Et si, contrairement à la sinistrose ambiante, le monde devenait, en fait, bien plus intéressant? Et si la redistribution des cartes à l’échelle planétaire était une chance pour des pays comme le nôtre? C’est la réflexion que nous a inspiré la très belle victoire diplomatique que Maurice a obtenue, cette semaine, aux Nations Unies. Il y a les enseignements qui doivent en être tirés et, plus largement, il y a lieu d’apprécier cette époque où les grands ont aujourd’hui tellement d’intérêts divergents qu’ils ne peuvent plus être considérés comme des alliés permanents.

Lorsque la Chine et la Russie, qui n’ont pas, comme l’Inde, des liens particuliers et affectifs avec la République de Maurice, votent en faveur de la résolution demandant que les Chagos nous soient retournés, c’est que les temps ont définitivement changé. Lorsqu’un pays européen comme l’Espagne se range du côté de cette petite île de l’océan indien, qui revendique son autre bout d’îlot, c’est que le progressisme n’est pas un vain mot à l’ère du recul idéologique et de la montée des nationalismes un peu partout sur notre planète.

Oui, cela peut paraître effrayant d’avoir Donald Trump à la tête des États Unis, Boris Johnson dirigeant le gouvernement britannique et Jair Bolsonaro gérant le Brésil comme il le fait depuis son élection. Mais à travers le monde, il y a aussi des nouvelles rafraîchissantes et rassurantes: la manière dont les élections se sont déroulées, près de chez nous, là, en Afrique du Sud, les progrès réalisés dans des pays jadis divisés et donnés pour perdus comme l’Éthiopie. Il y a l’inattendue poussée des progressistes aux élections européennes aux Pays Bas, alors que les nationalistes gagnent du terrain dans un bon nombre de pays du vieux continent et que la gauche et la social-démocratie sont à leur plus bas historique.

Il y a l’Espagne qui ne fait pas désespérer de la gauche et le Labour en Grande Bretagne même si, malgré les assurances données par Jeremy Corbyn quant au respect du droit international, il faut être extrêmement prudent quant à la position finale de son parti et de son pays parce que, s’il a toujours été très sympathique vis-à-vis de la cause chagossienne, il est longtemps resté flou sur la question de souveraineté.

Bravo à ceux qui y ont cru depuis 50 ans; à ceux qui, très tôt, ont milité pour la décolonisation totale du pays et pour l’intégrité territoriale, et qui ont porté les Chagos dans le débat public, et merci à ceux qui ont fait avancer le dossier et qui ont osé le porter le plus loin possible avec le succès éclatant que l’on connaît. Il nous appartient désormais de savoir gérer cet acquis et faire en sorte de tirer le meilleur de la nouvelle situation.

On doit malheureusement très vite redescendre sur terre et revenir à nos petites querelles politiciennes et malsaines. Il y a eu la passe d’armes entre Shakeel Mohamed et le ministre du Tourisme, Anil Gayan, mardi dernier à l’Assemblée nationale. L’incident a abouti à la suspension du chef de file du PTr de l’hémicycle pour les trois prochaines séances. Le député qui intervenait sur les deux textes renforçant l’arsenal législatif contre le blanchiment d’argent autour d’activités illicites comme le terrorisme a accusé le ministre de s’être attaqué au Pakistan “une nouvelle fois”. Ce qu’a démenti Anil Gayan.

Et lorsque les observateurs ont voulu savoir quand c’était la dernière fois que le “serial faneur” Gayan avait critiqué le Pakistan, on est tombé dès le lendemain sur une vidéo datant de trois ans et qui montre Anil Gayan critiquant les crimes d’honneur pratiqués par certains pays, dont le Pakistan. C’est quand même assez curieux que la vidéo soit sortie juste après l’incident de mardi dernier dans l’hémicycle.

Que le ministre du Tourisme soit un récidiviste du dérapage est un fait. C’est bien lui qui a inventé le désormais célèbre “government is government and government decides” pour justifier la nomination à grands frais de sa copine Vijaya Sumputh. C’est lui qui avait trouvé inhabituel que ce soit un non-hindou qui soit le chef de file du PTr au Parlement.

C’est encore lui qui avait arrêté la distribution de méthadone parce que ses consommateurs auraient voté pour Rajesh Bhagwan qui l’avait devancé au No 20 aux dernières élections générales. Et c’est aussi lui qui a décrété que la situation de la drogue synthétique n’est pas alarmante à Maurice, ce que le Premier ministre a contredit, récemment, à une conférence internationale sur le trafic de drogue à Vienne.

Mais dans ce cas précis, il nous semble qu’il y ait eu un emballement inutile et orchestré pour pousser à l’échauffement des esprits et exciter les émotions. Oui, il y a des pratiques barbares dans certains pays, des États aux États-Unis qui pratiquent encore la peine de mort. Il y a des femmes violées et excisées qui sont “réparées” par le Prix Nobel de la Paix 2018, Denis Mukwege. Il y a des pays qui exécutent les femmes violées qui refusent d’épouser leurs bourreaux qui, parfois, auraient pu être leurs grands-pères.

Ce n’est pas être contre une religion que de dénoncer les atrocités commises sur les femmes à travers le monde. Ceux qui le pratiquent oublient, peut-être un peu trop souvent, qu’ils viennent eux-mêmes des entrailles d’une femme. Mais là aussi, comme nous avons commencé, allons dire qu’il ne faut pas désespérer.

Il y a des replis comme il y a aussi des ouvertures notables, une tolérance à toute épreuve comme en Nouvelle Zélande et en Norvège, malgré les Brenton Tarrant et les Anders Behring Breivik, et de belles conquêtes humaines. Bilal Hassani, Français d’origine marocaine, est un homosexuel revendiqué qui représente son pays à l’Eurovision dont la finale s’est tenue en Israël. Et Taiwan est un des derniers pays à avoir légiféré sur le mariage entre personnes du même sexe, il y a quelques jours. Positivons!