De plus en plus de femmes s’adonnent au métier des hommes, avec professionnalisme, faisant ainsi la fierté de leur entourage. C’est ce qui nous a été donné de voir mercredi sur le chantier de La Croisette, à Grand-Baie. Elles sont plus d’une vingtaine à travailler comme manoeuvres, maçons, peintres. Le travail n’étant pas de tout repos, le courage dont font preuve ces femmes inspire le respect. Rencontre avec quelques-unes d’entre elles.
Le port du casque et les bottes sont impératifs sur le chantier de Grand-Baie La Croisette. Les ouvriers affectés sur les lieux viennent de Rodrigues, de l’Inde, d’Afrique du Sud, mais tous sont animés de la même intention : offrir un travail de qualité et faire de ce lieu un petit bijou architectural qui émergera bientôt de terre. Pourtant, le travail en lui-même pourrait donner le tournis. Des échafaudages à grimper, un sentier où s’entassent pêle-mêle briques, ciment, sans parler de la poussière qui virevolte dans tous les sens, et l’environnement, loin d’être plaisant, ressemble plus à un champ de bataille. Mais cela ne semble pas pour autant rebuter ces femmes engagées sur le chantier. Elles inspirent le respect en délivrant la même quantité de travail qu’un homme. Entre la pose de carrelage, le crépissage, en passant par la bétonneuse, où encore le nettoyage et la peinture, elles s’affirment et impressionnent.
Troquer ses talons pour des boots
Martine Michel, contract administrator, est la première que nous rencontrons. Juchée sur ses talons, french manucure impeccable, visage relevé d’un léger maquillage, elle souligne : « C’est la première fois que je travaille sur un chantier. Quand je suis au bureau, je conserve mon élégance et ici je troque mes chaussures à talons contre des boots et un casque. » Et que dire du regard des hommes sur ces femmes qui font le même métier qu’eux ? Martine Michel répond que le respect prévaut : « Les mentalités ont changé et de plus en plus de femmes ont réussi à s’imposer dans un métier qui a longtemps été réservé aux hommes. » Elle poursuit : « Tout le travail se fait dans la discipline. Le plus intéressant c’est le tea time, dès que résonne la sirène d’alarme pour le break, ils se réunissent tous. De la convivialité, un esprit d’équipe et du fair-play règnent chez les employés. Je trouve ce métier challenging et très intéressant. »
Avis que rejoint Marie Angélique Ravina, âgée de 40 ans. Cette Rodriguaise raconte que c’est son père qui lui a enseigné les bases du métier de manoeuvre. « Je n’avais que 14 ans quand il m’a appris à travailler le ciment. Je suis habile au crépissage, à la pose de marbre. Quand je suis venue à Maurice, j’ai travaillé pour le compte d’une grande compagnie. Et, maintenant, je suis à La Croisette. »
Préparer du béton, n’est pas de tout repos car il faut avoir les muscles solides, du savoir-faire et surtout beaucoup de courage. « C’est une question d’habitude et de persévérance », laisse entendre Marie Angélique. Un homme restera un homme, dit-elle encore. « Ena diferans dan nu physik ek konstitisyon nu lekor, me kan bizin gagn lavi, nu tou lor mem plan. La fin dimwa, nu bisin ena nu larzan pu pey nu lwaye, komisyon lakaz. Pena diferans ant fam ek zom lor sa plan-la. »
Rêve
Trois autres femmes, Melissa Legentil (25 ans), Françoise Vanessa (21 ans) et Marie Jheilla Colette (20 ans) auront la même réplique. Françoise Vanessa raconte qu’elle était une employée d’usine au début. « Les horaires de travail étaient durs. Il fallait arriver très tôt et partir très tard et le salaire ne suffisait pas. » Mère de deux enfants et séparée de son époux, la jeune femme a trouvé dans le métier de manoeuvre de quoi faire bouillir la marmite. « Mo enn dimoun ki ena enn rêve. Mo rêve se grandi mo zanfan ek li pu realise parski mo krwar ladan. Pas kapav bes lebra, tou travay ena so difikilte, seki bizin se persevere ek ena enn bi dan lavi. » Melissa Legentil, elle, parle de l’ambiance qui prévaut sur le chantier. « Nous sommes comme frères et soeurs. On ne dirait pas qu’on travaille avec des hommes. Nu abat mem kantité travay ki zot. » Elle reconnaît ne rien perdre de sa féminité. « Nu koz lamod, ki plan pu fer week-end. Fode pas krwar parski nu met bot, kask, pantalon pu travay, ki nu pas koket. Me nu premie pryorite, se faire viv nu fami. » Marie Jheilla Colette, pour sa part, se dit bien encadrée par les autres éléments féminins. « Mo inspir mwa boukou bann lezot madam. Li pa fasil travay-la li dir, me mo kontan. Kan ena lamour travay, tou vinn pli sinp. »
Souvita Jhurry, Safety and Health Manager de La Croisette, affirme que les femmes sont de plus en plus nombreuses à travailler sur des chantiers. « Elles ont la douceur, la patience, la volonté, et en plus ce sont des bosseuses. Dans ce métier, elles peuvent gravir assez vite les échelons. De plus, les horaires de travail, de 7 h à 16 h 30, leur permettent de s’occuper de leurs enfants lorsqu’elles rentrent à la maison. » Autre point : les femmes ne prennent pas des risques non calculés. « Elles sont très vigilantes et responsables. »
Corinne Robert, consultante en relations publiques, évoque la chance de ces femmes d’avoir eu pour mentor leur père ou un membre de leur famille. « Cela leur permet d’avoir une évolution de carrière. En plus, elles peuvent travailler à des horaires non contraignants. On est dans une société moderne où il y a l’égalité des sexes et sur un chantier, chaque personne a son importance et cela change de l’univers classique du bureau, » conclut-elle.