L’adepte de l’agnosticisme refuse de se prononcer sur l’existence de Dieu qui, pour lui, est inconnaissable. Son scepticisme vient de l’hypothèse que ses capacités neuroniques ne lui permettent pas de tout comprendre et il refuse ainsi de s’engager dans des interrogations métaphysiques. L’adepte de l’apathéisme, pour sa part, ne se soucie guère de l’existence de Dieu. Il ne lui accorde aucune utilité et ne lui porte aucun intérêt pour ce qui se rapporte au réel de la vie. Dieu peut exister que cela ne veut rien dire pour lui. L’Homme assume, dans le réel de la vie, la place la plus importante pour ces deux adeptes. Il en est de même pour l’athée qui, lui, nie l’existence de Dieu. Les scientifiques, eux, comme certains croyants, mettent l’être humain sur le piédestal des espèces, partant du postulat qu’il est supérieur aux autres animaux.
En général, les croyants affirment que l’Être humain (nuance) est la créature de Dieu (à son image pour certains) avec le pouvoir de dominer toutes les autres créatures de la Terre. Il serait vain d’aller chercher noise aux croyants en contestant de telles affirmations. Essayons de comprendre plutôt, la nature des animaux et de l’Homme, pour découvrir des similitudes dans leurs comportements transmis génétiquement et celles sur le plan de l’acquis, c’est-à-dire de la culture. Faudrait-il néanmoins que l’humain concède qu’il n’est pas la seule espèce à avoir une culture et que nous tombions d’accord sur un autre aspect aussi important, à l’effet que nous avons tant de choses qui nous lient biologiquement aux animaux sur le plan génétique et ainsi en termes d’instincts.
La question posée comporte un objectif : saisir le comportement de l’Homme en société en tant qu’animal afin de faire évoluer son comportement culturel vers la société que nous voulons construire. Il convient de se départir de l’animalité pour devenir l’Être auquel nous aspirons.
Il va sans dire que cette recherche exige une sémantique appropriée qu’il faudra développer. D’où cet exercice permanent d’appliquer l’antithèse comme méthode et de toujours se référer aux sens (à leur évolution et à leur combinaison aussi) des mots et des termes. Toute erreur sémantique a des répercussions graves d’un point de vue conceptuel et intellectuel.
Le terme « grégaire » est intimement lié à la question de survie (ainsi de reproduction) des espèces qui vivent en groupes, en clans, en bandes, en collectifs, en communautés… La survie de l’individu dans le groupe, chez l’Homme surtout, établit une forme ou une autre d’organisation économique et d’organisation sociale en termes de rapports sexuels, d’entraide, de sécurité, de justice…. Qui sous-entend une forme ou une autre de socialisation en termes de règles, de morale, de codes, de pratiques, de partage, de traditions, d’instincts, de culture… etc.
Ainsi il faut bien savoir ce que l’on veut qualifier quand on utilise des termes comme « communaliste » et « communautariste »… On insulte trop souvent des gens pour rien. Arrêtons-nous un instant pour établir la différence entre particularité et particularisme. Une particularité est un caractère spécifique et se rapporte beaucoup plus à l’inné, alors qu’un particularisme est une prétention, une volonté, voire même une fierté à préserver et à exalter des particularités génétiques, ethniques et sociales. Dans ce dernier cas nous sommes en plein dans l’acquis et nous confrontons plusieurs formes de racisme. Il n’y a qu’une seule race humaine. C’est dans ce sens que le Mouvement Premier Mai demande que l’on remplace le mot race par le mot racism dans notre Constitution.
Le fait de reconnaître notre caractère grégaire ne doit nullement oblitérer un particularisme propre à l’espèce humaine : son comportement de nature individualiste. En effet, les individus de notre espèce cherchent à tirer profit de l’exigence de vivre ensemble, de multiples façons. Tant au plan de l’acquis (c’est-à-dire de l’évolution culturelle de l’espèce humaine subissant plusieurs inégalités sociales), que de l’inné (jusqu’à la manipulation génétique, qui aura un impact de plus en plus grandissant sur la culture humaine).
La première contradiction de l’espèce humaine peut se résumer en une phrase : avancer sur le plan collectif, pour s’entre-déchirer sur le plan des individus. Je qualifie de raciste celui qui affirme que c’est notre particularisme individualiste qui nous fait avancer en termes de progrès social. De mon point de vue, le système capitaliste est éminemment raciste. C’est en ce sens qu’il n’existe aucune possibilité de conciliation entre le capitalisme et moi. AUCUNE !
Si nous observons la société capitaliste dans laquelle nous vivons, il est d’une évidence que la production est socialisée. Tout le monde, indistinctement, est impliqué : hommes et femmes ; jeunes et vieux, riches et pauvres… Pourtant la distribution ne l’est pas. Par ailleurs tout est hiérarchisé, catégorisé, racialisé, élitisé… avec ses justifications d’exploitation, de domination et d’oppression de la part des classes sociales, des ethnies et des bureaucraties hégémoniques. La situation s’aggrave parce que d’une part nous subissons la mondialisation hégémonique du capitalisme présentée comme incontournable et comme immuable et que d’autre part la désocialisation de la production pousse à la fracture sociale, et conséquemment vers un individualisme structurel.
Cinq questions : Approche philosophique : Pourquoi l’Homme agit-il ainsi ? Approche anthropologique : L’Homme a-t-il toujours agi ainsi à travers le temps et les régions du monde ? Approche génétique : Quels sont les gènes qui déterminent son comportement et peut-on les modifier ? Approche culturelle : Comment évolue présentement l’humanité dans son ensemble ? Approche politique : Peut-il consciemment évoluer autrement et, dans l’affirmative, que faire et quoi après ?
Il ne faut point prétendre que tout est culturel. Nous n’avons pas perdu ou ne pouvons perdre notre animalité sous sa forme « des instincts naturels ». Ce que l’on peut raisonnablement affirmer d’une part c’est que l’Homme ne peut retourner à sa nature primitive. Nous avons emprunté une voie sans retour dans notre évolution. Il faut l’assumer culturellement. Si nous devrions perdre notre humanité (notre nature humaine) ce ne sera que pour laisser la place à des surhommes, des cyborgs, des clones ou des mutants par le biais de la manipulation génétique, par la pratique de l’eugénisme ou la robotique. Une éthique culturelle est à établir pour maintenir l’humanité et notre humanisme.
Questions fondamentales : Que construisons-nous de positif à Maurice au niveau culturel ? C’est-à-dire sur le plan des rapports entre l’Homme et la Nature, y compris la nature de l’Homme. Que construisons-nous sur le plan de la civilisation ? C’est-à-dire des rapports entre les Hommes et les cultures que nous construisons. Ce qui nous blesse profondément c’est notre incapacité d’opérer la différence entre l’affirmation de notre individualité (le pour soi qui construit la liberté de notre personne) et l’individualisme (le que pour soi qui est antisocial). Faut-il apprendre à juxtaposer la nature humaine et la condition humaine. C’est ce qu’il faudra comprendre.