D’un côté Allan, de l’autre David, le fils. En filigrane, une passion commune et indéniable pour la musique, qui leur a permis de concrétiser des rêves impensables. Aussi sinueux qu’il ait pu l’être, le trajet, pour l’un comme pour l’autre, n’est pas terminé.
2012 sera une année exceptionnelle pour les Marimootoo. Les différends qui les ont opposés à un moment font partie du passé. La page a été tournée, chacun est fier et admiratif de l’autre. Pour en parler, nous avons placé le père à droite et le fils à gauche.
Pendant des années, David était surtout connu comme “le fils d’Allan”. La réputation du musicien/compositeur et directeur de Musipro précédait souvent son fils : “Au travail et ailleurs, presque partout, on me désignait comme le fils d’Allan Marimootoo. J’en étais toujours fier. Cette fierté m’a aidé à avancer vers ce que je voulais.” Assis en face, “papa” ne peut réprimer ce grand éclat de rire qu’on lui connaît.
Car la situation a un peu changé : “Aujourd’hui, on me demande si je suis le père de Dave. C’est ainsi que certains me désignent désormais : le père de Dave.”
Allan Marimootoo ne s’en plaint pas. Au contraire, en sus du “grand bonheur” qu’il en retire, il a découvert qu’être le père de Dave Dario comporte certains avantages : “Je dois avouer que cela rend certaines choses plus faciles pour moi.”
Paysage
De la terrasse d’une des chambres du premier étage du West Coast View, à Flic en Flac, la vue sur le Morne et le bleu du ciel et de la mer en cette matinée ensoleillée rendent le décor pittoresque. Dans l’hôtel familial des Marimootoo, il n’y a pas que le paysage à contempler. Il y a également tout le merveilleux qui entoure ces deux hommes qui avancent d’un pas sûr vers leurs rêves respectifs.
Il s’est offert quelques jours de repos avant de regagner Paris. Dave Dario s’y investira dans la sortie du deuxième single, en prélude à son album annoncé pour le printemps. Pendant qu’il veillera sur les intérêts de Musipro (dont les artistes sont présents dans plusieurs grands hôtels du pays et à l’étranger), Allan travaillera, lui, sur un nouveau projet. Tout a déjà été imaginé pour cet espace convivial qu’il compte ouvrir. La cerise sur le gâteau, ce sera le podium qu’il y aménagera. “Pour mon plaisir, pour que je puisse y jouer de la musique comme je le veux.”
Rêver grand
Pour Allan Marimootoo et son fils David, 2012 sera une année exceptionnelle, qui marquera l’aboutissement de quelques-uns de leurs vieux rêves. En musique, s’il est toujours bon de rêver grand, avancer vers ses projets n’a jamais été une sinécure. “C’est très difficile”, répondent-ils en même temps à la question posée. Les expériences vécues par l’un et par l’autre ont été différentes. Mais, dans le fond, les parallèles leur permettent de faire entendre le même accord.
Allan Marimootoo est rodé à une réalité : “Chaque fois que tu veux faire un pas en avant, on te met des bâtons dans les roues.” Cela, Dave l’a compris, lui aussi. Les fans n’en sont peut-être pas conscients, mais son trajet s’est effectué en terrain difficile. “Durant mon cheminement, j’ai eu droit à plus de bas que de hauts. J’ai rencontré davantage de gens qui m’ont découragé dans mes choix. Il y a eu beaucoup de souffrances en chemin. J’ai vécu des choses que je ne souhaite pas à mon pire ennemi.”
Pression
Après son passage remarqué à La Nouvelle Star et ses succès en Angleterre et en Afrique du Sud, Dave, qui a signé chez Polydor Universal, avoue pouvoir enfin “respirer un peu”. Tout en étant conscient d’une chose : “Je n’ai pas encore réussi, j’avance toujours vers mes rêves.” Il y aura peut-être d’autres obstacles, mais il saura les surmonter. Il se l’est promis : “Je suis arrivé là où je suis parce que je suis un fonceur.”
Ce n’est pas Allan qui dira le contraire. La communication entre les deux a été permanente tout au long du parcours de Dave. Allan a suivi l’évolution de son fils de près : “Il lui a fallu beaucoup de courage. Il mérite ce qui lui arrive, pour toute la détermination dont il a fait preuve et pour son talent.”
Aujourd’hui, le succès de son fils le rend “fier et heureux”. Mais Dave lui a aussi fait vivre des moments d’angoisse. “Quand j’ai vu la pression qu’il y avait sur lui, j’ai vécu la chose très mal. Je sais combien ces moments peuvent être durs. C’était une épreuve pour son corps et son esprit. J’étais triste. Je craignais pour sa santé; j’avais peur qu’il ne craque. Il a fallu qu’il puise dans toutes ses ressources. Ce qu’il a fait est énorme. À sa place, j’aurais certainement renoncé.”
Héritage
Allan Marimootoo a toujours été conscient des difficultés qu’implique une carrière dans la musique. Musicien émérite à la tête d’une des entreprises les plus prospères dans le milieu, l’homme n’avait pourtant jamais souhaité que ses enfants lui emboîtent le pas. “Je ne pense pas avoir beaucoup donné à mes enfants en termes de formation et d’encadrement musical, comme je l’ai fait pour d’autres. Je ne les ai pas beaucoup encouragés car la vie d’artiste est dure.”
Au début, il a été difficile pour Allan de comprendre les choix de son fils. “Nous n’avons pas toujours été d’accord sir la voie que je voulais prendre. En tant que père, il voulait la sécurité pour son fils. Moi, je voulais rêver grand”, se rappelle Dave. Pour s’affirmer, le jeune homme reconnaît avoir dû se rebeller et faire ses preuves. “Mon père et moi avons des caractères différents. J’ai souvent fait des choses qu’il m’avait demandé de ne pas faire. Cela m’a aidé à aller de l’avant. On a toujours besoin d’être en face d’un mur pour trouver la force de l’escalader et avancer.”
Boost
Pour Dave, Allan a souvent été un mur, “mais il a été en même temps un pilier. Il a été un bon guide”. Si le père estime ne pas en avoir fait assez, son exemple aura suffi : “Je suis devenu musicien grâce à lui”, reconnaît Dave. Exposé très tôt à un univers musical, il se mettra à chanter vers six ans en écoutant les vinyles de son père. Doté d’une belle voix, il travaillera plus tard dans la boîte familiale. Comme le paternel, le jeune homme avait appris “à rêver grand”. Rien n’aurait pu le dévier de ses rêves. L’encouragement de ce père qui avait tant de mal à comprendre ses choix était essentiel à ses yeux.
Lorsqu’il était en Afrique du Sud, Dave s’était gardé de lui dire qu’il avait fait un single, jusqu’à son retour au pays. “Quand il a découvert le single à mon retour, j’ai lu la fierté dans ses yeux. Cela a été le boost dont j’avais besoin. Cela m’a aidé à aller de l’avant, à aller vers l’Europe.”
Têtu
Dave, dit-on, est têtu. Il a surtout hérité de la détermination de son père, dont l’acharnement à avancer vers ce qui semble inaccessible au départ a inspiré le fils. “Nous n’étions pas des gens riches. Mon père a pris ce qu’il avait pour le transformer en succès. Il a réalisé de grandes choses en partant de rien. Il est arrivé à avoir du succès dans tout ce qu’il a entrepris. C’est le genre de choses qui m’inspire.”
Composé par Allan Marimootoo pour le spectacle Zenfan des îles, il y a 18 ans, Mukra Dehke vit toujours ses heures de gloire comme une ode musicale au métissage. Ce genre de travail permet à Dave d’ouvrir un peu plus son coeur lorsqu’il parle d’Allan : “J’ai toujours été admiratif de son talent de compositeur. Je suis très admiratif de Zenfan des îles, par exemple.”
Souhaits
Allan Marimootoo croit profondément en son fils et ne le cache plus. Puisqu’il s’agit maintenant d’avoir des ambitions démesurées, autant y aller sans limite. “Je lui souhaite de sortir son CD en Chine. Je lui souhaite d’être connu et de pouvoir vivre à travers la musique et de toujours garder la tête sur les épaules.” Le jeune homme rétorque, en riant : “Je l’ai toujours sur les épaules, en passant.” Le conseil d’Allan est judicieux, parce que face au succès, “le plus dur est de savoir toujours garder la tête sur les épaules et de continuer à vivre selon ses valeurs”, acquiesce Dave. “Dans la vie, pour avancer, il faut avoir une bonne base. Je pense que c’est le plus gros cadeau que j’aurais offert à mes enfants”, souligne Allan.
Plaisir
Il y a quelques semaines, Allan a repris sa vieille guitare pour accompagner son fils sur scène. C’était lors d’un beau concert privé donné au Gymkhana Club et au cours duquel Dave a présenté quelques titres de son album. S’il leur faut se présenter sur scène ensemble, c’est uniquement pour se faire plaisir. À ce stade, aucun projet professionnel commun, les deux artistes continuant leur parcours chacun de son côté. “Si je travaille avec lui, cela pourrait faire du tort à sa carrière parce que nous appartenons à deux générations différentes. David doit garder sa personnalité. Je pourrais peut-être le conseiller sur la scène mauricienne. Mais je ne serais pas un bon conseiller pour la scène internationale puisque c’est un domaine que je ne maîtrise pas trop”, confie Allan Marimootoo. Dave précise : “Nous sommes dans deux optiques musicales différentes. J’ai créé mon chemin, mon style. Il faut croire en son style et le défendre. Nous avons déjà fait un bout de chemin et travaillé ensemble sur des projets dans le passé.”
Suivre
Quand Dave s’était retrouvé sous les feux des projecteurs de La Nouvelle Star, Allan s’était fait un devoir de le rejoindre à Paris pour le soutenir. Désormais, il suit la carrière de son fils de près, n’hésitant pas à donner son avis lorsque ce dernier lui fait parvenir ses démos, par exemple. Même de loin, chacun garde un oeil attentif sur l’autre.
Au-delà d’une carrière qu’il souhaite réussir, Dave Dario espère placer la musique mauricienne sur la mappemonde. Allan veut voir s’aplanir les difficultés qui affectent les artistes mauriciens, tout en espérant retrouver la sérénité que la musique lui a toujours procurée.
Dave est attentif à ses désirs : “Je lui souhaite de réaliser ce projet qui lui tient à coeur et de continuer à connaître le succès. Je souhaite que la famille se porte toujours bien. Je souhaite à mon père de vivre longtemps.” Allan a un voeu pour Dave : “Je lui souhaite le plus grand bonheur. Le plus grand bonheur du monde, c’est d’être bien dans ce que l’on fait.”