielle, l’ariary, les crises politiques sont les principales causes de la misère.
Les indicateurs économiques de Madagascar, minée par une crise depuis 2009, laissent présager une vie encore plus sombre pour les 22 millions d’habitants si aucune mesure n’est prise pour trouver une solution à la crise malgache. Les autorités locales sont conscientes de cela lorsqu’ils entament un programme de relance avec la collaboration du secteur privé et du programme des Nations Unies pour le développement. Madagascar est un pays dont le potentiel économique est énorme. Le pays interpelle les organisations régionales qui veulent son integration. Son potentiel — agricole et commercial — n’attend que les moyens d’épanouissement. On martèle les mêmes mots : seule une sortie durable de l’impasse politique permettra au pays de renouer avec la croissance et le développement.
La Commission de l’océan Indien (COI) veut aider le pays à sortir de la crise et apporter son soutien dans le respect de la souveraineté des Malgaches. Des projets agricoles et de sécurité alimentaire sont en discussion ou entamés. Le retour à l’ordre constitutionnel et dans le concert des Nations est essentiel à la realisation des ambitions régionales, a déclaré récemment Jean-Claude de l’Estrac, le secrétaire général de la COI : “J’ai l’espoir que nous nous dirigeons vers un raff ermissement de l’Etat malgache, qui augure du retour de la Grande Ile dans le concert des nations et qui crée les conditions d’une reprise économique et de l’aide internationale au bénéfice du peuple malgache…”
Les chiffres parlent des dures réalités : La pauvreté a fortement augmenté. Les premières estimations indiquent que, de 2008 à 2013, la proportion de la population vivant sous le seuil de pauvreté a sans doute augmenté de plus de 10 points de pourcentage. Autre ombre au tableau : “le nombre des communes enclavées a augmenté de 20%”, selon le quotidien Midi Madagascar. Les observateurs s’interrogent sur la tenue du probable 2ème tour des élections présidentielles. Relance économique, sortie de crise pour attirer les investisseurs étrangers, respect de la démocratie et des institutions: si les volontés de uns et des autres sont réelles : la Grande Ile doit rapidement trouver des remèdes fiables à ses maux.