Après une absence de plus de cinq ans de la scène, Carol Lamport vient de faire son come-back musical. Il revêt un sceau particulier puisqu’il s’agit de son tout premier one-woman-show, présenté samedi dernier au club de la MCB, à Curepipe. Le numéro en solo dont elle rêvait depuis ses débuts, ce qui nous donne l’occasion de faire le portrait de la chanteuse « qui ne savait pas qu’elle savait chanter ».
C’est à 16 ans que Carol Lamport va découvrir, comme tout son entourage, que, non seulement, elle peut chanter, mais qu’en plus elle a de la voix. Une voix exceptionnelle. Carol grandit sur la propriété sucrière de Mon Désert Alma, dans une famille de sportifs —deux de ses soeurs ont été championnes de Maurice de tennis. C’est à l’âge de 16 ans, alors qu’elle fait sa HSC au couvent de Lorette de Curepipe, qu’elle se retrouve, par hasard, dans la chorale des élèves. La responsable repère tout de suite cette débutante, dont la voix se détache nettement du lot. « Je sais que c’est difficile à croire mais jusque là personne —y compris moi-même— ne savait que je savais chanter. J’ai découvert ma voix à 16 ans. » Carol est propulsée soliste du groupe et le collège l’envoie représenter ses couleurs au premier Jump Around, les intercollèges de la musique en 1998. Elle commence à chanter « par ci, par là ». Ses études terminées en 1990, Carol se met à la recherche d’un emploi. Comme elle fabrique des bijoux avec des agrafes et des morceaux de fil de fer, sa mère l’emmène chez Poncini pour demander conseil. Mais au lieu de lui conseiller quoi que soit, le propriétaire de Poncini l’engage sur le champ comme apprentie bijoutière. « J’ai découvert mon autre vocation. J’ai appris le métier avec passion. C’était dur, il fallait arriver au travail tôt le matin et en sortir épuisée, mais j’étais heureuse. » Avec son premier salaire, elle achète ses premières cassettes enregistrées qui lui permettent de commencer son éducation musicale. « Je connaissais déjà Patricia Kass, j’ai découvert Maurane, Barbra Streisand. Je voyageais bien dans leurs univers musicaux. » Elle chante dans des cabarets dans les clubs privés. « C’était généralement une chanson dans un spectacle, une fois, de temps en temps. C’était bien: j’étais bijoutière le jour et chanteuse le soir. » En 1993, Carol est engagée dans les choeurs à l’occasion d’une représentation d’opérette, ce qui lui permet de découvrir l’étendue de ses possibilités vocales, et elle inclut « Stone » à son répertoire, ce qui lui vaut son premier bis lors d’un cabaret. « Ce soir-là, j’ai découvert que « Stone » faisait partie de « Starmania », une comédie musicale et on m’a dit qu’il y avait un projet de la jouer à Maurice. On m’a demandé si cela m’intéressait, j’ai répondu oui. Sans plus. En 1995, Gérard Sullivan, à qui on avait dit que je chantais « Stone », m’a fait passer une audition pour « Starmania » et il m’a donné le rôle de Marie Jeanne. Je ne savais pas que c’était le rôle principal de la comédie musicale, je ne savais d’ailleurs pas très bien ce qu’était une comédie musicale ni l’ampleur du rôle que j’allais interpréter. Heureusement que je n’en avais pas conscience, sinon je ne l’aurais peut être pas fait. Quand j’ai interprété « Starmania », j’avais 22 ans. Je me suis éclatée dès les répétitions, puis j’ai découvert ce que c’est d’être grisée sur scène, d’être applaudie et je l’ai vécu au premier degré. Je crois que ma candeur a donné au personnage une certaine fraîcheur qui a plu au public. « Starmania » a été la prise de conscience de ma capacité à bien chanter. Nous étions une petite équipe et des liens très forts se sont créés. C’était quelque chose de magique, un rêve. » Mais Carol nourrit aussi une autre ambition, celle « d’aller apprendre la musique, le jeu de scène, la comédie, la danse dans une école. » Comme elle n’a pas les moyens financiers d’aller étudier en Europe, elle fait une demande pour émigrer en Australie. En attendant, elle continue à chanter, d’autant plus que « Starmania » a fait d’elle une des vedettes de la scène mauricienne. « On m’a demandé d’être de tous les concerts et j’ai fait beaucoup de petites choses, pas toujours intéressantes, avec une organisation parfois très artisanale. Après « Starmania », on a commencé à me demander de chanter l’Ave Maria dans des mariages, ce qui m’a entrouvert une porte sur le classique. Et j’ai aimé ça. J’ai continué sur la même voie en entrant dans la chorale de Bronwyn Maingard, où j’ai découvert un petit peu l’univers classique. C’est une discipline très dure pour une fille de 22/23 ans qui n’a jamais appris la musique et le chant. »